Archive de William Gibson
Vous explorez les archives pour William Gibson.
Vous explorez les archives pour William Gibson.
Alors que le fantôme du World Trade Center hante encore New York et l’Amérique, le cyberespace, lui, a déjà reconstruit les deux tours. Dans cette vidéo, le WTC est là, au-dessus de nos têtes grâce à la réalité augmentée, au positionnement GPS et à Wikitude. En effet Wikitude, installé sous Android, permet de mixer le vrai monde avec les images 3D extraites de Google Earth. Ainsi les tours jumelles réapparaissent devant nos yeux ébahis, supprimant de l’Histoire ce 11 septembre que nous avons tous quelque part dans notre esprit.
Wikitude Augmented Reality: WTC – Its not there but its there from Wikitude on Vimeo.
Dans Code Source, William Gibson suivait la trajectoire d’artistes réalisant exactement la même chose, augmenter la réalité avec leur imagination, recréer le monde en surimpression, géolocalisant des événements de l’histoire, et les proposaient à la renaissance. La cohabitation entre les deux mondes, leur imbrication, leur augmentation (lequel augmente l’autre le plus en fin de compte ?), ces notions sont au cœur des nouvelles technologies et de leur répercussion dans nos psychés.
Au commencement il y a le site du Junsui Project. Il y est question d’augmentation génétique, de femme spéciale et unique, d’une forêt mystérieuse, d’un sentiment religieux. Et puis tout se ferme, on ne peut plus retourner sur ce site, nous y sommes interdits, ennemi de Junko. Une vidéo sur Vimeo, une femme, encore, éthérée, blanche comme la mort, nue, elle semble enfermée, captive, de notre regard, d’une cage de verre.
OUR ENEMIES SAY WE MUST BE SELLING A PRODUCT. IN THEIR SMALL VISION THEY CANNOT IMAGINE THAT WE SIMPLY LABOURING FOR BIRTH OF NEW IDEA. THIS EARTH AND ITS BEINGS WILL NO LONGER BE EXPLOITED. RATHER WE WILL CULTIVATE; WE WILL PROCREATE; WE WILL TENDER…LY NURTURE. WE WILL ERASE THEIR REALITY. STAY CONNECTED FOR THE CLEANSING
Et jaillit un groupe Facebook, une communauté de femmes qui se disent sœurs, sororité virtuelle avec des posts bien réels. The Junsui. De plus en plus de fans chaque jour. Dont moi. Elle publie des paragraphes énigmatiques, mi-paranoïaques, mi-prophétiques. Il y est question des Khozains, leurs ennemis, de Malte, où elles seraient, d’une soeur qui a disparu. Une page wiki apparaît. Rapport d’études et fausses pistes. Tout nous ramène à Junsui. On y parle de pureté, de manipulation génétique, de Guildo von List, d’une petite sœur.
Et cette adresse IP qui revient sans cesse sur les forums. Fake or not. Le jeu s’emballe.
http://174.133.240.117/, recherchez « the enemy »
Revenez sur http://174.133.240.117/ et recherez « alfa-tsentr », la vidéo se lance alors.
Mystérieuxgroupe de mercenaires, le Alfa Tsentr semble être l’ennemi de Junko. Mais est-ce aussi simple ?
On navigue de la Russie à Malte, de la Turquie au Japon, l’IP qui poste tout cela vient de Houston, certains pensent avoir trouvé qui se cache derrière tout cela. Le Man of Taste ?
Meta-fiction, marketing viral, délire webien ? Toutes les options sont envisageables pour essayer de comprendre le Junsui Project. Pour ma part, je continue à lire ses posts sur Facebook. Et à regarder cette belle femme marcher dans une forêt lointaine et mystérieuse.
J’ai lu les romans et les nouvelles de William Gibson il y a bien longtemps, maintenant. A l’époque, je n’avais pas été seulement frappé par l’originalité du monde décrit, ce monde qui allait devenir la banalité cyberpunk, mais aussi par l’utilisation qui avait été faite par l’auteur du vaudou dans certains de ses textes.
Justement, à ce propos, on peut lire dans une récente interview donnée à Blok Not par William Gibson cette remarque concernant la raison de cet usage :
E : Le vaudou revient souvent dans vos romans, pourquoi ?
