Archive de post-humanisme
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À quoi rêve un post-humaniste?
Il est las de notre monde ancien ; il méprise nos petits arrangements avec le sexe et la mort ; il se joue de la finitude humaine. Soit. Mais à quoi rêve-il au fond ? De corps plastifiés,de mutations génétiques, de mécanismes cellulaires, de réseaux de bactéries, de biotechnologies, de robotique. De tout cela, sans doute. Il se plaît à imaginer une solitude nouvelle. Non de changer la vie, mais l’homme dont il voudrait repousser les limites physiologiques et augmenter son être. Il jubile devant les milliards de transistors qui contaminent la nouvelle civilité instaurée par le développement de l’informatique. Il se prépare à vivre éternellement. C’est un homme machine qui baigne dans la réalité technologique avec la naïveté du prophète et le sérieux de l’expert en prospective.
Il y a tant de choses à penser dans le domaine des biotechnologies, tant de choses à reformuler, qu’il nous met en demeure de sortir de la conception classique de l’homme.
Le post-humaniste tente de conjurer l’effroi technologique, par une espérance folle, mais sincère, capable de transformer la nature humaine. Il pourrait dire à l’instar de Dick : « si ce monde ne vous attire pas, allez voir s’il n’y en a pas un autre ! ». Car de cet exil, de cette perte de référents, il se délecte, telle Donna Harraway (sic), cette féministe et sociologue américaine, qui aspire à la venue d’enfants nés d’une matrice technologique. Le posthumaniste est un lyrique au pays des « cyborgs », ces créatures constituées par le couplage d’un mécanisme de bio-feedback contrôlé par ordinateur et d’un organisme. C’est un mutant.
Aujourd’hui nous irons à sa rencontre…?
Ces lignes, lues sur le site de Radio France, reflètent bien l’image que l’on a en France du post-humanisme, et même une certaine vision de la technologie. Tout d’abord, cette prose semble tout droit sortie des années 90. Entre Gibson et Matrix, un propos daté, empli de science-fiction de bazar et d’idées préconçues. Ensuite qu’en est-il de ce post-humanisme ? Il est vrai que l’on voit marcher des cyborgs et des titans dans nos rues, emplis de nanotechnologies raz la gueule, mutants génétiques ultraperformants, non égaux puisque plus puissants, connectés en permanence au cyberespace (ça faisait longtemps que je n’avais pas utilisé ce gros mot), avec leurs prothèses de réalité virtuelle, leurs lunettes noires à amplificateur de lumière et LCD intégré, qui ont des voitures qui volent et des chiens robots. Allons restons sérieux messieurs et mesdames de France Culture.
Je vais vous dire moi qui est post-humaniste. C’est Debbie, femme de 47 ans, mariée, vivant dans la suburbia de Chicago et qui veut un enfant. Parce que son rêve c’est d’être mère. PMA et embryon surnuméraire. Elle fait le choix de ne garder que les embryons avec le meilleur potentiel génétique, sans maladie et sans malformation. C’est Madame André, Lyon en France, qui donne des compléments alimentaires pour stimuler la mémoire de son fils pour passer le bac français. Et elle ne comprend pas pourquoi les autres mères des camarades d’Alexandre ne font pas pareil. C’est monsieur Schmidt, à Dusseldorf, qui est connecté 24 heures sur 24 avec son PDA et son oreillette bluetooth à son entreprise et à sa famille. Et qui ne fait plus la différence entre le bureau et chez lui. C’est madame Woo qui après un accident de la route s’est fait poser une prothèse qui lui permet de remarcher à nouveau, d’aller travailler et d’avoir une vie sociale. C’est ça le post-humanisme. Dans son ensemble et sa globalité, loin des peurs et des préjugés. C’est ce vieil homme en Angleterre, qui après 30 ans de cécité et une implantation d’un système d’électrode dans l’œil peut voir le monde à nouveau.
Ah oui, au fait, nous sommes tous des mutants. C’est dans nos gènes. Et d’ailleurs le post-humanisme n’existe-t-il peut-être pas ? Le post-humanisme est surtout utilisé par certains pour jeter aux visages d’autres leur peur de s’adapter.