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Le chaînon manquant

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Edito, Homo homini lupus, Lecture

Les guerres préhistoriques

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l81586La collection L’art de la guerre des éditions du Rocher est assez inégale, et c’est peu de le dire. L’ouvrage de Jacques Baud  est tout à fait dispensable, celui de Philippe Masson est parfois un peu faible, quand ceux de Martin van Creveld sont essentiels. Ceci dit, c’est l’une des rares éditions grand public d’ouvrages relatifs à la chose militaire, avec Economica qu’elle n’égale cependant pas. 

L’une de leurs parutions a attiré mon attention : Lawrence Keeley, Les guerres préhistoriques.

L’auteur, professeur d’anthropologie à l’Université de l’Illinois, dresse un panorama des guerres préhistoriques. Ses sources : les documents ethnographiques et surtout une relecture des données archéologiques.

Il s’attarde particulièrement à détruire l’idéalisation des primitifs en germe dans le néo-rousseauisme. Ce qui donne à l’ouvrage un ton un peu pamphlétaire.

Quelques assertions surprenantes -la bataille rangée à l’occidentale est plus ritualisée que la guerre des primitifs, Hanson appréciera- côtoient des passages extrêmement convaincants. Notamment sur les rapports entre mariage intertribaux et/ou commerce et guerre. Loin de diminuer la possibilité d’affrontements, ils l’accroissent. 

Une constatation : la guerre chez les primitifs, tue, toutes proportions gardées, plus que la guerre entre civilisés. Beaucoup plus. Et les quelques tribus « pacifiques » observées ici et là le sont soit parce qu’elles sont totalement soumises, soit parce qu’elles sont isolées.crane-transperce-porsmose Quant à la criminalité au sein de ses groupes humains, elle est énorme : plusieurs dizaines de fois celle des Etats-Unis ou de l’Europe.

Lors des confrontations entre primitifs et civilisés, ces derniers ne l’ont emporté, selon l’auteur, que grâce aux maladies qui ont décimé leurs adversaires, à leurs armes à répétition, à l’aide d’indigènes alliés et surtout à leur logistique supérieure. Et l’anthropologue de conseiller de développer, en temps de paix, les technologies pacifiques plutôt que les engins militaires : en cas de conflit, elles peuvent, via la logistique, assurer la supériorité militaire.

La thèse de l’ouvrage laisse un goût amer. Même si l’auteur prend garde à ne pas sombrer dans l’extrême inverse de l’angélisme néo-rousseauiste, on a la désagréable impression que la civilisation n’est qu’un fragile cadeau qu’il faut protéger à tout prix.

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Science, Zeitgeist

Devolve me !

regrqegEn ce 200ème anniversaire de la naissance de Darwin, comme beaucoup d’institutions publiques ou privées, marchandes ou non, The Open University propose un site consacré au grand homme. Il n’y a rien d’exceptionnel ni de particulièrement original, même si tout semble très bien fait et mérite un court détour pour les esprits éclairés et un plus long pour ceux qui restent encore un peu étranger au darwinisme — je me demande si cela concerne beaucoup de mes lecteurs… —, mais les uns et les autres prendront certainement plaisir au Devolve me.

qfqfQu’est-ce donc que le Devolve me ? Oh, rien de très scientifique, mais tout ce qu’il y a de plus amusant. C’est un petit logiciel de morphing en ligne qui permet, à partir d’une photographie de visage uploadée au préalable, d’imaginer un portrait en australopithèque, de vous australopithèquiser, si j’ose dire et si c’est votre photographie que vous avez mise en ligne.

Je voulais faire la galerie des collaborateurs de SDX, mais, semble-t-il, ceux-ci se sont massivement défilés. Ce n’est pas glorieux, pourtant, je suis certain que cela en aurait amélioré certains :) En tout cas, je laisse deux illustrations, la première est la mienne, l’autre celle d’Olaiv. Peut-être les autres feront-ils, à cette occasion, leur outing d’australopithèques ?

