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La fosse aux Shoggoth, Lecture

Quatre barbaries

polyphemeEst-il utile de dire que pour l’inventeur de Conan le barbare le concept de barbarie est important ? On a beaucoup écrit sur l’idée que Robert Howard se faisait de la barbarie et j’ai somme toute peu lu sur le sujet, pourtant, je voudrais vous faire partager une réflexion que je me suis faite sur la typologie de la barbarie que j’ai décelée chez Howard.

En effet, si Conan est le barbare par excellence, il n’est pas le seul à être un barbare et sa barbarie n’est pas la seule barbarie à exister dans l’hyperborée howardienne. M’appuyant sur deux nouvelles parmi les plus connues d’Howard Au delà de la rivière noire et Les clous rouges, j’identifie quatre formes de barbarie.

La première, la plus évidente est celle de Conan. C’est la barbarie des peuples jeunes, une barbarie de l’innocence, infiniment féconde. Elle évoque la barbarie de la sensation que l’on trouve chez Vico, le génial philosophe napolitain. Cela ne fait certes pas de Conan un bon sauvage, il reste un barbare avec toute la violence que cela implique, mais cela fait de lui l’homme de l’aube des temps, celui en qui tous les possibles sont présents.

Si la barbarie de Conan est celle de l’aube des temps, celle des Pictes appartient à la nuit qui la précédée. Chez eux, la barbarie est si grossière, si bestiale, qu’il n’y a pas en elle le ressort de la future civilisation. Pour continuer à évoquer Vico, c’est la barbarie des bestioni, des grosses bêtes qui errent sur la terre sans autres règles que leur propre caprice.

Face à la première des barbaries, la civilisation doit lutter, mais aussi civiliser ; face à la seconde, seule une lutte inexpiable est possible. Cette lutte inexpiable donne naissance à un autre barbare, le civilisé qui retourne à la barbarie de l’aube des temps, qui retourne à la barbarie de Conan sans pour autant y parvenir tout à fait. Le civilisé est un animal domestique, tel le chien au maître assassiné par les Pictes dans Au delà de la rivière noire. Ce chien qui retourne presque à l’état sauvage, qui redevient presque un loup (comme Conan est un loup) pour lutter contre des animaux plus anciens encore, marqués par la noirceur abyssale de la nuit des temps et la magie qui l’anime incarne d’une façon frappante et sublime le retour ou plutôt le recours de la civilisation à la barbarie. Comme si la civilisation était une parenthèse, la paix d’un moment immédiatement troublée.

Cependant, la civilisation elle-même aspire seule à une barbarie qui n’a rien à voir avec celle de l’aube des temps. La barbarie de la réflexion (toujours Vico) est celle du soir et de la nuit. C’est la barbarie des peuples vieux qui par excès de civilisation retombent dans la bestialité des bestioni ou plutôt la singe car il n’y a pas de retour de l’histoire.

Forcé-je le sens des écrits d’Howard en voulant y voir tout cela ? Sans doute et il ne devait certainement ignorer jusqu’au nom de Vico. Pourtant, je ne peux m’empêcher de voir dans les nouvelles de Conan le barbare un formidable compagnon à la lecture de Vico et je vous invite à lire l’un et l’autre.

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La molécule du père

Rameau

LUI. — C’est apparemment qu’il y a pour les unes un sens que je n’ai pas ; une fibre qui ne m’a point été donnée, une fibre lâche qu’on a beau pincer et qui ne vibre pas ; ou peut-être c’est que j’ai toujours vécu avec de bons musiciens et de méchantes gens ; d’où il est arrivé que mon oreille est devenue très fine, et que mon cœur est devenu sourd. Et puis c’est qu’il y avait quelque chose de race. Le sang de mon père et le sang de mon oncle est le même sang. Mon sang est le même que celui de mon père. La molécule paternelle était dure et obtuse ; et cette maudite molécule première s’est assimilé tout le reste.

MOI. — Aimez-vous votre enfant ?

LUI. — Si je l’aime, le petit sauvage ! J’en suis fou.

MOI. — Est-ce que vous ne vous occuperez pas sérieusement d’arrêter en lui l’effet de la maudite molécule paternelle ?

