Archive de Cthulhu
Vous explorez les archives pour Cthulhu.
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Dan… pour l’amour de Dieu ! La fosse aux shoggoths ! Au bas des six mille marches… l’abomination des abominations… je ne voulais pas qu’elle m’y emmène, et c’est là que je me suis retrouvé… Iä ! Shub-Niggurath ! La forme s’est dressée au-dessus de l’autel et ils étaient cinq cents qui hurlaient… La Créature encapuchonnée a bêlé : « Kamog ! Kamog ! »… c’était le nom du vieil Ephraïm… J’étais là, en ce lieu où elle m’avait promis de ne pas m’emmener… Une minute auparavant, je me trouvais dans ma bibliothèque fermée à clé… et puis je me trouvais à cet endroit où elle était partie avec mon corps… dans cette fosse maudite où commence le royaume des ténèbres… J’ai vu un shoggoth… je l’ai vu changer de forme… Je ne peux pas supporter cela… Je la tuerai si elle m’y renvoie… Je tuerai cette entité, quelle qu’elle soit ! Je la tuerai, je la tuerai de mes propres mains !
Lovecraft, Le monstre sur le seuil.
Un lecteur subtil et attentif m’a fait remarquer il y a peu qu’il manquerait l’s final au mot shoggoth dans le titre puisque dans celui-ci — La Fosse aux Shoggoth — ce mot est au pluriel. Comme il me fallait présenter ce nouveau site, ou plutôt, cette rubrique spéciale du magazine en ligne Schizodoxe.com, je profiterai de la rédaction du fameux à propos pour lui répondre.
Ma thèse est simple : il n’y a pas d’s à shoggoth au pluriel ou, du moins, il ne devrait pas y en avoir. Je ne disconviens pas, bien sûr que l’s est la marque ordinaire du pluriel en français comme en anglais et que les traducteurs de Lovecraft (ainsi Jacques Papy dans l’extrait en exergue) comme Lovecraft lui-même placent cette lettre à la fin de ce mot quand celui-ci est au pluriel. Je reconnais volontiers qu’il faudrait peut-être adhérer au formalisme lovecraftien et préférer un usage que l’on juge fautif à un autre que l’on pense plus juste, mais qui heurte le sens commun. Néanmoins, je ne peux m’y résoudre. Je m’explique. D’après Lovecraft, le terme shoggoth se trouve dans le Necronomicon de l’Arabe dément Abdul Al-Hazred, donc, dans un texte sémitique. De plus, le terme lui-même — shoggoth — semble partager la même origine, du moins, ça terminaison évoque très clairement le pluriel hébraïque d’un mot féminin, si je ne me trompe.
Puisque nous sommes dans l’arabe, l’hébreu et au milieu des Shoggoth, il me vient l’idée d’un rapprochement. Le shoggoth (je ne pousserai pas le vice jusqu’à dire la shogga, que l’on m’en rende grâce) est une sorte de magma informe — comme le golem (encore une chose dont il faudra que je parle) — chez qui le principe d’individuation n’est pas le trait le plus saillant. Un shoggoth, dix shoggoth, où est la différence ? N’est-ce pas le même conglomérat de bulles protoplasmiques ? Dénombrera-t-on le nombre de shoggoth au prorata de celui des yeux provisoires qui se forment et se déforment à chaque instant ? Faut-il diviser le nombre de Tekeli-li par deux pour savoir s’il y en a un ou dix ? Non, vraiment, le shoggoth va par bande ou plutôt il est une bande à lui tout seul si lui et seul sont des termes appropriés, ce dont je doute. Son nom est Légion, pourrait-on dire. Il est plusieurs et, que l’on pardonne de prendre cet exemple (il n’y a nulle malice en moi), en hébreu, il y a un cas célèbre de pluriel employé pour désigner quelque chose d’unique (cf. la première phrase de la Genèse). Ainsi donc, je me sens tout à fait fondé non seulement à m’abstenir de s à la fin de shoggoth, mais aussi à commettre toutes les fautes d’accord possibles et imaginables concernant le/la/les shoggoth (she, he, it ? Ah non, ça, c’est autre chose).