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Science

Civilisation et évolution

sdx_screenshot_01Le site officiel accompagnant la prochaine publication du livre de Greg Cochran et d’Henry Harpending vient d’être mis en ligne. The 10,000 Year Explosion : How Civilization Accelerated Human Evolution doit sortir dans une petite dizaine de jours et portera, comme son titre l’indique, sur l’influence de la culture sur l’évolution biologique.

En voici la table des matière :

  • Overview: Conventional Wisdom
  • The Neanderthal Within
  • Agriculture: The Big Change
  • Consequences of Agriculture
  • Gene Flow
  • Expansions
  • Medieval Evolution: How The Ashkenazi Jews Got Their Smarts
  • Conclusion

Autant de titres de chapitres, autant de sujets de polémique et de raisons de supposer que le livre ne sera jamais traduit en français. Je n’ose imaginer ce qui se dira à propos du dernier chapitre, par exemple, où il est expliqué, par la prédation religieuse et raciale, que la sélection naturelle a amené les juifs ashkénazes à avoir le QI moyen le plus élevé de tous les groupes ethniques…

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La Guerra del ferro

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Chroniques, Edito

Dépoussiérer JH Rosny-Aîsné et les mondes anciens…

En 2002, dans la collection Bouquins chez Robert Laffont, les œuvres de J.-H. Rosny Aîné étaient réimprimées pour la quatrième fois – en moins de vingt-ans – sous le titre La Guerre du feu et autres romans préhistoriques.

Dans sa présentation de l’ouvrage, Jean-Baptiste Baronian constatait le scepticisme de la critique officielle et de l’université envers certains écrits (dont ceux de Rosny Aîné) communément classés dans la littérature populaire.

Les écrits d’Aîné, note-t-il :

…voyagent d’une collection à l’autre, s’épuisent, s’éclipsent puis reviennent un peu plus tard, sans qu’on s’en rende compte, sans qu’on se demande pourquoi ils continuent de plaire à d’innombrables lecteurs.

A la lire, on constate que la littérature de Rosny Aîné est véritablement novatrice. Parfois, l’œuvre est rapprochée à celle de Jules Verne. La comparaison, aussi flatteuse qu’elle soit, semble erronée. Contrairement à d’autres, Rosny Aîné n’imaginait pas une nouvelle société, une nouvelle technique, de nouveaux engins ou de nouvelles machines. Sa littérature présente un monde différent, Jacques Van Herp l’affirme :

Avant Rosny la science-fiction n’existait pas ; seule existait une littérature approchante : l’anticipation.

(Introduction aux Récits de science-fiction de J.-H. Rosny Aîné, Verviers, André Gérard/Marabout, 1973, p. 18).

La création des termes astronaute et astronautique par Rosny Aîné est sur ce point un exemple de cette volonté d’écrire par la fiction une science nouvelle. Le scientifique Alexandre Ananoff a rendu un hommage à l’auteur :

Il en est de même du mot astronautique, typiquement français, créé par Rosny aîné, mais qui, pour sonner agréablement à nos oreilles, n’en est pas moins inexact.

(Alexandre Ananoff, Mémoires d’un astronaute, Broché / Albert Blanchard, 1er Janvier 1978).

Notons enfin à ce propos que l’ingénieur aéronautique Robert Enault-Pelterie, ami de Rosny, introduit le terme dans son ouvrage L’Astronautique (imprimerie A. Lahure, Paris, 1930). L’ouvrage est une compilation des connaissances de l’époque sur les fusées et la navigation dans l’espace. Dans la science-fiction, la littérature de Rosny est novatrice et unique.