LUI. — J’y travaillerais, je crois, bien inutilement. S’il est destiné à devenir un homme de bien, je n’y nuirai pas. Mais si la molécule voulait qu’il fût un vaurien comme son père, les peines que j’aurais prises pour en faire un homme honnête lui seraient très nuisibles ; l’éducation croisant sans cesse la pente de la molécule, il serait tiré comme par deux forces contraires, et marcherait tout de guingois, dans le chemin de la vie, comme j’en vois une infinité, également gauches dans le bien et dans le mal ; c’est ce que nous appelons des espèces, de toutes les épithètes la plus redoutable, parce qu’elle marque la médiocrité, et le dernier degré du mépris.

Un grand vaurien est un grand vaurien, mais n’est point une espèce. Avant que la molécule paternelle n’eût repris le dessus et ne l’eût amené à la parfaite abjection où j’en suis, il lui faudrait un temps infini : il perdrait ses plus belles années. Je n’y fais rien à présent. Je le laisse venir. Je l’examine. Il est déjà gourmand, patelin, filou, paresseux, menteur. Je crains bien qu’il ne chasse de race.

Diderot, Le neveu de Rameau in Œuvres, vol. 2, Paris, 1994, pp. 681-682.

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Vendre au Japon

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Le Prisonnier, version 2009

The Prisoner Promo

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Cinéma et TV, Edito

Dollhouse, la maison des êtres et des âmes

dollhouse3

Science-fiction. Complots. Manipulation d’identité. Femmes poupées. Joss Whedon. Moi je dis ok, et même wouah. Et j’ai bien raison.

Diffusé depuis le début de l’année, Dollhouse, la nouvelle série du créateur de Buffy the Vampire Slayer, porteuse de nombreux espoirs pour toute la communauté geek, tient effectivement ses promesses, et quelles promesses ! La Dollhouse, organisation non-gouvernementale et plus ou moins légale, met à disposition de ceux qui en ont les moyens des êtres humains préalablement vidés de tous souvenirs, personnalités ou caractères, et chargés de ce dont ils ont besoin pour la mission. Connaissances du close-combat, talent de hacker, mais aussi amour passionné et éternel, ou encore docilité sexuelle. Car la Dollhouse n’est pas qu’une simple agence de sécurité, ou une un harem d’escort-girl, non, la Dollhouse c’est bien plus que ça. C’est un rêve, un fantasme, la possibilité de créer un être humain selon ses besoins, ses envies, ses obsessions. Et c’est là où se niche le génie de Whedon.

Déjà dans Buffy, Whedon avait réussi quelque chose de magique. Une alliance impeccable entre la comédie et le drame, l’entertainment pur et énergique et à la profondeur narrative, des personnages légers et en proie à des forces supérieures. Et c’est dans ce balancement incessant entre le sérieux et le comique, le divertissement et le drame que se terre le travail de Whedon.

dollhouse1Dollhouse est et reste une série de science-fiction. Mais ici il faudrait plutôt parler de science prospective, d’extrapolation de technologie embryonnaire, d’interrogation sur ces conséquences dans nos sociétés, dans nos vies, mais aussi dans nos fictions. Pur série geek, les trames n’hésitent pas à flirter avec l’espionnage, la comédie, le survival, le thriller. Car à donner une nouvelle identité à chaque épisode aux personnages, Whedon peut créer un nouvel univers propre et cohérent à chaque fois, changer les règles, le ton, les ambiances. A nouvelle identité, nouvelle vie. Il interroge alors notre rapport à ce que nous sommes, à ce que nous faisons, mais aussi à ce que nous regardons, et comment nous nous impliquons dans un médium. La Dollhouse en elle-même est un pur lieu de science-fiction, paradigme de ces cliniques d’optimisation post-humaniste qui fleurissent de par le monde, mélange des technologies les plus avancées et de philosophie zen.

