Archive de religion
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Masahiro Mori est moins connu que son concept de vallée de l’étrange étrangeté dont il a été question plusieurs fois ici. C’est pourtant un penseur subtil qui a écrit un petit livre fort stimulant au milieu des années 70. Il s’agit de The Buddha in the Robot. A Robot Eugineer’s Throughts on Science and Religion. Le bouddha dans le robot fait bien sûr échos au fantôme cartésien dans la machine iatromécanique.
Voici un court passage qui prend toute sa dimension si l’on garde à l’esprit le titre du livre d’où il extrait et ce qu’est Masahiro Mori :
Récemment j’ai visité un temple Zen et j’ai eu une longue discussion avec le prêtre. Dans le cours de la conversation, j’ai fait cette remarque : « Plus j’étudie les robots, et moins il me semble possible que l’esprit et la chair soient des entités séparées.
»Ils ne le sont pas » répliqua le prêtre.
Je continuais, « l’idée que le corps est une sorte de container dans lequel l’âme habiterait uniquement pour prendre d’autre quartier après que le corps soit mort me paraît impensable.
Le prêtre me donna une explication bouddhiste. « Séparer le corps de l’esprit donne naissance à ce que l’on appelle la discrimination, » dit-il. « La discrimination divise les choses en bonnes ou mauvaises, utiles ou inutiles, fixant d’implacables règles qui rendent les gens esclaves. Le bouddhisme abhorre l’idée de diviser les choses en deux. Le bouddhisme combine l’esprit et le corps en une seule entité
Masahiro Mori, The Buddha in the Robot. A Robot Eugineer’s Throughts on Science and Religion, Tokyo, 2005, p. 35.
La photographe Alison Malone a travaillé sur les Job’s Daughter, organisation de jeunesse féminine maconique américaine. Des lieux sans histoire, des visages sans âme, une religion de parking de super-marché. Le futur de nos croyances suburbaines?
La France fut un des rares pays dans lequel l’eugénisme n’a jamais vraiment pris. C’est sans doute son catholicisme qui la protégea quand, au coeur des années 30, les théories eugéniques atteignirent leur zénith. Aux Etats-Unis, en Scandinavie et en Allemagne, elles allaient avoir les conséquences que l’on sait.
Du catholicisme et de son emprise sur la société, aujourd’hui, il n’en reste plus grand chose. Par contre, l’Etat est adoré de la population. « Aide-toi et l’Etat t’aidera ! », osait fièrement un Jean-Noël Jeanneney. Le phénomène n’est pas près de s’inverser, au contraire, crise oblige.

Aux Etats-Unis, la crise est l’occasion pour l’Etat d’accroitre son influence. Et la domination démocrate se fait sentir dans le domaine de la Santé avec le Health Care Bill (HCB). C’est un premier pas possible vers une étatisation de la Santé. Parmi les opposants au projet, Sarah Palin. La belle s’est lancée dans une critique sévère du projet démocrate, allant jusqu’à évoquer avec sa délicatesse coutumière des « tribunaux de la mort ». Réplique immédiate des défenseurs du HCB : on n’en trouve pas trace dans leurs projets. Soit. Mais quand les Anglais goûtèrent aux délices du Welfare state dans les années 40, peu d’entre eux s’imaginaient que, 60 ans plus tard, le gouvernement ficherait les parents qui ne donnent pas cinq fruits et légumes par jour à leurs enfants. Ou que l’on utiliserait des détecteurs de mensonges pour déterminer si untel ne ment pas quand il dit avoir besoin d’aides sociales.

SDX avait déjà abordé ici et là la problématique de l’eugénisme et du Welfare state. Il en ressortait la volonté d’adapter non pas les services sociaux à l’humain, mais l’humain aux services sociaux. C’était une des interprétations possibles de la sortie de Pelosi. Si la firme privée n’a a priori qu’une ambition, celle d’être rentable et de servir le client, l’Etat, lui, peut nourrir d’autres desseins*. Comme le métissage. Et ce n’est surement pas le catholicisme qui empècherait les Etats-Unis de revenir à leurs vieux démons eugénistes.

Un second écueil affleure sur la route du navire Amérique. La nomination comme « Tsar de la science » – conseiller scientifique du président-, de John Holdren. L’homme avait participé à un ouvrage d’anticipation écologique dans les années 70, dans lequel était préconisée une série de mesures assez radicales :
-Avortements forcés
-Stérilisations massives
-Dislocation des familles et partage des enfants
-Stérilisations des indésirables…
Le tout sympathiquement chapeauté par une police armée internationale.
En d’autres termes, la rencontre de l’eugénisme, du malthusianisme et d’une certaine écologie dans le coeur d’un ingénieur social américain.

C’est peut-être tout ceci qui est en jeu dans la bataille du HCB. Il y a, c’est indéniable, des dizaines de millions d’Américains qui souffrent. Mais faire appel à l’Etat pour résoudre le problème, c’est lui donner un pouvoir immense. Un pouvoir bien plus important que celui que possédait les guerriers ou les despotes. L’Etat va grossir, les difficultés qu’il est censé régler (troubles climatiques, demandes d’aides sociales et de soins…) vont se cumuler, s’entremêler et se renforcer. Tel un navire à l’inertie gigantesque, il va foncer toujours plus avant, décennies après décennies, vers des écueils qui, loin de n’être que des vues de l’esprit, affleurent déjà devant lui. Et par copiage mal compris, la France va s’empresser d’importer les solutions américaines. Il y a fort à parier que le catholicisme ne sera sans doute pas, le cas échéant, en mesure de faire barrage**.
* Il ne faut pas faire l’impasse sur l’existence de fondations privées promouvant l’eugénisme, telle la Fondation Rockefeller. Ou sur les sectes. Il y aura un eugénisme privé.
**Le fait que la Sécurité Sociale, d’après ce site, se soit portée partie civile lors du procès Perruche est très intéressant.