Archive de Darwin
Vous explorez les archives pour Darwin.
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La biologie fut pendant longtemps déterministe : l’existence d’un code voire d’un programme génétique a fait ressembler les descriptions des processus biologiques à des événements écrits à l’avance dans notre ADN. Les travaux d’un Thomas Heams, permis par l’amélioration de la microscopie qui permet maintenant des études sur les cellules isolées renversent complètement cette perspective. Des expériences menées sur des bactéries dans lesquelles furent introduits des gènes permettant de synthétiser des protéines fluorescentes ont démontré qu’il existait une expression aléatoire des gènes.
C’est ce fonctionnement purement aléatoire qui serait le paramètre biologique permettant d’introduire de la souplesse face à des variations de l’environnement.
On se retrouve au final à mettre en évidence des phénomènes d’équilibre à travers des processus stochastiques, ce qui n’est pas loin de rapprocher la formation d’une différenciation génétique de l’atteinte d’un prix sur un marché d’actifs.
Economie du vivant et économie de marché semblent aller ici de pair, Darwin rejoint Adam Smith.
Le dernier Ligne de Front, le N°18 juillet-août 2009, nous offre un très bon article sur le bataillon français de la Guerre de Corée.
Rappellons que c’est embedded dans ce bataillon que Jean Lartéguy, selon son autobiographie, la Guerre nue, combattra pour la dernière fois, en tant que reporter-soldat.
Enfin, sur l’excellent site Persée, un article sur l’obusite et le socio-darwinisme, sous la plume d’Annette Becker : « Guerre totale et troubles mentaux ».
Ou comment toute une génération de médecins a expliqué les cas d’obusite en 14-18 par la prédisposition héréditaire.
Voici ce que l’on peut lire à propos de l’eugénisme de Ronald Fisher dans les « Chroniques darwiniennes » du Nouvel Observateur par Michel de Pracontal :
Il existe un aspect de l’œuvre de Fisher sur lequel les scientifiques se montrent discrets : ses convictions eugénistes, qu’il défend de manière très argumentée dans The Genetical Theory of Natural Selection, son ouvrage majeur. Fisher estime en substance que dans la société moderne, les personnes qui se trouvent en haut de l’échelle sociale ont une supériorité intellectuelle et morale ; or, cette couche sociale «de plus grande valeur biologique» (d’après Fisher !) est moins prolifique, de sorte qu’elle risque d’être submergée par les classes prolétaires qui se reproduisent davantage.
Bien que cette argumentation soit un tissu d’âneries, Fisher, qui s’est montré génial par ailleurs, lui consacre de nombreuses pages.
Je suis à chaque fois fasciné par ce genre de raisonnement. Voilà l’affaire : un savant, dont on est forcé de reconnaître le génie et dont on admet volontiers ne pas avoir la moindre capacité à juger le travail, pense une chose qui déplaît et, du coup, on se sent le droit de taxer cela d’ânerie, mais de quel droit et sur quel critère ? Surtout que l’auteur reconnaît lui-même que Stephen Jay Gould — dont on sait par ailleurs la capacité à refuser tout débat — reconnaît la place centrale de l’eugénisme dans la pensée de Fisher :
…«la conspiration du silence» autour de l’eugénisme de Fisher est « une démarche à la fois inappropriée [...] et exagérément prudente. » Pour Gould, les positions élitistes de Fisher, pour erronées qu’elles soient, font partie intégrante de sa pensée et ne doivent pas être gommées, quel que soit l’embarras qu’elles suscitent dans le contexte du «politiquement correct moderne».
»Conspiration du silence », ce sont de bien grands mots, quoique celui qui les dit est un expert en la matière, mais Pracontal qui le cite devrait rajouter qu’en France, les choses sont bien pires car en plus de se voir accusé d’être un âne par un journaliste, Fisher souffre de n’avoir pas été traduit en français alors que Gould si, et très largement. Pour le coup, c’est une « conspiration du silence » à laquelle l’auteur de ces « Chroniques darwiniennes » ne fait qu’ajouter sa caution morale.

Le CNRS nous propose de suivre les pas de Darwin grâce à un site multimédia assez bien fait. En 14 étapes animées et accompagnées de la lecture d’un texte explicatif, on peut suivre Darwin tout au long de son périple sur le Beagle.