Les personnages ont tout particulièrement été soignés par Whedon. Troubles, manipulés, perdus, les identités sont brouillées, les choix pas si libres que cela, les limites entre le Bien et le Mal plus que floues, la morale fluctuante selon les possibilités technologiques. Topher Brink, le génie geek responsable de la machine à implanter des identités, est un type sympa, portant t-shirt et sneakers, et pourtant n’hésitant pas à effacer les dolls, à manipuler les êtres et les âmes. L’agent Ballard, qui mène une enquête personnelle sur la Dollhouse, a du mal à trouver la limite entre son devoir et son obsession pour Echo/Caroline. Sierra tient en même temps de la victime, du bourreau, de la femme enfant et de la maitresse. Et le docteur Saunders, jeune femme défigurée après la rébellion d’un des pensionnaires de la Dollhouse, est un personnage d’une profondeur et d’un trouble rarement atteints dans une série télévisée (d’autant plus américaine). Le tout dans l’ombre malfaisante d’Alpha, la plus grande réussite et l’échec le plus cuisant de la Dollhouse. Bref une galerie de personnages précis, cohérents et entierement voués à la création de l’univers de Dollhouse et à sa narration.

dollhouse2Dans cette première saison de trop peu d’épisodes, Whedon met en place son univers, pose ses personnages et ses enjeux, et comme à son habitude prend le temps de raconter une histoire, sans effet de twist trop à la mode en ce moment à Hollywood (J.J. Abrahms en tête), il sait où il va et où il veut emmener le téléspectateur. Alors que la saison 2 a été greenlightée malgré des audiences un peu faibles, on ne peut qu’être impatient à découvrir la suite des aventures de Echo, Ballard, Sierra, Topher et les autres.

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La fosse aux Shoggoth, Lecture

A quoi sert Conan le Barbare ?

conan2J’ai découvert Robert Howard très jeune et j’ai follement aimé me plonger dans les aventures de Conan le Barbare, mais ce n’est que plus tard que j’ai compris la valeur réelle de cet auteur et ce qu’il m’avait apporté et pour lequel je lui suis, à travers le temps et la mort, infiniment reconnaissant.

Je me souviens tout particulièrement d’une nouvelle intitulée Des éperviers sur Shem. C’était le récit d’une affreuse guerre civile dans une ville de Pelishtie, Asgalum. Là, Conan s’y illustrait à son habitude, à coups de hache et d’épée. A l’époque, je n’avais pas particulièrement prêté attention au fait qu’il s’agissait là de la reprise d’un texte inachevé d’Howard par Sprague de Camp. Comme Lovecraft, l’inventeur de Conan a eu son August Derleth, infiniment plus respectueux et fidèle, cependant (que Derleth n’ait été ni l’un ni l’autre n’enlève rien à son mérite, je tiens à le dire).

A l’origine, l’histoire se déroulait dans l’Egypte islamique. Sprague de Camp a opéré un simple glissement dans l’onomastique et la toponymie, rajoutant un peu de magie ici, d’exotisme hyperboréen là. Cela s’est fait sans mal de son propre aveu et le lecteur ne s’en rend même pas compte. Les histoires fantastiques de Conan trouvent leur origine dans la connaissance que Robert Howard avait de l’histoire, ceci expliquant cela.

Quand un peu plus tard, à douze ou treize ans j’ai lu La Guerre du Péloponnèse de Thucydide, un passage m’avait particulièrement marqué. Il s’agissait du récit de la stasis de Corcyre. Pourquoi donc ? Tout simplement, parce que je me croyais plongé de nouveau dans la bataille au côté de Conan tel que je l’avais ressenti en lisant Des éperviers sur Shem.

A l’époque, je n’avais pas bien compris le lien, mais j’avais pris le goût les auteurs classiques en qui je voyais d’honorables concurrents à ceux de l’heroic fantasy que j’aimais tant. Plusieurs années plus tard, m’intéressant de plus près à Howard, je devais découvrir quelle était la genèse de son écriture. Il était un autodidacte amoureux de l’histoire et des classiques, ce qui faisait de ce grand et gros garçon musclé un étranger dans son petit village du Texas — apprécié, reconnu, admiré même, mais étranger néanmoins. Et ce sont ces goûts qui l’ont porté inexorablement vers l’écriture qui fut la sienne.

Classiques et fantasy, la sword de l’histoire et la sorcery du rêve, voilà les sources du génie de Robert Howard, j’ai mis du temps à m’en rendre compte, mais je suis ravi de l’avoir compris et heureux d’en parler aujourd’hui.

