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Blog, Edito

2010 : La Fin des fins ?

Le futur apparait un peu plus banal chaque jour qui passe. Depuis la mort de Ballard en avril dernier, un certain ennui abreuve le monde qui nous entoure. Que retenir de cette année 2009 ? Qu’envisager pour cette nouvelle année ?

Deux morts jalonnent 2009 : J.G. Ballard et Michael Jackson. L’un vivait reclus pour anticiper le futur, l’autre vivait au grand jour (même son corps et sa mort étaient publics) pour enterrer le passé. Autopsie d’une siècle de littérature de science-fiction et de musique pop. Et si ces deux formes artistiques étaient en train de mourir, rattrapées par leur propre avenir. Ballard et Jackson, en fournissant la Mort à leurs lecteurs/auditeurs leur permettent ainsi d’aller plus loin qu’eux. Tout deux incarnent un monde qui s’éteint (l’Angleterre d’après guerre, l’Amérique des années 70) et ont entr’aperçu ce que serait l’avenir : une société de cauchemar où tout le monde incarnerait ses propres psychopathologies, en alliance avec la technologie et le marketing. Si Ballard était un oracle, Jackson était la Pythie aux yeux hallucinés, bourré de psychotropes, marionnettes de sa propre destinée. Maintenant que nous sommes débarrassés de ces deux figures tutélaires que va-t’il resté à 2010 ?

Dubaï et ses tours millénaristes, le cinéma et ses visions apocalyptiques, la politique et la prophétisation écologique. Le monde post-Crise™ apparait plus fragmenté encore, comme si la mondialisation n’était qu’un miroir déformant de notre volonté de rétractation. Retour des identités, alors que la notre n’est plus qu’un malstrom numérique, retour au local, alors que nos vies sont délocalisées, psychogéographie de la perte et de l’oubli pour tenter de se re-situer dans un monde perdu dans les ténèbres et la confusion, le monde n’est pas sûr et le danger est nulle part.  SDX sera encore votre guide pour cette nouvelle année. Votre guide et votre salut. Parcqu’il vaut mieux suivre un site internet qu’un gourou à moustache.

Alors si au contrôle à l’aéroport l’on vous demande pour qui vous travaillez et quel est l’objet de votre voyage, répondez : « SDX ». Un petit coup d’œil du coté de l’homme derrière la caméra thermique, un signe de compréhension entre gens qui savent de quoi ils parlent, et de quoi il s’agit, et vous passerez sans encombre. Notre nom est légion, car nous sommes nombreux.

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Edito, Société

Oasis des mers, un paquebot prophétique ?

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L’Oasis of The Seas va effectuer son voyage inaugural dans la mer des Caraïbes en décembre. Passons les superlatifs le caractérisant, et penchons-nous sur ce que ce navire peut dévoiler de notre avenir.

Une enclave flottante pour État submergé.

Avec le réchauffement climatique, de nombreux pays avec une façade maritime potentiellement submersible pourraient avoir besoin de ce genre de paquebot pour déplacer/exiler/interner une partie de leur population. Que ce soit par la force, ou par obligation, ces navires réaménagés vont accueillir des réfugiés climatiques tels des Exodus luxueux du XXIème siècle. Bidonvilles flottants pour des pays pauvres comme le Bangladesh, ou véritable suburbia high-tech flottante pour des pays riches (Danemark, Hollande, Japon), ces « pays naviguant » vont poser des problèmes quant à leur ravitaillement, à leur port d’attache (néo-colonisation des escales ?), à leur économie nomade et même à leur impact sur l’environnement.

Zone de quarantaine flottante / Zone sûre flottante

Avec la pandémie de grippe H1N1 qui guette, la résurgence de tout un tas de fléaux plus ou moins génocidaires, certains gouvernements vont avoir envie de mettre en quarantaine plusieurs centaines de leurs ressortissants. Quoi de mieux qu’un paquebot. Évidemment ce genre de mesure s’appliquerait principalement à des personnalités (politiciens, footballeurs, élites médiatiques et financières) qui peuvent bénéficier de toute l’attention dont ils ont droit eu égard à leur rang. Quelques jours sur un paquebot de luxe en attendant les résultats de leur test à la peste noire en sirotant un martini, quoi de plus hype ? En poussant la logique plus loin, on peut imaginer aussi des populations s’isolant des foyers infectieux, en parcourant les mers et les océans, afin d’éviter la contagion. Divers gouvernements et chefs d’États navigueraient loin de leurs pays centralisés, traitant les affaires par liaisons satellites alors que les morts sont ramassés à même les rues, des stars offriraient au monde leur spectacle en streaming, dans un zone sûre de l’Océan Pacifique (Rihanna chantera d’ailleurs à l’inauguration du Oasis of the Seas en décembre depuis les Caraïbes).