Mais Rosny est aussi l’auteur incontournable de romans préhistoriques. Pour le lecteur, la liaison entre les œuvres de science-fiction et les romans préhistoriques pourrait s’opérer par l’appréciation de la nouvelle Les Xipéhuz, second écrit de Rosny, publié en 1877 à la Nouvelle Librairie Parisienne / Albert Savine. La nouvelle se déroule mille ans avant le massement civilisateur d’où surgirent plus tard, Ninive, Babylone, Ecbatane. Les Xipéhus ne sont a priori que des formes, mais inquiètent grandement les hommes. Regroupés, les Xipéhuz massacrent principalement les guerriers et étendent leur espace vital tels des parasites. Les Xipéhus sont observés comme des êtres, de surcroît vivants, pourtant ils ne ressemblent à rien de terrestre. L’homme chargé de les observer est « un homme extraordinaire, nommé Bakhoûn, issu de la tribu de Ptuh et frère du premier grand-prêtre des Zahelas » (Les Xipéhuz dans La Guerre du feu et autres romans préhistoriques, Robert Laffont coll. « Bouquins », Paris 2002 –1985- , page 634), il n’est plus nomade et professe des idées singulières. Bakhoûn effectue une étude scientique de ces êtres, inscrit dans son journal toutes ses observations. Une fois son étude terminée, Bakhoûn peut mener une guerre et exterminer les Xipéhuz. Ces êtres dangereux, ennemis mortels détruits à jamais, la terre redevient le trophée des hommes :

La terre appartient aux Hommes. Deux jours de combat ont anéanti les Xipéhuz ; tout le domaine occupé par les deux cents derniers a été rasé, chaque arbre, chaque plante, chaque brin d’herbe a été abattu.

(Les Xipéhuz dans La Guerre du feu et autres romans préhistoriques, Robert Laffont coll. « Bouquins », Paris 2002 –1985- , page 652).

Il semble que Les Xipéhuz est une des rares productions littéraires où des être dotés d’une intelligence ne sont pas présentés comme anthropomorphes. La force de Rosny est d’avoir incorporé aux temps préhistoriques des éléments de cette science nouvelle. Dans ses œuvres, il ne marque pas une volonté de favoriser une époque par rapport à une autre, cependant les romans préhistoriques sont d’une qualité exceptionnelle.

Jacques Baronian confie la particularité de l’œuvre dans le domaine, où l’on ne rencontre que des imitations plus ou moins réussies du maître. Si le succès au cinéma de l’adaptation de La Guerre du feu par Jean-Jacques Annault, en 1981 a contribué à réaffirmer la curiosité envers le récit préhistorique ; l’intérêt pour l’œuvre de Rosny est sans doute lié à d’autres facteurs. La richesse de la langue est un des atouts majeurs de sa littérature :

Il y a chez lui une manière insolite de « poser la voix » et, plus concrètement encore, un véritable vocabulaire poétique de la préhistoire qui se traduit avant tout par le recours à un ensemble de mots sans cesse utilisés, à l’instar de ceux qui ponctuent les mélopées et les litanies : redoutable, formidable, féroce, âpre, rauque, frénétique, énigmatique, cruel, fiévreux, chaotique, obscur, rude… A les retrouver presque à chaque page, on a le sentiment que tous ces termes sont comme des leitmotive et que, à chaque fois, ils tendent à suggérer l’étrange effroi des époques révolues où le règne humain, le règne animal, le règne végétal et le règne minéral sont inextricablement liés, où tout est toujours grandiose et spectaculaire, où la Terre est une planète en perpétuel devenir où l’humanité à son aube entreprend une lutte insensée, entêtée contre les éléments et cherche à dominer, à transcender le chaos originel.

(Jean-Baptiste Baronian, Présentation à La Guerre du feu et autres romans préhistoriques, Robert Laffont coll. « Bouquins », Paris 2002 –1985- , page 12).

Cette force du langage, née d’un vocabulaire récurrent, n’est pas sans effet. La mémoire du lecteur se trouve presque inéluctablement réorientée vers les épithètes homériques ; à une différence cependant : ils ne caractérisent pas systématiquement le héros, ils œuvrent plutôt à l’explication de l’étrange correspondance des êtres vivants à des temps, qui semblent au lecteur, aussi lointains qu’imaginaires.