J’ai bien conscience que tout ce détour autobiographique n’a guère d’intérêt. Mais je voulais, par ce biais, introduire une lettre de John D. Clark où celui-ci justifie des raisons qui l’ont poussé à aimer Conan. Ce ne sont pas les mêmes que moi, tout l’intérêt d’avoir évoqué ma jeunesse réside dans cette différence, mais je les crois suffisamment intéressantes pour que l’on s’y arrête.

Bonne lecture :
conan

Ma première rencontre avec l’âge Hyborien eut lieu il y a presque dix-sept ans de cela. En vérité, ce fut plutôt une collision ! J’avais été attiré par la couverture quelque peu « juteuse » du numéro de « Weird Tales » de septembre 1933, illustrant la nouvelle « L’Ombre de Xuthal ». C’est ainsi que je fis la connaissance de Conan le Cimmérien. Cette rencontre fut décisive ; dès lors, je suivis les aventures de ce personnage fort peu conventionnel avec le plus grand intérêt. Un peu plus tard (aux alentours de 1935) Schuyler Miller et moi-même décidâmes d’essayer de représenter graphiquement, par une carte, le monde de Conan. A notre grande surprise, ce fut ridiculement facile. Les pays apparaissaient tout seuls sur le papier, un peu compressés au début, puis s’emboîtèrent et s’assemblèrent pour former une carte incontestable et manifestement authentique. Nous écrivîmes alors à Howard et constatâmes que sa propre carte était pratiquement identique à la nôtre ; sa biographie de Conan était également identique, dans les grandes lignes, à celle que Miller et moi avions rédigée à partir des données relevées dans ses histoires. Autant que je m’en souvienne, le seul point de désaccord important fut une différence de deux ans portant sur l’âge de Conan, à un moment donné de ses aventures !

Nous comprîmes alors que nous nous adressions à un conteur-né qui connaissait son affaire. Et lorsque nous lûmes le manuscrit de « L’Age Hyborien », quelque temps avant qu’il soit publié pour la première fois, nous en fûmes absolument sûrs et certains.

En tout cas, au cours des années qui suivirent, je ne manquai pas une seule des productions d’Howard, y compris les aventures du roi Kull et de ses autres héros. Il était évident, bien sûr, que même si certaines
des aventures de Conan avaient été apparemment écrites avant que ce concept superbe se soit glissé dans le cerveau d’Howard, elles s’intégraient aisément à ce vaste dessein d’ensemble, même au prix d’une légère distorsion…

Parmi les nouvelles composant la saga de Conan, on relève des fragments de la biographie de ce personnage remarquable — travail effectué par Miller et moi-même — rendant compte de voyages et d’aventures de Conan qui ne sont pas racontés dans les histoires elles-mêmes. Néanmoins, ces éléments biographiques « rapportés » n’expliquent jamais comment il réussit à se débarrasser de la femme qui tombe inévitablement dans ses bras à la fin de chacune de ses aventures… juste à temps pour qu’une autre créature, tout aussi délicieuse, s’offre à son regard au début de la suivante! A mon avis, cela pourrait parfaitement faire l’objet d’une recherche littéraire, un sujet de thèse extrêmement intéressant. Et les résultats de cette investigation littéraire pourraient être aussi utiles — me semble-t-il — que bien des thèses ayant pour but de décider si Francis Bacon ou le comte d’Oxford ont écrit ou non les œuvres d’un certain William Shakespeare…

Je n’ai pas l’intention de parler de Robert E. Howard lui-même. Ne l’ayant jamais connu personnellement, je laisse ce soin à ceux qui ont eu cette chance et qui pourront le faire mieux que moi. Je l’ai connu seulement en tant qu’écrivain et son œuvre est excellente. Les parties d’un écrivain qui ne meurent pas avec son corps, ce sont ses histoires. Et les récits d’Howard ne sont pas près de mourir dans le cœur de tous ceux qui aiment la saga de Conan et l’aventure en général. Vous êtes probablement l’un de ces lecteurs, sinon vous n’auriez pas acheté ce livre, et je suis sûr de ne pas me tromper !

