Archive de OVNI
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Il y a bien des raisons d’aimer une lecture. J’ai aimé celle de The Cult of Aliens Gods. HP Lovecraft and Extraterrestrial Pop Culture parce qu’elle m’a rendu joyeux et triste. Joyeux parce que les croyances de certains prêtent à rire ; triste parce qu’elles sont parfois le symptôme de quelque chose de grave.
La thèse de l’ouvrage est de montrer la filiation qu’il y a entre les récits de fiction de Lovecraft et les cultes ufologiques actuels. Elle passerait par l’intermédiaire du Matin des Magiciens de Bergier et Pauwels et de Chariots of the Gods d’Erich von Däniken. Cette généalogie pour convaincante qu’elle est sur le papier paraît un peu fragile dans les faits néanmoins. Cependant, on ne peut nier l’influence de Lovecraft sur le Matin des Magiciens de ce livre sur celui de Däniken et enfin de Chariots of the Gods sur tous ces illuminés plus ou moins fous et rigolos qui croient à une origine extra-terrestre de la vie sur terre.
La grande différence est que chez Lovecraft il s’agissait de fictions très noires où des entités telles que les Anciens ne fabriquaient l’homme que dans un but égoïste qui leur était propre. Nul altruisme extra-terrestre. Les êtres venus de l’espace sont, au contraire, pour les adeptes des cultes ufologiques — de Heaven’s Gate à Raël — des réalités bienveillantes qui ont créé l’homme à leur image pour son plus grand bien et celui de l’univers.
Ce dernier point est central. Si pour Lovecraft le cosmos nous était indifférent pour ses ultimes héritiers, il est comme le dieu des chrétiens, créateur et bon. Lovecraft est doublement trahi à la fois philosophiquement, nous venons de le voir, et épistémologiquement, car le crible pseudo-scientifique qui fait d’un dieu surnaturel un extra-terrestre matériel n’a que le badigeon du matérialisme.
L’auteur de ce livre, Jason Colavito, a recours pour expliquer ce point au grand Jacques Barzun. Citant le tout début de L’Appel de Cthulhu de Lovecraft, il en fait une lecture profonde, From Dawn to decadence de Barzun en main. C’est bien le déclin de l’Occident qui se montre dans la recherche de ce « nouvel âge de ténèbres ». La science a vaincu partout tant et si bien que du créationniste au raëlien, tous ne veulent expliquer leur croyance que par elle. Mais la science a perdu, car si tout devient objet de science, rien ne l’est plus, car elle n’est plus qu’un argument, parmi d’autres, à la foi ou aux superstitions de chacun. Cette défaite de la science est peut-être ce qui illustre le mieux cette décadence de l’Occident dont témoigne Barzun.