La genèse du maître ouvrage de Darwin, L’origine des espèces, étant très liée à ce voyage, partir du récit de celui-ci est commode, pertinent et une bonne idée pédagogique. Certes, on pourra trouver le récit de la rencontre avec les fuégiens passablement politiquement correct. J’apprécie tout particulièrement les guillemets à civiliser, au moins, on ne les entend pas dans la version audio…
Fin février, le Beagle arrive à hauteur de la Terre de Feu, à la pointe Sud du continent. L’heure de vérité a sonné pour le capitaine FitzRoy: les trois autochtones à qui il a donné une éducation en Angleterre ont-ils réussi à diriger la mission bâtie l’an passé et à « civiliser » leurs semblables? Le 5 mars, le navire jette l’ancre à Woollya. La mission est vide, une bataille semble avoir eu lieu… Un fuégien quasi-nu arrive sur un petit canot. C’est Jemmy Button, un des trois autochtones anglicisés. Il est complètement revenu à la vie sauvage et se montre assez honteux devant les membres de l’équipage. Il leur apprend que les deux autres fuégiens éduqués par FitzRoy se sont enfuis en volant ses affaires. Le pari du capitaine est perdu. Seule consolation: Jemmy a appris quelques mots d’anglais à sa tribu. Mais il ne veut pas retourner en Angleterre car il a maintenant une jolie femme à ses côtés. Les adieux sont émouvants…
Mais Darwin étant devenu une sorte de saint laïc, il n’y a donc pas vraiment lieu de s’étonner de la façon dont tout cela est présenté.
Toujours est-il que si vous avez un moment de libres, vous avez là l’occasion d’apprendre pas mal de choses à la fois sur ce qu’était la science en cette première moitié du XIXème siècle, mais aussi sur l’histoire de l’élaboration de L’origine des espèces.

Robert H. Frank, économiste à l’université de Cornell, se demande, dans un récent article du NYT, quel sera la référence pour les jeunes économistes dans cent ans. Aujourd’hui, c’est simple, ils citent le plus souvent Adam Smith et sa main invisible. L’hypothèse de Frank est que dans un siècle, l’économiste de référence ne sera plus Smith ni même un économiste, mais un naturaliste, Charles Darwin.
Les liens du darwinisme avec l’économie ne sont plus à rappeler. Darwin a adapté Malthus et Adam Smith justement, à l’évolution biologique, mais en faisant cela, il les a légèrement infléchis dans un sens nouveau, sans doute plus brutal. Selon Frank cette vision plus dure, où la sélection naturelle joue un rôle majeur, est mieux à même de rendre compte du marché que la douce main invisible.
Pour Adam Smith, la main invisible correspond à un mécanisme qui fait que des agents économiques autonomes agissant tous dans leur intérêt égoïste contribuent à leur bien à tous, en tant que groupe. La sélection naturelle de Darwin, si elle rappelle ce mécanisme (et pour cause, elle en vient), n’en diffère pas moins de façon cruciale. Là, la compétition des individus ne profite pas nécessairement au groupe. Pour le darwinisme, tout est une question d’individu.
Ainsi, la compétition interindividuelle peut entraîner un accroissement tel d’une caractéristique quelconque que cela nuit à la compétition interspécifique. Par exemple, la compétition sexuelle fait que les cerfs mâles ont des bois de plus en plus grands pour s’affronter entre eux et décider de qui aura accès aux femelles, mais ces mêmes bois nuisent à la survie du mâle, car ils le gênent dans ses déplacements.
De même, pour prendre l’exemple de Frank, la recherche des meilleures conditions d’éducation pour leurs enfants a poussé de nombreuses familles américaines à s’installer dans les zones où les meilleures écoles se trouvaient. Cela a eu pour conséquence d’y faire fortement monter le prix de l’immobilier et a donc poussé ces familles à prendre des risques financiers de plus en plus grands pour faire face à cette augmentation. Aux cerfs avec leurs bois surdimensionnés répondent donc des familles américaines avec leurs belles propriétés surévaluées… l’avantage de l’individu nuit au groupe, Darwin l’emporte sur Smith et le dessin illustrant ce billet prend tout son sens…