Je ne prétendrai pas, bien sûr, que La Fosse aux Shoggoth doit son existence à ma volonté de blasphémer abominablement l’orthographe dans le but impie de dresser sur le Ou’eb un autel horrible dédié à des dieux atroces et innommables tels que Cthulhu, Azathoth, Shub-Niggurath et alii (merci de ne pas chercher Alii dans vos œuvres complètes de Lovecraft — vous pouvez, en revanche, déplacer les adjectif comme bon vous semble). Non, vraiment, mon but était autre. Plus large et plus bienveillant. Je voulais simplement faire partager ma passion pour l’œuvre fictionnelle, mais aussi philosophique d’Howard Philip Lovecarft. Je voulais aussi ne pas le séparer de deux auteurs qui ont été très proches de lui et qui sont, finalement, assez mal connus : Robert E. Howard et Clark Ashton Smith. Le premier est trop souvent occulté par les larges épaules de son héros Conan, lesquelles sont d’ailleurs couvertes d’oripeaux pris dans la garde-robe de la bande dessinée ou des jeux vidéo, et ils ne lui vont pas tous très bien. Le second semble ne pas avoir trouvé son public, du moins en France, malgré un effort réel de la part de certains, c’est pour moi un grand mystère, car c’est un auteur magnifique. Je voulais enfin réunir en un lieu unique tout ce qui se trouvait épars et qui avait un rapport direct ou nom avec le fantastique et l’horreur.
Voilà donc ce qu’il y a dans cette fosse aux Shoggoth, HPL qui disserte sur la physiologie de la chose, REH qui lui balance de grands coups d’épée et CAS qui compose un poème délicieusement décadent sur l’odeur fétide de ce protoplasme bouillonnant. Je vous invite à les rejoindre !
Les noms de Lovecraft et des créatures, dieux ou… choses issus de son imagination se sont répandus dans la culture populaire tels des tentacules ou des pseudo-podes sur les rebords de la fosse aux shoggoth (sans s). Cette diffusion, quoique relativement récente au regard des dates de rédaction de ses œuvres a été fort rapide puisqu’aujourd’hui on peut trouver presque partout des traces de l’œuvre lovecraftienne. Ce sont d’étranges traces de pas rappelant celles dont on se souvient encore aux alentours de Dunwich et qui mènent presque toute au jeu de rôle L’appel de Cthulhu de Chaosium.
L’amateur éclairé et le connaisseur véritable de Lovecraft ne se plaint nullement de cet état de chose. Bien souvent, surtout s’il est parmi les plus jeunes, c’est par ce biais qu’il a découvert les plaisirs inédits de la lecture des nouvelles ou des poèmes du gentleman de Providence. Même lorsque ce n’est pas le cas, il ne voit nulle raison de condamner une culture qui, pour ne pas être la sienne, n’en est pas moins proche tant par ses inspirations que par ses aspirations. Souvent il participe lui-même de bon cœur à ce grand jeu presque oulipien, à cette farce qui, pour ne pas être tout à fait cosmique, n’en est pas moins une forme de comédie (in)humaine. Cependant, la vulgarisation a ce revers d’être l’indicateur du passage de la culture populaire à la banalité un peu vulgaire dont il sera question plus bas.
Il se trouve que je suis avec un grand intérêt l’actualité lovecraftienne dans son ensemble. Un intérêt immense, même, mais souvent contrarié par d’autres obligations. C’est ainsi que je sacrifie bien souvent la lecture exhaustive à un survol rapide et que de cette lecture, je ne peux retenir que peu de choses dont je me fais l’écho ici. J’effectue donc une sorte de tri à moitié sur des critères rigoureux, à moitié sur ceux de la pure contingence et de l’accident. Mon regard a été attiré cet après-midi par un billet portant ce beau titre : « Je finirai comme Lovecraft ». Diantre ! Qu’était-ce là donc ? Les réflexions d’un homme au bord de la mort qui porte sur un monde déliquescent le regard lucide d’un humaniste égaré dans la modernité tardive à l’heure où il s’approche de la mort suite à un cancer des intestins ? Fallait-il s’attendre à lire, au contraire, à lire la prose enflammée d’un jeune parisien bien éduqué revenant d’une promenade vespérale, avenue de Flandres, et se mettant à réécrire Horreur à Red Hook ?
Ma lovecraftose me démangeait, tous mes sens étaient en éveil : j’avais faim de découvrir ce qui pouvait bien se trouver là-derrière. Quelle ne fut pas ma terreur, mon horreur, mon erreur quand je lu…
Je finirais comme Lovecraft
Je réalise de plus en plus que je n’aime pas les gens.Je ne peux même pas me balader dans la rue sans avoir une frénétique envie d’en buter un ou deux au passage. Non mais vraiment!