oasis2TAZ défiscalisée / Zone de Non-droit

Alors que la Crise™ continue de déferler sur nos côtes économiques, que les déficits se creusent plus vite que la Mer Rouge devant Moïse, de nombreux contribuables des pays industrialisés vont décider, sous le poids des nouvelles fiscalités vertes, anti-Crise™, et j’en passe, de s’exiler fiscalement. Et quoi de mieux qu’un bateau battant pavillon panaméen naviguant dans les eaux internationales ? Il suffit de payer un droit d’installation, de ne participer qu’aux frais de gestion du navire, et ensuite ils peuvent profiter de la belle vie pour de nombreuses années. Certains retraités ont déjà fait le choix de vivre ad mortem dans une luxueuse cabine d’un de ses palais flottants. Sans droit de succession, sans impôt locaux. Les occupants peuvent ainsi choisir qui a le droit de venir sur leur havre de paix. Législation anti-enfant, voire eugéniste, apartheid social et/ou racial, toutes les combinaisons sont envisageables.

En poussant la logique plus loin, ce genre de navire pourrait aussi accueillir tout un tas d’activités illégales dans de nombreux pays : alcool, tabac (eh oui on y arrive), drogues, prostitutions, pédophilies, jeux d’argent, meurtres pour loisir, etc. Dédouanées des juridictions partisanes, ces paradis flottants peuvent offrir à ses hôtes des plaisirs interdits sur terre. Et ce, en toute impunité.

Autres scénarios, catégorie inclassable

Bien sûr des éléments extérieurs peuvent égayer cette croisière. Imaginons une transposition du roman I.G.H. de J.G Ballard sur ce luxueux jouet flottant. Les premières classes et les secondes classes pourraient s’affronter dans une guerre de tranchée de coursives. Abandonnée à la violence de ses occupants, errant dans les mers du sud, les différentes tribus le composant, Bronzés, Vieilles-Peau, Hippie-Yuppies et autres, se livrant à une guérilla éternelle autour des piscines, sur les ponts inférieurs et supérieurs, crucifiant les prisonniers à l’heure du cocktail, faisant des actes de pirateries sur des bateaux venus à leur secours.

ROYAL CARIBBEAN INTERNATIONAL OASIS OF THE SEAS

Une épidémie de zombisme se déclare un matin d’avril. Près de la moitié des occupants sont infectés durant la première semaine. Pendant un mois, le navire est laissé à la merci des hordes de mort-vivants qui déciment les quelques passagers encore sain. La compagnie et l’armateur ne disent rien aux autorités, espérant régler le problème eux-même avant que leur action en bourse ne s’effondre. Peine perdue, une vidéo amateur d’une orgie cannibale au pied du mur d’escalade est postée sur Youtube par un skipper croisant le navire près d’Haïti. Le monde est effaré de voir 6000 zombies libres, perdus au milieu de l’Atlantique.

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Economie, Suburbia

Dubaï, fin de rêve

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La photo ci-dessus a été prise à l’aéroport international de Dubaï, et ces voitures ne sont pas que garées, elles sont abandonnées. Abandonnées par les expatriés qui ont perdu leur emploi dans l’émirat et qui sont partis en catastrophe, criblés de dettes, sans un sou, et sans avenir dans ce qui paraissait il n’y a pas si longtemps l’Eldorado du XXIème siècle. Alors que le Burj Dubaï doit être inauguré le mois prochain, la cité-état fait face à une crise économique mondiale qui risque bien de l’enfouir sous le sable du désert mégalomaniaque de son prince-PDG. Plusieurs centaines de chantiers sont au point mort, on parle de 100 000 chômeurs (pour 1,5 millions d’habitants), des ouvriers étrangers sont renvoyés chez eux (pas d’emploi, pas de visa), le tourisme est en chute libre, et même comble du luxe, la circulation est fluide, alors qu’avant la ville était saturée du matin au soir, de voitures haut de gamme.

