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Musique

Le monstre est mort, vive le Monstre

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Michael Jackson est mort aujourd’hui à Los Angeles. Dans sa villa de Beverly Hills, il a succombé à une, voire plusieurs attaques cardiaques. Ni son médecin personnel, ni les secouristes, ni les équipes du UCLA n’ont pu le ramener à la vie. Et depuis le monde pleure le Roi de la Pop. Au-delà de la ferveur, des panégyriques qui vont éclore dans les prochaines heures, Michael Jackson, au côté de Lady Di, incarne une sorte de conscience culturelle mondiale. A juste titre : il était l’homme le plus connu de la planète. Aucun autre artiste, mis à part Jésus, ne jouit d’une telle renommée. Qu’il s’agisse de sa musique, de sa vie, de ses frasques mégalomaniaques, de ses problèmes avec la justice, tout le monde connaît tous les détails d’une vie littéralement abandonnée au public. Enfant star, battu, esclave d’un père qui avait pour lui un destin trop grand, brisé par l’absence de l’enfance, Michael Jackson avait offert son corps, son visage, sa peau à tous. Il subissait sans fin nos coups de scalpel, nos retouches incessantes, nos perfections inavouées, nos désirs de transformation. Tel un Christ post-moderne, il vivait dans sa chair notre volonté de destruction, notre nihilisme meurtrier, notre pédophilie, notre racisme. Incarnation du siècle, bien au delà des Beatles, de Madonna ou de David Bowie, il était l’homme de demain, affranchi du corps et de l’âge, du temps et de l’espace, cristal perdu entre l’enfance et la puberté, l’innocence et la dépression, âme perdue dans les manoirs toujours plus vides de sa vie détruite. Victime et bourreau de son agonie, de son art, de ses 750 millions de disques vendus.

Personne ne croyait à son retour, les « books » anglais pariaient sans cynisme sur l’annulation de ses concerts londoniens, trop réalistes de la défaite d’un homme face à ses démons. Même ses fans, qui avaient acquis chèrement les billets, savaient qu’ils allaient pouvoir les mettre sous verre, au mur des gloires passées et des espoirs perdus.

Comme Elvis, l’autre King, Michael Jackson est mort chez lui, bouffi de médicaments et de regrets. Assassiné par lui-même et son corps déformé. Bloqué dans une enfance inventée, idéalisée, rédemptrice et corruptrice. Héros faustien d’une industrie qu’il avait lui-même créée (le tube, le clip, les tabloïds, l’abolition des frontières culturelles, le retour sans cesse ajourné), il meurt en même temps qu’elle, comme Presley est l’épitaphe du rock. Mort vivant au milieu d’un monde en ruine qu’il a lui-même immolé dans sa mégalomanie, il n’était plus qu’un ermite dans un manoir de Los Angeles, hanté par les fantômes des succès passés.

Michael Jackson était un monstre, que l’on sortait pour montrer à la foule. Comme John Merrick, on lui avait volé sa vie, son enfance, son âme. Monstre d’immaturité, incapable d’avoir une sexualité, il était devenu le réceptacle de notre haine du désir.

Cette nuit nous l’avons tous tué, et nous continuons à travers Twitter, les chaînes d’info non-stop, Facebook et les journaux du matin. A ses obsèques, nous danserons sur sa tombe, car nous le haïssions tous. A l’instar du zombie dans Thriller, il se jouait de nous et nous terrifiait.

11 commentaires pour “ Le monstre est mort, vive le Monstre

Chroniques, Kulchur, Lecture

De la part du président

Seuls les documents placés dans les sacs combustibles sont détruits et brûlés ici. Les papiers jetés dans les corbeilles sont collectés, transportés à l’unité FOB 7, comprimés en ballots et vendus au plus offrant.
Dans le cadre des améliorations que nous apportons à la Maison Blanche, je pense qu’il faut accorder une priorité absolue à la recherche des moyens de se débarrasser des papiers, carbones et même des notes griffonnées du premier étage.
En, attendant de trouver une solution quelconque à ce problème, je n’espère qu’une chose : que le plus offrant ne soit pas l’URSS ou le parti démocrate.
Larry Higby à Alexander Butterfield
16 avril 1970 (HRH 60)

Ces documents, l’URSS ne les a pas eus, mais Bruce Oudes si. Il les a recueillis, classés et en a publié une anthologie parfaitement irrésistible de drôlerie pour qui connaît un peu l’histoire américaine et, en tout cas, formidablement instructive pour qui s’intéresse au politique. Le fil conducteur qu’il suit est celui de la présidence Nixon et du fonctionnement particulier de la Maison Blanche à cette époque. Mais, voici quelques morceaux choisis qui vous parleront mieux que je ne pourrais le faire de cet excellent livre :

Presley a entrepris aussitôt de montrer au Président son attirail de gardien de l’ordre, y compris des insignes de la police de la Californie, du Colorado et du Tennessee […] Presley pense que les Beatles ont représenté un véritable vecteur de l’esprit antiaméricain. Selon lui, ils sont venus dans ce pays, ont amassé de l’argent et son rentrés en Angleterre où ils ont manifesté contre l’Amérique. […] Presley a annoncé au Président, d’une manière très émotionnelle, qu’il était « de son côté ». Il répétait sans cesse qu’il voulait se rendre utile, qu’il voulait rétablir le respect, aujourd’hui défaillant, pour le drapeau. Il a ajouté qu’il était juste un garçon pauvre du Tennessee qui avait beaucoup reçu de ce pays et qui désirait d’une façon ou d’une autre s’acquitter de sa dette. Il a aussi précisé qu’il étudiait le lavage de cerveau communiste et les milieux de la drogue depuis une dizaine d’années. Il s’y connaissait, a-t-il dit, et il était accepté par les hippies. Il pouvait se mêler à n’importe quel groupe de jeunes ou de hippies, et ils l’accepteraient, ce qui, selon lui, pouvait lui être utile dans sa lutte contre la drogue. A nouveau, le Président a exprimé le vœu que Presley puisse garder sa crédibilité.

Bud Krogh faisant le compte rendu d’une rencontre entre Nixon et Elvis Presley (Fichier Central de la Maison Blanche : HE 5-1:20).

dirty-harry

17 février 1972
A : Pat Buchanan
De : Charles Colson
Si, dans un film récent, vous avez vu faire l’apologie de la droite, alors vous êtes à mon avis en passe de devenir gauchiste. […] Je n’ai vu ni Dirty Harry, ni French Connection. Une remarque au passage : je n’ai pas vu The French Connection parce que ma femme, catholique, m’assure qu’il ne figure pas sur la liste des films autorisés. Cela tend à prouver que votre théologie devient aussi libérale que vos goûts en matière de films. […] il faut absolument inviter Clint Eastwood. Qu’il ait été bon ou méchant à l’écran, c’est un brave garçon et un membre actif de votre opération Jeunesse pour Nixon.

charles-colson

2 janvier 1973
A : John Dean
De : Charles Colson
Et maintenant, je fais quoi ?

La dernière citation est tout de même grandiose, non ?

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