Archive de Edward O. Wilson
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La candidature d’Obama a souvent été évoquée, ici, en termes critiques. A plusieurs reprises, j’ai dit que le problème venait plus des malentendus qu’il y avait autour de lui que de lui-même (bien qu’il prenne des mesures rigolotes — juste un exemple…). Maintenant qu’il est élu, je veux m’attarder sur les causes et les conséquences de cette élection en gardant à l’esprit ce qu’Aristote dit, quelque part, à savoir qu’une même cause peut avoir des conséquences contradictoires.
Un homme (noir) = un vote (pour Obama)
Il y a bien des causes à l’élection d’Obama, néanmoins, les chiffres que nous propose CNN nous invite à nous intéresser à l’une d’entre elles : l’importance du facteur « racial » dans l’élection. Ce n’est certes pas neuf et l’électorat blanc s’est réparti à peu près également entre les deux candidats, quoiqu’en faveur de McCain, mais pour les minorités (qui le sont de moins en moins), il en va très différemment.
Ces chiffres parlent d’eux-mêmes, cependant, attardons-nous sur le vote noir. C’est un vote captif pour le parti démocrate (après l’avoir été pour le GOP), mais ce chiffre de 95 % est nettement supérieur à celui de précédentes élections (88 % pour Dukakis, tout de même. Ce qui a changé, c’est le taux de participation et surtout la motivation de ses électeurs.
Oh, on me dira que les motivations des électeurs sont difficiles à connaître ; je l’admets volontiers. Il n’est pas simple de faire la différence entre les motifs réels, les motifs revendiqués et les motifs prêtés, mais il est néanmoins absurde de se réfugier derrière cela pour se taire à ce propos.
Ainsi quand ce qui est revendiqué rejoint ce qui est perçu comme un intérêt et que tout cela est parfaitement cohérent avec ce que l’on sait, par ailleurs, d’une population donnée, alors il n’y a pas vraiment de raisons de douter que ces motifs soient les bons.
Concernant le vote des minorités, et tout spécialement celui des noirs américains, la motivation raciale est évidente et correspond aux revendications, aux intérêts perçus, à la logique de cet électorat, etc.
Elle n’est pas exclusive des autres, disons-le, et souvent elle se mêle à d’autres (deux noirs pauvres votent-ils de la même façon parce qu’ils sont noirs ou parce qu’ils sont pauvres ?).
De même, elle n’est pas entièrement négligeable pour les blancs non plus coincés qu’ils étaient entre l’idée qu’un président noir était bien en soi et que ne pas voter pour un noir était un signe de racisme latent mais, c’est plus marginal. En fait, parmi les raisons qui ont motivé le vote blanc en faveur d’Obama, une seule m’intéresse ici : celle de la défense de la science, qu’ont avancé certains électeurs blancs particulièrement progressistes. La question que je suis venu à me poser au regard de tout cela est celle de la compatibilité d’un Obama candidat des « noirs opprimés » avec un Obama candidat des blancs progressistes défenseur de la science ?
Un darwinien (blanc) = un vote (pour Obama)
Concernant la science l’opposition entre conservateurs et progressistes s’est polarisée, aux Etats-Unis, autour de l’acceptation ou non du darwinisme (c’est-à-dire, l’évolution par sélection naturelle, sélection sexuelle et par mutation génétique) : les premiers le rejetant, les seconds l’acceptant.
Depuis plus d’un siècle, la question raciale se mêle, en Amérique, aux débat scientifiques, notamment aux possibles lectures darwiniennes des inégalités de faits entre noirs et blancs ; les conservateurs ayant plutôt tendance à en accepter la possibilité alors que les progressistes leur refusent toute pertinence.
Cela se traduit d’une façon claire au sein des deux électorats qui nous intéressent ici : pour l’électorat blanc d’Obama, l’acceptation du darwinisme est totale (d’où sa palinophobie) ; pour la population noire, elle est la plus faible des Etats-Unis. Il y a donc très clairement une opposition au sein du camp « progressiste ».
Pour illustrer cette idée, prenons exemple sur un intéressant article de Philip Ochieng, un journaliste kenyan ami du père d’Obama. Il est paru dans le Daily Nation du 8 de ce mois et s’intitule « Why Obama must be extra careful » (« Pourquoi Obama doit-il être très prudent »).
L’article peut paraître simpliste, en vérité, il ne l’est pas. L’auteur est juste plus direct qu’un Henry Louis Gates, par exemple, mais bien moins que d’autres (le slogan « repeindre la Maison blanche en noir » n’est pas le produit de la peur des blancs, mais celui de l’espoir de certains noirs).
Un darwinien (blanc) qui n’est pas pour Obama = un raciste
Plus direct, disais-je, mais, paradoxalement, plus subtil.
L’idée est la suivante : si l’élection d’un noir a été si difficile, c’est du fait de l’histoire du peuple noir qui a été soumis à l’esclavage au nom de la science du moment. A chaque fois que celle-ci progressait, des scientifiques blancs sont intervenus pour tordre les faits et lui imposer leur logique raciste.
Reprenant Stephen Jay Gould, l’auteur explique qu’on ne peut réfuter le racisme par une preuve scientifique et qu’il faut donc recourir à d’autres moyens. Ces autres moyens ne sont pas précisés, mais le fait qu’il cite Gould n’est pas un hasard de sa part. Il faut s’inspirer de lui et appliquer le politiquement correct (y compris par la violence) et la discrimination positive afin d’abolir ce qu’on pourrait presque appeler une « magie blanche » qui envoûte la science et de chasser les envoûteurs vivants des universités et les morts des bibliothèques (sous le couvert de citer Gould, Philip Ochieng y va de sa liste, mêlant les vivants et les morts : Robert Ardrey, Charles Davenport, Havelock Ellis, Richard Herrnstein, Arthur Jensen, Cesare Lombroso, Charles Murray et Edward O. Wilson).
Obama marchera-t-il dans cette combine ? Ce ne semble pas devoir être le cas. Est-ce là sa vision du monde ? Très certainement pas. Celle de sa femme et de son pasteur (Obama est très religieux, beaucoup plus que McCain, en tout cas) ? Peut-être bien, oui. Celle d’une large partie de son électorat ? C’est une évidence.
Or, l’essentiel du mal que peut causer cette façon de voir partielle et partiale ne nécessite aucunement l’intervention de l’Etat fédéral et donc de la présidence, il suffit juste de la création d’un certain climat.
Que disais-je, au début, à propos de conséquences contradictoires ?
Urban Biophillic Pavilion, Pittsburgh by studio d’ARC architects
»Biophilia » is the term coined by Edward O. Wilson to describe what he believes is our innate affinity for the natural world. In his landmark book Biophilia, he examined how our tendency to focus on life and lifelike processes might be a biologically based need, integral to our development as individuals and as a species.
Inscrire l’urbanisme dans la nature, ne plus faire la ville contre la nature, etc. Ce n’est pas bête, certes, mais, dans les faits, ce n’est pas très beau et je me demande où ça peut mener concrètement.
Source : Thread.

Le darwinisme soulève bien des questions. Parmi elles, il y a celle de la raison pour laquelle certains individus sacrifient au profit des autres leurs chances de se reproduire.
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