Archive de post-humanisme
Vous explorez les archives pour post-humanisme.
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Après la lecture des 1500 pages de traductions françaises de l’intégrale des nouvelles Greg Egan, on se sent un peu groggy, vidé, et pourtant, une douce sensation de complétude nous envahit. Greg Egan a vu l’avenir de l’humanité, et nous la raconte. Avec des mots simples et complexes, des récits d’espion et d’amour, des mathématiques et de la violence, il autopsie la post-humanité, les désirs qui nous habitent, les mondes qui vont éclore. Ces trois volumes raisonnés de l’œuvre de Egan, Axiomatique, Radieux et Océanique, édités chez Le Belial’ (par pitié arrêtez ces couvertures SF-JDR-Cyberpunk je vous en prie) nous font découvrir un auteur majeur de la science-fiction contemporaine. Australien, on en sait peu sur lui. Mathématicien de formation, il se tourne rapidement vers l’écriture, et publie de façon régulière depuis presque 30 ans.
Quel panorama nous offre ces trois volumes ? Egan nous invite à penser l’homme de demain, dans cinq ans comme dans mille. Il extrapole les connaissances actuelles, les comportements sociaux, les technologies, les modes de vie jusqu’à un point de fuite où un nouveau monde va émerger. Un véritable catalogue de l’homme-d’après s’étale alors sous nos yeux ébahis. Tout jugement de valeur étant absent de son œuvre, il déroule sans préjugé les effets du clonage sur l’humanité, les possibilités que nous offre le transhumanisme, les conséquences de la découverte de mathématique non-cohérente sur notre quotidien.

Ne perdant jamais de vu ses histoires, ses récits, ne faisant jamais d’extrapolation à vide, il construit ses nouvelles autour de ses personnages, leur volonté, leur désir. Passant d’un genre à l’autre (l’aventure, le drame familiale, l’espionnage, le conte moral), ne s’essoufflant jamais, il fait montre d’une imagination purement hallucinante pour sortir des sentiers battues et rabâchés de la science-fiction, créant par la même un mythologie propre. Mythologie technologique, mythologie de la mutation, du devenir. Du changement. Car il n’est question que de ça dans l’œuvre de Greg Egan : en quoi les changements extérieurs, de notre environnement (technologique, philosophique, mathématique) vont nous changer à l’interieur, dans notre chair, dans nos synapses.
Ballard disait qu’il n’existait pas de roman parfait, simplement de parfaite nouvelle. Egan en est la preuve écrite. Il travaille ses textes avec une telle minutie, sans jamais perdre de vue son récit, la vraisemblance psychologique de ses personnages, qu’au delà de l’érudition scientifique, il n’oublie jamais que ce sont les hommes qui font les histoires. En attendant que je lise ses quatre romans publiés en France et d’y faire ici même la chronique, je vous invite à vous précipiter sur ces trois volumes de ce que l’on peut qualifier de meilleurs ouvrages de hard-sf du moment.
À quoi rêve un post-humaniste?
Il est las de notre monde ancien ; il méprise nos petits arrangements avec le sexe et la mort ; il se joue de la finitude humaine. Soit. Mais à quoi rêve-il au fond ? De corps plastifiés,de mutations génétiques, de mécanismes cellulaires, de réseaux de bactéries, de biotechnologies, de robotique. De tout cela, sans doute. Il se plaît à imaginer une solitude nouvelle. Non de changer la vie, mais l’homme dont il voudrait repousser les limites physiologiques et augmenter son être. Il jubile devant les milliards de transistors qui contaminent la nouvelle civilité instaurée par le développement de l’informatique. Il se prépare à vivre éternellement. C’est un homme machine qui baigne dans la réalité technologique avec la naïveté du prophète et le sérieux de l’expert en prospective.
Il y a tant de choses à penser dans le domaine des biotechnologies, tant de choses à reformuler, qu’il nous met en demeure de sortir de la conception classique de l’homme.
Le post-humaniste tente de conjurer l’effroi technologique, par une espérance folle, mais sincère, capable de transformer la nature humaine. Il pourrait dire à l’instar de Dick : « si ce monde ne vous attire pas, allez voir s’il n’y en a pas un autre ! ». Car de cet exil, de cette perte de référents, il se délecte, telle Donna Harraway (sic), cette féministe et sociologue américaine, qui aspire à la venue d’enfants nés d’une matrice technologique. Le posthumaniste est un lyrique au pays des « cyborgs », ces créatures constituées par le couplage d’un mécanisme de bio-feedback contrôlé par ordinateur et d’un organisme. C’est un mutant.
Aujourd’hui nous irons à sa rencontre…?
Ces lignes, lues sur le site de Radio France, reflètent bien l’image que l’on a en France du post-humanisme, et même une certaine vision de la technologie. Tout d’abord, cette prose semble tout droit sortie des années 90. Entre Gibson et Matrix, un propos daté, empli de science-fiction de bazar et d’idées préconçues. Ensuite qu’en est-il de ce post-humanisme ? Il est vrai que l’on voit marcher des cyborgs et des titans dans nos rues, emplis de nanotechnologies raz la gueule, mutants génétiques ultraperformants, non égaux puisque plus puissants, connectés en permanence au cyberespace (ça faisait longtemps que je n’avais pas utilisé ce gros mot), avec leurs prothèses de réalité virtuelle, leurs lunettes noires à amplificateur de lumière et LCD intégré, qui ont des voitures qui volent et des chiens robots. Allons restons sérieux messieurs et mesdames de France Culture.
Je vais vous dire moi qui est post-humaniste. C’est Debbie, femme de 47 ans, mariée, vivant dans la suburbia de Chicago et qui veut un enfant. Parce que son rêve c’est d’être mère. PMA et embryon surnuméraire. Elle fait le choix de ne garder que les embryons avec le meilleur potentiel génétique, sans maladie et sans malformation. C’est Madame André, Lyon en France, qui donne des compléments alimentaires pour stimuler la mémoire de son fils pour passer le bac français. Et elle ne comprend pas pourquoi les autres mères des camarades d’Alexandre ne font pas pareil. C’est monsieur Schmidt, à Dusseldorf, qui est connecté 24 heures sur 24 avec son PDA et son oreillette bluetooth à son entreprise et à sa famille. Et qui ne fait plus la différence entre le bureau et chez lui. C’est madame Woo qui après un accident de la route s’est fait poser une prothèse qui lui permet de remarcher à nouveau, d’aller travailler et d’avoir une vie sociale. C’est ça le post-humanisme. Dans son ensemble et sa globalité, loin des peurs et des préjugés. C’est ce vieil homme en Angleterre, qui après 30 ans de cécité et une implantation d’un système d’électrode dans l’œil peut voir le monde à nouveau.
Ah oui, au fait, nous sommes tous des mutants. C’est dans nos gènes. Et d’ailleurs le post-humanisme n’existe-t-il peut-être pas ? Le post-humanisme est surtout utilisé par certains pour jeter aux visages d’autres leur peur de s’adapter.