Archive de Ernst Haeckel
Vous explorez les archives pour Ernst Haeckel.
Vous explorez les archives pour Ernst Haeckel.
On a pu lire le 7 juin dernier une très intéressante remarque sur le blog de Chris Perridas, H. P. Lovecraft And His Legacy. On lie souvent l’horreur lovecraftienne au darwinisme tel qu’il a été popularisé par Haeckel et on a incontestablement raison de le faire. Mais est-ce sa seule source en matière de biologie de l’hérédité ? Non, nous dit ici Chris Perridas.
Son hypothèse est la suivante. Dans sa jeunesse Lovecraft a eu l’occasion de fréquenter des professeurs de la Brown University parmi lesquels se trouvait Alphaeus Spring Packard, Jr. Ce professeur mort en 1905 était un néo-lamarckien et c’est par son influence que s’expliqueraient certaines nouvelles de Lovecraft dans lesquelles la transmission héréditaire des caractères acquis joue un rôle central (peu importe ici que cette transmission soit aussi présente chez Darwin que chez Lamarck). Perridas cite Les rats dans les murs qui en est un très bon exemple, mais il y a aussi La peur qui rôde qui me semble aussi valable pour illustrer le propos.
La première de ces deux nouvelles, Les rats dans les murs, montre que les pratiques cannibaliques de la famille de la Poer devenue Delapore ont modifié l’hérédité de ses membres tant et si bien que quand les conditions sont réunies, la pulsion cannibale ressurgit d’une affreuse manière dans la personne du dernier représentant de cette famille…
La peur qui rôde est assez semblable du point de vue de la lecture lamarckienne. Les Martense, une famille d’origine hollandaise, très isolée du fait de son refus d’entretenir des rapports avec les Anglais, dégénère d’une horrible façon. Là, l’évolution de cette famille est manifestement trop rapide pour être le fait de la sélection naturelle. De plus, la sélection naturelle retient les plus aptes, pas les plus fous. enfin, la peur de l’orage semble être, dans cette famille, un caractère acquis*.
Lovecraft n’a jamais caché que ses exigences scientifiques n’interféraient ni avec ses goûts littéraires ni avec son œuvre fictionnelle. Il serait cependant intéressant de faire une analyse comparée de la notion d’hérédité dans ses nouvelles, dans ses essais et dans sa correspondance**. En tout cas, la remarque de Chris Perridas nous oblige à réfléchir et nous donne envie de nous replonger dans ces deux textes !
* En passant, on notera avec profit que le présupposé de ces deux nouvelles n’est pas fantastique, mais scientifique. Lovecraft est essentiellement un auteur de science-fiction.
** Les yeux vairons des Martens dans La peur qui rôde feraient un excellent point de départ.