WG : A l’âge de 14 ans, j’ai acheté un manuel vaudou de la Nouvelle-Orléans, il comportait des descriptions précises des rites et des schémas et des diagrammes pour les cérémonies. Comme je faisais un peu de bricolage électronique, j’ai trouvé que ça ressemblait à des plans d’assemblage, et je me suis toujours demandé ce qui se passerait si je réalisais mes circuits sur le modèle d’un diagramme vaudou… Et puis je trouve fascinant qu’au XXème siècle, une religion polythéiste soit aussi vivante et contemporaine, répandue dans plusieurs endroits du globe.
J’avoue trouver cela un peu décevant et, sans doute, la brièveté inhérente à la pratique de l’interview a-t-elle joué un rôle dans la relative pauvreté de la réponse. Pauvreté relative, déjà, à la richesse de l’oeuvre, mais aussi à celle des concepts évoqués.
On apprend plusieurs choses. Tout d’abord que le contact de Gibson au vaudou a été un contact au vaudou de la Nouvelle-Orléans, c’est-à-dire un vaudou fortement syncrétiste et, surtout, recouvert d’une couche de folklore bien plus grande que cela pouvait être le cas, à la même époque, en Haïti, par exemple.
Ensuite, ce contact s’est fait par un ouvrage destiné au grand public et sans doute guère sérieux. Il n’y a pas de « manuel » de vaudou (alors, qu’à la limite, il y a des manuels tout à fait sérieux sur le rite de la messe, mais ce sont des religions différentes dans leur essence). Cependant, le fait que cet ouvrage soit une formalisation d’un rite relativement informel ne doit pas nous faire imaginer que la logique que Gibson y a trouvée soit juste une illusion : les rites, y compris magique, sont, par nature, cohérent. Je ne sais plus qui disait que le magicien (pas l’illusionniste, nous parlons ici de vraie magie) est l’homme de la logique la plus rigoureuse.
Le vaudou est en effet, comme toute religion, comme toute pensée « irrationnelle » une ascèse logique. De même qu’entre le cabaliste et le mathématicien il y a un lien qui va au-delà de la genèse de ces sciences et qui n’est pas qu’une parenté lointaine, le vaudouisant peut, peut-être, mieux saisir certains concepts liés aux pratique de l’informatique partiellement imaginaire du cyberpunk gibsonien.
Le réseau Internet est comme Haïti ; ses utilisateurs, suivant leur puissance, y sont comme des loa (sans s) ou des hommes ordinaires ; les uns chevauchent, les autres sont chevauchés. Le génie de Gibson a été de rappeler que ce qui naissait des machines mises en réseau pouvait être approché par les chemins de l’irrationnel, car, tout simplement, la raison des machines n’est plus celle des hommes.
La dématérialisation d’une part croissante des activités humaines associée à la mise en réseau massive rend tout simplement réel aujourd’hui ce qui appartenait hier au mythe. Puis-je, ne pleine nuit, sans sortir de chez moi, et simplement parce que je connais les bons énoncés magiques / les bonnes lignes de code voler de l’argent à un homme à l’autre bout du monde ? Folie il y a 50 ans ; réalité aujourd’hui. Je pourrais prendre bien d’autres exemples.
D’ailleurs, je songe à ce propos qu’il faudra que je cite in extenso le discours du cabaliste Gershom Sholem pour l’inauguration au golem א à Rehovot, premier grand ordinateur en Israël. Cela éclairera sans doute mon propos qui paraîtra sans doute jusque-là soit incompréhensible, soit fumeux (en plus d’expliquer une des scènes les plus obscures d’Innoncence (Ghost in the Shell 2).
William Gibson (dois-je vraiment faire sa bibliographie ?) sera invité d’honneur à Nantes à l’occasion des Utopiales, qui se dérouleront dans la ville du 29 octobre au 2 novembre 2008. Rien d’étonnant à cela, le thème fort de cette année étant « les Réseaux », le pape du cyberpunk sera comme un poisson numérique dans un bocal amiotique de nodes et de mèmes.
Alors qu’il n’a de cesse de brouiller les pistes et les pages entre la littérature blanche et celle de science-fiction, William Gibson sera aussi présent à la librairie Atout Livre le lundi 27 octobre à 19h30 à Paris. A vos dédicaces bande de geeks !