Je n’aime pas les pétasses qui rigolent comme des dindes aussi fort que possible pour se faire remarquer, je n’aime pas les sous cons (ouais ça existe!) qui ne peuvent pas s’empêcher de vouloir sauter tout ce qui bouge sous prétexte que ça porte une jupe ou des talons, je déteste les vieux qui se croient tous permis justement parce qu’ils sont vieux, je n’aime pas les gens qui te bousculent et ne pensent pas à s’excuser, je n’aime pas les gens qui sont persuadés que tu as forcément besoin de leur aide, je ne supporte pas ceux qui marchent très très doucement sur le trottoir alors que c’est blindé de monde un samedi, je trouve insupportable les gamins qui chialent à mort dans le bus ainsi que leurs parents qui gueulent encore plus fort en pensant que les dit gamins vont se calmer. Bon ok j’arrête sinon on en a pour deux jours et encore je suis gentille.
Et encore est-elle gentille ! Alors, moi aussi, je le serai — gentil, pas gentille — et je vous épargnerai d’aller plus avant. Tout ça pour ça, me direz-vous ; tout ça pour en arriver à une longue citation sans grand intérêt et pour nous laisser là, tous Gros-Jean comme devant, était-ce bien la peine ? Franchement, non, je ne le crois pas, mais j’avais pris l’engagement devant Dalhia d’écrire quelque chose de méchant et d’inutile… C’est chose faite, maintenant.
S’reproduisent pas,
mais ’sont de plus en plus nombreux !
Dédé, Bar des Sport, 7 heures 45, après le septième ballon de rouge.
Il y a très certainement une bonne part d’orgueil à reconnaître ses erreurs. En se montrant exigeant à l’égard de soi, c’est souvent aux autres que l’on reproche de ne pas l’être. Qui plus est, en reconnaissant une erreur, on affirme implicitement que ce que l’on dit désormais est exact ou que tout ce que l’on a pu dire par ailleurs est exact. Pardonnez-moi d’être orgueilleux, aujourd’hui en revenant sur le film de Daniel Gildark, Cthulhu, dont j’ai parlé il y a quelques jours.
Oh, je vous rassure de suite, je ne vais pas adorer ce que j’ai brûlé — déjà, parce que je n’ai rien brûlé du tout, ensuite, parce qu’il s’agit plus d’une faute que je n’ai pas su voir chez moi en parlant de ce film que d’une qualité de celui-ci qui m’aurait échappée. Voilà ce que j’écrivais :
Chacun sait qu’il y a du Lovecraft dans chacun de ses personnages principaux. Or, le sexe joue un rôle minimal chez lui et chez ses héros. Personne n’ignore non plus que Lovecraft était un conformiste assumé pour qui les homosexuels étaient quelque chose de désagréable et de malséant — un peu comme les personnes des autres races. Pourquoi donc nous coller un gay ? Un intellectuel gay et urbain qui, à la suite au décès de sa mère (c’est l’argument de Gildark), rentre dans un petit port de pêche étriqué où il s’affronte à son père pasteur, cela pourrait faire un beau film. Mais si au lieu d’être pasteur le père est prêtre de l’Ordre Esotérique de Dagon, tout sonne faux.
Je n’en retirerai presque rien. Cependant, la question que je me pose (« pourquoi donc nous coller un gay ? ») est finalement stupide et, finalement, du coup, cela ne sonne pas si faux. Pliant au vent du politiquement correct, j’ai en effet omis un point de détail pourtant vital ici : les homosexuels ne se reproduisent pas. Vous voyez bien à quel point j’ai été aveugle.
Ne se reproduisant pas, le dernier rejeton des emprofondés ne peut donc transmettre son emprofonditude (je ne suis pas certains de mon néologisme) et c’est précisément un des thèmes clefs du film. Je pense notamment au viol dans la cuisine dont le héros est la « victime » et la jolie blonde l’auteur. C’est que Lovecraft est un matérialiste de la vieille école. La religion dépravée des serviteurs de Cthulhu n’est pas une sorte de mème à la Dawkins, mais un héritage biologique. Ce n’est pas l’âme (qui n’existe pas) qui est corrompue, mais le corps, le sang, la race qui sont les seules réalités pour un matérialiste d’avant le temps de la théorie de l’information.
Il y a donc une certaine ironie de la part du réalisateur de faire de la dépravation morale — pour parler comme un contemporain de Lovecraft — d’un antiphysique le seul rempart contre la propagation du Mal radical qu’est le métissage avec une race marine et étrangère à l’homme. La corruption extra-terrestre qui menace les humains et qui en fait les serviteurs volontaires ou non des Anciens est une MST. Ainsi donc, faire du héros de ce film un gay de la côte ouest ne sonne pas si faux. C’est trahir Lovecraft (moins que pour le chat de la scène d’enchère, cependant…), certes, mais ce n’est pas une trahison stérile, au contraire, elle est des plus fécondes.