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La maison de poupée (pour adultes)

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Zipang, l’anime

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Un Kung fou !

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Société

Les enfants sauvages de demain

— Hello Echo. How do you feel ?
— Did I fall asleep ?
— For a little while.
— Shall I go now ?
— If you like.

dollhouseOn a découvert à Tchita, en Sibérie orientale, une enfant sauvage, une petite fille élevée par des animaux. Aujourd’hui, placée dans une institution médicale pour y recevoir des soins, elle semble montrer tout à la fois un aspect animal (elle aboie, saute contre les portes fermées, se nourrit sans couvert, boit en lapant, etc.) et des capacités intellectuelles aussi normales que son état physique et son ignorance le permettent. Ainsi, elle semble comprendre le russe bien qu’incapable de le parler ou connaître l’usage d’un réchaud à gaz sans, probablement, ressentir le besoin de l’utiliser.

C’est une enfant sauvage, nous dit-on, et l’on évoque Mowgli. Mais le héros de Kipling comme les cas d’enfants sauvages renseignés (ceux des XVIIIème et XIXème siècles) sont bien différents. Il ne faut pas se tromper, si la Sibérie est l’une des régions les plus sauvages de la Russie, c’est au cœur d’une ville de plus de 300000 habitants que l’on a découvert l’enfant. Ce n’est pas dans une forêt loin des hommes qu’elle a vécu, mais enfermé dans un appartement. Ce ne sont pas des loups ou des ours qui l’ont élevée, mais des chiens et des chats. Enfin, ce n’est pas la guerre ou une épidémie qui a rendu cela possible, mais des parents imbéciles et criminels.

L’enfant sauvage de notre siècle naissant et déjà sénescent ne peut plus être que l’enfant de ces forêts modernes que sont les villes. La petite sibérienne montre l’un de ses visages. Celui de la misère sociale, intellectuelle et morale d’un nombre croissant de gens aux franges de la société. Mais ce n’est pas le seul visage. L’essence de l’enfant sauvage est tout entière dans le qualificatif. On oublie seulement que son sens est double. Ce qui est sauvage ne vit pas seulement séparé des hommes, c’est aussi ce qui échappe à la domestication. L’enfant sauvage est l’enfant qui n’a pas été domestiqué. Son esprit est parfaitement lisse, jamais la civilisation ne l’a strié, ne lui a donné le rythme. Il est Wagner contre Bizet.

En lui, il n’y a nul péché, car il n’y a nul passé. Il a l’innocence du présent permanent. L’homme naît-il bon et la civilisation le corrompt-elle ? Non, l’homme naît innocent et la civilisation lui donne la conscience de cette innocence en la lui faisant perdre. Cela, elle le fait en donnant à voir le passé. L’enfant sauvage est l’enfant éternel, celui né chaque jour de la veille. Son autre visage, bien différent de la figure sale d’une petite fille enfermée dans un appartement dépotoir d’une ville oublié de l’ex Union Soviétique, est celui maquillé et lissé des poupées humaines de Dollhouse.

L’enfant sauvage est un Janus qui nous effraie ou nous séduit suivant la face qu’il nous dévoile. Nous avons pitié de l’enfant de Tchita et nous haïssons ceux qui lui ont fait cela. Pourtant, ses parents ne lui ont rien pris, c’est juste qu’ils ne lui ont rien donné. A l’inverse, les maîtres et possesseurs de la Dollhouse, de la maison de poupées, eux ont pris quelque chose et en échange ils ont donné autre chose, mais cela nous choque infiniment moins. Nous hésiterions à toucher la petite sibérienne, sa saleté et ses aboiements nous rebuteraient, mais nous aimerions tant disposer d’Echo ou de Sierra. Peut-être nous-mêmes aimerions-nous être comme elles : ni remord, ni regret, juste la jouissance de l’instant, d’un instant constant, exonérés à tout jamais de la corvée du souvenir et de la peur de l’oubli.

Les bestioni, les grosses bêtes, étaient les enfants sauvages des temps premiers. Errant sur une Terre encore saturée de l’eau du déluge et du vide d’homme, ils incarnaient la barbarie originelle, celle qui crée et qui est appelée à disparaître de par son propre mouvement interne. Ces nouveaux enfants sauvages, dans la crasse de la pauvreté d’un appartement russe ou dans le luxe d’un immeuble high-tech de Los Angeles sont peut-être la dernière tentative de la civilisation de renouer avec la barbarie créatrice alors qu’elle-même cède partout ailleurs à la barbarie destructrice des peuples en fin de course. Mais il ne doit pas plus y avoir d’espérance en la première que de crainte en la seconde. A l’enfant de Tchita répondent tous ces vieillards abandonnés et isolés dans des maisons débordantes de souvenirs et de déchets. Aux poupées de Dollhouse font écho les centenaires bien soignés et sédatés qui vont de salons de massage en piscine dans des maisons de retraite high-tech. Rien à craindre ni à espérer, juste accepter.

