Archive de psychogéographie
Vous explorez les archives pour psychogéographie.
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Kevin Jack Bell oublie une partie du paysage qu’il peint. Il oublie une partie du monde, ses couleurs, ses sentiments, ses collines pour en voir que ce qui reste. Et il ne reste que le vide.
Le futur apparait un peu plus banal chaque jour qui passe. Depuis la mort de Ballard en avril dernier, un certain ennui abreuve le monde qui nous entoure. Que retenir de cette année 2009 ? Qu’envisager pour cette nouvelle année ?
Deux morts jalonnent 2009 : J.G. Ballard et Michael Jackson. L’un vivait reclus pour anticiper le futur, l’autre vivait au grand jour (même son corps et sa mort étaient publics) pour enterrer le passé. Autopsie d’une siècle de littérature de science-fiction et de musique pop. Et si ces deux formes artistiques étaient en train de mourir, rattrapées par leur propre avenir. Ballard et Jackson, en fournissant la Mort à leurs lecteurs/auditeurs leur permettent ainsi d’aller plus loin qu’eux. Tout deux incarnent un monde qui s’éteint (l’Angleterre d’après guerre, l’Amérique des années 70) et ont entr’aperçu ce que serait l’avenir : une société de cauchemar où tout le monde incarnerait ses propres psychopathologies, en alliance avec la technologie et le marketing. Si Ballard était un oracle, Jackson était la Pythie aux yeux hallucinés, bourré de psychotropes, marionnettes de sa propre destinée. Maintenant que nous sommes débarrassés de ces deux figures tutélaires que va-t’il resté à 2010 ?

Dubaï et ses tours millénaristes, le cinéma et ses visions apocalyptiques, la politique et la prophétisation écologique. Le monde post-Crise™ apparait plus fragmenté encore, comme si la mondialisation n’était qu’un miroir déformant de notre volonté de rétractation. Retour des identités, alors que la notre n’est plus qu’un malstrom numérique, retour au local, alors que nos vies sont délocalisées, psychogéographie de la perte et de l’oubli pour tenter de se re-situer dans un monde perdu dans les ténèbres et la confusion, le monde n’est pas sûr et le danger est nulle part. SDX sera encore votre guide pour cette nouvelle année. Votre guide et votre salut. Parcqu’il vaut mieux suivre un site internet qu’un gourou à moustache.
Alors si au contrôle à l’aéroport l’on vous demande pour qui vous travaillez et quel est l’objet de votre voyage, répondez : « SDX ». Un petit coup d’œil du coté de l’homme derrière la caméra thermique, un signe de compréhension entre gens qui savent de quoi ils parlent, et de quoi il s’agit, et vous passerez sans encombre. Notre nom est légion, car nous sommes nombreux.
Deux tremblements de terre ont frappé Los Angeles les 17 et 19 mai derniers. A cela rien de spécial ni de nouveau. Et pourtant, le séisme a été ressenti jusque sur internet. En effet grâce à la géolocalisation très précise de Google Maps et Google Streets il est maintenant possible de savoir, et même de voir ce qu’il y a à l’exacte verticale de l’épicentre de la secousse.
Et voici les résultats :
Le site BLDGBLOG aborde alors l’idée d’un tourisme de tremblement de terre, la possibilité de se rendre, à travers le monde, exactement là où le désastre a eu lieu. Là où la fin a émergé des profondeurs. Alliance d’une immédiateté de l’information et d’une localisation au mètre près, les possibilités sont infinies pour explorer la psychogéographie de notre perte.
Les accords d’Oslo du milieu des années 90 ont tenté en restructuration territoriale et psychologique du conflit israëlo-palestinien. En créant des enclaves palestiniennes, les territoires occupés, parcelles d’un pays dans un autre, Israël, et l’autorité palestinienne, la communauté internationale posait les jalons, sans en être consciente, d’une nouvelle forme de géographisation de la nation.
C’est ce que reprend Viktor Ramos dans son projet intitulé The Continuous Enclave: Strategies in Bypass Urbanism (New Land) pour la Rice University. Il propose la notion d’enclaves continues pour les territoires occupés. Au lieu d’emprunter des routes et des terres appartenant à Israël, Ramos invente des ponts architecturés, qui seraient aussi bien des voies de communication, que des zones d’habitations, de commerces et de productions. Cela créerait donc un maillage dense et ininterrompu, une toile d’araignée-nation au dessus d’un autre pays. Les palestiniens ne seraient alors plus soumis à l’humiliation des checkpoints, de devoir traverser un pays ennemi pour circuler dans son propre pays. Dénonçant autant l’absurdité du conflit que les solutions apportées, le projet de Ramos ouvre aussi des portes sur une nouvelle vision de la nation, de la ville, du territoire. L’enchevêtrement des Etats pourrait devenir le futur de la territorialisation des espaces. Outre les zones de conflits qui nécessitent une partition des populations du fait de trop vive tension (Irlande, ex-Yougoslavie), une ségrégation sociale pourrait voir le jour, avec des zones riches enclavées, sécurisées, fermées, en autarcie politique, économique et sociale, au dessus de zones pauvres, industrielles, surpeuplées. En poussant le concept encore plus loin, on peut imaginer une superposition d’États réels ou fictifs. Facebook, 6ème démographie mondiale, pourrait de ce fait créer un territoire superposé à l’Europe de l’ouest et aux États-Unis, des enclaves de cyberespace pourraient apparaître dans les pays postindustrialisés, reliées entre elles par ces ponts high-tech.
La liberté ainsi apportée aux palestiniens signifierait la réussite du projet et la viabilité de la co-existence de deux états sur le même territoire. Ainsi la psychogéographie de la région en serait totalement bouleversée, d’un lieu de terreur et de haine à une zone d’expérimentations futuristes, de prospectives urbaines nouvelles.