Howard était un conteur de premier ordre, avec une maîtrise technique remarquable de ses outils et une absence totale d’inhibitions. D’une main avisée et libre il a pris ce qu’il voulait des aspects les plus remarquables de tous les âges et climats : noms propres de toutes les origines linguistiques concevables, armes provenant de tous les pays et de tous les temps ayant jamais existé sous le soleil, coutumes et classes sociales de l’Antiquité et du Moyen Age, montant et assemblant le tout pour en faire un cosmos cohérent et conséquent, sans qu’un seul joint soit visible! Il a ajouté ensuite une part royale de surnaturel, pour pimenter l’ensemble, et le résultat est un univers de pourpre, d’or et d’écarlate où tout peut arriver… sauf l’ennui !

Ses héros ne sont jamais profonds… mais ils ne sont jamais stupides. Kull, Solomon Kane, Bran Mak Morn, Conan lui-même, marchent, parlent, vivent et sont d’une seule pièce. Sans doute ne sont-ils pas exactement le genre de personnages à inviter à une soirée élégante, mais ils ne sont pas non plus vraiment le genre d’êtres que l’on oublierait s’ils vous étaient présentés. Conan, le héros de tous les héros imaginés par Howard, est le fanfaron à tout crin, indestructible et irrésistible, que nous avons tous souhaité être à un moment ou à un autre ; les femmes, par leur aspect, leurs manières et leurs vêtements (ou leur absence de vêtements !) sont les pensionnaires d’une sorte de harem comme devraient être tous les harems, mais ce n’est pas le cas, n’est-ce pas une honte, et ne serait-ce pas agréable s’ils étaient plus fréquents ? Les méchants sont méchants comme seuls de parfaits méchants peuvent l’être; les sorciers sont des sorciers comme on n’en fait plus; et les apparitions qu’ils évoquent ou qu’ils font apparaître à leur gré n’appartiennent pas (Dieu merci !) à ce monde.

Howard est un prodigieux conteur d’histoires. Pour lui, l’histoire vient en premier, à la fin, et au milieu. Il se passe toujours quelque chose et le flot de l’action ne faiblit jamais, du commencement jusqu’à la fin, car un événement en amène un autre, en douceur et inévitablement, sans laisser au lecteur le temps de reprendre son souffle. Ne cherchez pas des intentions philosophiques cachées ou des puzzles pour intellectuels dans ces histoires&hellip car il n’y en a pas! Pour Howard, l’histoire prime avant tout! Et ses histoires sont des récits de cape et d’épée portés jusqu’à leur limite extrême, et même un peu au-delà, avec suffisamment de sexe (ce qui ne gâte rien, au contraire !) pour que le résultat soit des plus réjouissants.

Ainsi vous avez ce livre entre vos mains. Si vous avez déjà lu des aventures de Conan, vous savez à quoi vous en tenir. Dans le cas contraire et si vous êtes un fanatique de ce genre d’histoires — des aventures fantastiques, dirons-nous — vous pouvez réparer cette omission, prendre un bon siège et lire ces pages remplies de dieux et de démons, de guerriers et de leurs femmes, et de leurs aventures dans un monde qui n’a jamais été mais qui aurait dû être. Si l’histoire proposée ne correspond pas à ce que vous savez de l’Histoire — si l’ethnologie vous semble étrange, et la géologie encore plus — que cela ne vous préoccupe surtout pas. Howard parle d’une autre terre que la nôtre… d’un univers dépeint avec des couleurs plus vives et sur une plus vaste échelle.

D’un autre côté, si vous préférez des lectures réalistes — s’il vous faut des romans présentant des introvertis souffrant dans un monde brutal — si votre pâture est plus « terre à terre » ou bien si vous vous intéressez à la psychopathologie ou à l’état du monde, alors, mon ami, ce livre n’est pas pour vous. Vous feriez mieux de vous trouver un coin tranquille pour lire « Crime et Châtiment ». Mais je ne serai pas avec vous… j’ai rendez-vous avec l’âge Hyborien et serai pris toute la soirée.

John D. Clark
New York City
5 avril 1950

Robert Howard et Lyon Sprague de Camp, Conan le flibustier, Paris, 1982, pp. 9-12.

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