Relire le texte de Rosny est un cheminement inévitable vers une organisation et une lecture poétique de l’ordre du monde chez les anciens. Ce monde — dans Helgvor du fleuve bleu par exemple — est un véritable personnage dans le récit. Il devient, par l’artifice et la plume de Rosny, un ordre :

Le monde innombrable toujours demeurait et toujours périssait. Le fleuve roulait des eaux qui n’étaient plus les mêmes eaux, la lumière succédait à la lumière, et ce n’était jamais la même lumière, la nuit revenait après le jour, et c’était d’autres ténèbres, les bêtes passaient sur la savane et c’était d’autres bêtes que les bêtes innombrables évanouies dans l’éternité.

(Helgvor du fleuve bleu dans La Guerre du feu et autres romans préhistoriques, Robert Laffont coll. « Bouquins », Paris 2002 –1985- , page 564).

Comment ne pas lire à travers ces lignes (où l’environnement impitoyable et hostile où règne l’harmonie est celui au sein duquel les hommes doivent — malgré tout — évoluer) quelques étonnants fragments d’Héraclite ? Comment ne pas songer à ces mots : « A ceux qui descendent / dans les mêmes fleuves / surviennent toujours d’autres / et d’autres eaux » (Paul Tannery) ? Des traces de l’éphésien, nous pouvons extraire quelques autres mots essentiels : « Le soleil, nouveau chaque jour » (Yves Battistini) et les offrir en partage du texte de Rosny : « Parce que le soleil approchait des eaux où chaque nuit, il rafraîchit son feu… » (Helgvor du fleuve bleu dans La Guerre du feu et autres romans préhistoriques, Robert Laffont coll. « Bouquins », Paris 2002 –1985- , page 542).

Chez Rosny, le rythme dicté par les lois de la nature conduit à la vision d’un monde qui n’est pas morale, qui n’est pas non plus a-morale. Ces mondes préhistoriques où l’hostilité existe et où la nécessité impose aux hommes leurs choix pourraient nous rappeler l’âge d’airain tel que défini par Ovide :

Aux deux premiers âges, succéda l’âge d’airain. Les hommes, devenus féroces, ne respiraient que la guerre, ne furent point encore tout à fait corrompus.

(Métamorphoses, I,125, trad. G. T Villenave, Paris, 1806).

Cette férocité de l’homme transparaît dans La Guerre du feu. Cette guerre essentielle est bien sûr sanglante et violente, mais l’existence de la corruption ne se pose pas. Après une bataille et le sacrifice des mourants, arrivent les soins portés par chaque tribu dans un même lieu. Observation de guerriers ennemis, attendrissement envers l’adversaire diminué :

Puis, il y eut une pause de torpeur et de silence. Les Hommes-sans-Epaules pansaient leurs blessés. Ils le faisaient d’une manière plus minutieuse et plus sûre que les Oulhamr. Noah avait l’impression qu’ils connaissaient plus de choses que ceux de sa tribu, mais que leur vie était chétive. Leurs gestes étaient flexibles et tardifs ; ils se mettaient deux et même trois pour soulever un blessé ; parfois, pris d’une torpeur étrange, ils demeuraient les yeux fixes, les bars suspendus comme des branches mortes.

(La Guerre du feu in La Guerre du feu et autres romans préhistoriques, Robert Laffont coll. « Bouquins », Paris 2002 [1985], page 306-307).

Il est bon, parfois, de dépoussiérer les auteurs qu’il y a un demi siècle à peine des enfants lisaient en en saisissant la substance et dont aujourd’hui des lecteurs plus aguerris ont du mal à saisir les nombreuses références.

Tout comme il est parfois bon de jeter un oeil sur les dossiers ou se trouvent les articles refusés par telle ou telle maison d’éditions afin d’en faire profiter son prochain.

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