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Cinéma et TV, Edito

Dollhouse, la maison des êtres et des âmes

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Science-fiction. Complots. Manipulation d’identité. Femmes poupées. Joss Whedon. Moi je dis ok, et même wouah. Et j’ai bien raison.

Diffusé depuis le début de l’année, Dollhouse, la nouvelle série du créateur de Buffy the Vampire Slayer, porteuse de nombreux espoirs pour toute la communauté geek, tient effectivement ses promesses, et quelles promesses ! La Dollhouse, organisation non-gouvernementale et plus ou moins légale, met à disposition de ceux qui en ont les moyens des êtres humains préalablement vidés de tous souvenirs, personnalités ou caractères, et chargés de ce dont ils ont besoin pour la mission. Connaissances du close-combat, talent de hacker, mais aussi amour passionné et éternel, ou encore docilité sexuelle. Car la Dollhouse n’est pas qu’une simple agence de sécurité, ou une un harem d’escort-girl, non, la Dollhouse c’est bien plus que ça. C’est un rêve, un fantasme, la possibilité de créer un être humain selon ses besoins, ses envies, ses obsessions. Et c’est là où se niche le génie de Whedon.

Déjà dans Buffy, Whedon avait réussi quelque chose de magique. Une alliance impeccable entre la comédie et le drame, l’entertainment pur et énergique et à la profondeur narrative, des personnages légers et en proie à des forces supérieures. Et c’est dans ce balancement incessant entre le sérieux et le comique, le divertissement et le drame que se terre le travail de Whedon.

dollhouse1Dollhouse est et reste une série de science-fiction. Mais ici il faudrait plutôt parler de science prospective, d’extrapolation de technologie embryonnaire, d’interrogation sur ces conséquences dans nos sociétés, dans nos vies, mais aussi dans nos fictions. Pur série geek, les trames n’hésitent pas à flirter avec l’espionnage, la comédie, le survival, le thriller. Car à donner une nouvelle identité à chaque épisode aux personnages, Whedon peut créer un nouvel univers propre et cohérent à chaque fois, changer les règles, le ton, les ambiances. A nouvelle identité, nouvelle vie. Il interroge alors notre rapport à ce que nous sommes, à ce que nous faisons, mais aussi à ce que nous regardons, et comment nous nous impliquons dans un médium. La Dollhouse en elle-même est un pur lieu de science-fiction, paradigme de ces cliniques d’optimisation post-humaniste qui fleurissent de par le monde, mélange des technologies les plus avancées et de philosophie zen.

Les personnages ont tout particulièrement été soignés par Whedon. Troubles, manipulés, perdus, les identités sont brouillées, les choix pas si libres que cela, les limites entre le Bien et le Mal plus que floues, la morale fluctuante selon les possibilités technologiques. Topher Brink, le génie geek responsable de la machine à implanter des identités, est un type sympa, portant t-shirt et sneakers, et pourtant n’hésitant pas à effacer les dolls, à manipuler les êtres et les âmes. L’agent Ballard, qui mène une enquête personnelle sur la Dollhouse, a du mal à trouver la limite entre son devoir et son obsession pour Echo/Caroline. Sierra tient en même temps de la victime, du bourreau, de la femme enfant et de la maitresse. Et le docteur Saunders, jeune femme défigurée après la rébellion d’un des pensionnaires de la Dollhouse, est un personnage d’une profondeur et d’un trouble rarement atteints dans une série télévisée (d’autant plus américaine). Le tout dans l’ombre malfaisante d’Alpha, la plus grande réussite et l’échec le plus cuisant de la Dollhouse. Bref une galerie de personnages précis, cohérents et entierement voués à la création de l’univers de Dollhouse et à sa narration.

dollhouse2Dans cette première saison de trop peu d’épisodes, Whedon met en place son univers, pose ses personnages et ses enjeux, et comme à son habitude prend le temps de raconter une histoire, sans effet de twist trop à la mode en ce moment à Hollywood (J.J. Abrahms en tête), il sait où il va et où il veut emmener le téléspectateur. Alors que la saison 2 a été greenlightée malgré des audiences un peu faibles, on ne peut qu’être impatient à découvrir la suite des aventures de Echo, Ballard, Sierra, Topher et les autres.

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