Archive de SIDA
Vous explorez les archives pour SIDA.
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Benoît XVI a déclaré mardi que l’on ne pouvait « pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs » et que, « au contraire (leur) utilisation aggrave le problème ».
Ces déclarations ont causé un formidable tollé de la part de tout le monde et de n’importe qui. Je me demande bien pourquoi puisqu’elles sont toutes les deux parfaitement exactes.
Non, on ne peut « pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs » à moins de :
C’est un simple problème de logique et, du coup, le pape est en passe de devenir l’une des dernières voix à se faire entendre pour que l’on ne mette pas de kapos à capotes dans toutes les chambres à coucher…
Et oui, en effet, « au contraire [leur] utilisation aggrave le problème » pour des raisons strictement liées à la sélection naturelle (à moins d’appliquer au préalable ce qui a été défini dans les trois points cités plus haut). Pour plus de détail, je renvoie à ce billet.
Une telle indignation dénote à la fois du caractère incroyablement moutonnier et convenu des « élites » mais aussi et surtout de leur parfaite incapacité à penser quoi que ce soit. J’y vois aussi une illustration du concept mis au point dans Ghost in the Shell de Stand Alone Complex. Dans une société où l’information est massive et où chacun est à la fois source et relais de cette information, des mèmes incroyablement puissants et efficaces naissent de l’océan de l’information.
En d’autres temps, on aurait parlé de légende urbaine. Voilà ce qu’est le rôle du pape dans la diffusion du SIDA, une légende urbaine et ceux qui dénoncent le pape pour cela ne valent guère mieux que ceux qui répondent en joignant leur numéro de carte bancaire aux spams promettant « a purely natural method of male enhancement » pour 50$, un « Ph.D » de l’université d’Oxberkledbrige pour 25$ ou de sauver la petite Martine qui sur son lit d’hôpital à Vesoul a besoin d’un don de sang en euros, en dollars ou en livres sterling que l’on peut directement verser sur un compte anonyme au Zaïre.
Même Bachelot l’admet, incidemment, ce que la science, la logique et le sens commun savent depuis longtemps : les risques d’être contaminé par le VIH sont très inégaux suivant les comportements. Ce que l’on sait moins, c’est que nous sommes tout autant génétiquement inégaux face à cette maladie.

Par exemple, l’allèle Δ 32 du gène codant le corécepteurs CCR5, qui permet la fixation du VIH sur les lymphocytes T, rend cette fixation impossible. Cet allèle est totalement absent chez les populations africaines et asiatiques, mais présent chez 9 % des blancs (ces termes désignant, bien sûr, des haplogroupes et pas des races, si j’ai bien compris le propos de cette émission).
Sur cette vidéo, dont j’ai déjà parlé, on voit le rôle des récepteurs et du corécepteur CCR5 :
Le problème du SIDA en Afrique n’est donc pas celui des déclarations du pape ou du complot des entreprises pharmaceutiques, mais plutôt le fruit d’une série de causes indépendantes et convergentes qui vont du mode de vie à la réalité biologique. En somme, pour le dire brutalement, un fichu coup de malchance.
Source : Cosmos.
Un parasite vraiment efficace est un commensal qui vit dans l’amitié de son hôte, voire qui lui donne des avantages, comme, par exemple, les protozoaires qui vivent dans le système digestif de vos termites et qui digèrent le bois qu’ils consomment. Un parasite qui tue régulièrement et systématiquement son hôte ne peut survivre longtemps, du point de vue de l’évolution, à moins qu’il ne se multiplie avec une extraordinaire rapidité… Ce n’est pas viable.
Je n’ai jamais trop compris le raisonnement qui faisait du pape, qui est le leader d’une religion particulière (je parle d’un point de vue sociologique, pas théologique), le responsable de la diffusion du SIDA sur tout le continent africain. Même en me torturant l’esprit, je ne peux concevoir, même avec peine, qu’il y ait un rapport de causalité entre, d’une part, l’incitation, pour les catholiques, à préférer l’abstinence ou la fidélité au préservatif et, d’autre part, le fait que des populations qui ne sont souvent pas catholiques ni même chrétiennes ne soient ni abstinentes, ni fidèles, ni adeptes de l’usage du préservatif.
C’est pour cela que je pense donc qu’accuser le pape du SIDA en Afrique relève, au mieux, d’une bêtise crasse et, au pire, d’une forme perfide de mensonge délibéré. Au-delà de ces adversaires bêtes ou malhonnêtes, il y en a, aussi, de plus honnêtes qui s’oppose tout autant à la position de l’Eglise. Ces derniers, ne pouvant l’attaquer sur le point de l’abstinence, laquelle préserve des MST (personne ne le contestera), disaient qu’il était absurde de prêcher la fidélité, car cela ne pouvant en rien freiner le développement du SIDA, seul le préservatif était utile (la capotolâtrie est une des grandes idéologies d’une fin de XXème siècle qui n’en finit par de mourir).
Cette affirmation est, bien sûr, fausse d’un point de vue logique (un malade ne contamine qu’une seule personne, dans ce cadre précis), mais elle l’est, tout autant, d’un point de vue darwinien. Quoi ? Le pape et Darwin, ensemble, dans le même camp ? Eh, pourquoi pas, si c’est monsieur Spock de Star Trek qui les met d’accord ?
Le VIH est, comme son nom l’indique, un virus. C’est à partir d’une certaine densité dans l’organisme porteur, qu’il déclenche le SIDA, lequel entraîne à plus ou moins long terme la mort. Si le virus se répand très rapidement dans l’organisme, il augmente le pourcentage de chance de contaminer ceux qui ont des relations sexuelles avec le porteur, mais il diminue la durée de vie de celui-ci, donc le nombre de personnes qu’il peut infecter. Plus les relations sexuelles avec des personnes différentes sont fréquentes, moins la virulence du virus nuit à sa survie. C’est ce qu’expliquait monsieur Spock en exergue de ce billet. A l’inverse, et très logiquement, la fidélité à un seul partenaire fait disparaître très rapidement les souches virales les plus virulentes.
Cependant, que Nash, Darwin et le pape se donnent la main pour soutenir cette théorie ne change rien au fait qu’il ne s’agit que d’une théorie, mais cela lui donne un poids assez étonnant et détonnant.