Bye bye Dubaï, la fête est finie. Les rues se vident, la ville à la plus forte expansion de l’histoire de l’humanité sombre dans l’aridité de la crise, le désert reprend son dû à ses ambitieux qui pensaient pouvoir le dompter. Le Burj Dubai règnera sur un empire fantôme, royaume vidé de ses jet-setters et autres magnats du pétrole, les prostitués ukrainiennes sont déjà dans l’avion pour d’autres hôtels mondialisés. Village de pécheurs devenu Las Vegas mégalomaniaque, Dubaï va devenir le plus grand cimetière à ciel ouvert des espoirs d’un futur amputé. Le cristal est brisé, et l’humanité se coupe la peau avec ses éclats.

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Economie, Le coffre à Picsou

Smith vs. Darwin

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Robert H. Frank, économiste à l’université de Cornell, se demande, dans un récent article du NYT, quel sera la référence pour les jeunes économistes dans cent ans. Aujourd’hui, c’est simple, ils citent le plus souvent Adam Smith et sa main invisible. L’hypothèse de Frank est que dans un siècle, l’économiste de référence ne sera plus Smith ni même un économiste, mais un naturaliste, Charles Darwin.

Les liens du darwinisme avec l’économie ne sont plus à rappeler. Darwin a adapté Malthus et Adam Smith justement, à l’évolution biologique, mais en faisant cela, il les a légèrement infléchis dans un sens nouveau, sans doute plus brutal. Selon Frank cette vision plus dure, où la sélection naturelle joue un rôle majeur, est mieux à même de rendre compte du marché que la douce main invisible.

Pour Adam Smith, la main invisible correspond à un mécanisme qui fait que des agents économiques autonomes agissant tous dans leur intérêt égoïste contribuent à leur bien à tous, en tant que groupe. La sélection naturelle de Darwin, si elle rappelle ce mécanisme (et pour cause, elle en vient), n’en diffère pas moins de façon cruciale. Là, la compétition des individus ne profite pas nécessairement au groupe. Pour le darwinisme, tout est une question d’individu.

Ainsi, la compétition interindividuelle peut entraîner un accroissement tel d’une caractéristique quelconque que cela nuit à la compétition interspécifique. Par exemple, la compétition sexuelle fait que les cerfs mâles ont des bois de plus en plus grands pour s’affronter entre eux et décider de qui aura accès aux femelles, mais ces mêmes bois nuisent à la survie du mâle, car ils le gênent dans ses déplacements.

De même, pour prendre l’exemple de Frank, la recherche des meilleures conditions d’éducation pour leurs enfants a poussé de nombreuses familles américaines à s’installer dans les zones où les meilleures écoles se trouvaient. Cela a eu pour conséquence d’y faire fortement monter le prix de l’immobilier et a donc poussé ces familles à prendre des risques financiers de plus en plus grands pour faire face à cette augmentation. Aux cerfs avec leurs bois surdimensionnés répondent donc des familles américaines avec leurs belles propriétés surévaluées… l’avantage de l’individu nuit au groupe, Darwin l’emporte sur Smith et le dessin illustrant ce billet prend tout son sens…

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Economie, Le coffre à Picsou

Le pain, la paix, la dévaluation ?

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Le 5 juin 1936 Léon Blum constitue son gouvernement, le Front Populaire ayant surfé sur l’impopularité de la déflation Laval. L’électorat ne s’est arrêté qu’à la diminution nominale des salaires, et n’a pas fait le lien avec la chute encore plus accentuée des prix. Le Programme du Front refuse la dévaluation et a comme cheval de bataille la semaine de 40 heures et l’instauration des congés payés, mesures qui auront pour conséquence d’augmenter en moyenne le salaire horaire de 35 %, d’après les propres calculs des experts du Front.

Les conséquences ne se font pas attendre :

  • malgré les contrôles, la hausse des prix annule en grande partie l’augmentation des salaires ;
  • le déficit extérieur double en un an, entraînant des sorties de capitaux ;
  • le déficit budgétaire explose. Dès le premier octobre 1936, il faut renier la promesse faite et dévaluer le franc (ce qui n’est pas un mal en soi et aurait du être fait bien plus tôt).

La semaine de 40 heures empêche l’économie de bénéficier du coup de fouet à la compétitivité apporté par la dévaluation, et devant la baisse des rentrées budgétaires résultant de l’inertie de la production, il faudra redévaluer en juin 1937 ce qui entraînera la chute du Front Populaire. La leçon sera oubliée totalement en mai 1981.

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Economie, Le coffre à Picsou

A quoi servent nos impôts ?

a-quoi-serventLe contribuable lambda, dont je fais partie, a reçu il y a quelques semaines sa déclaration d’impôt sur le revenu 2042. Pour agrémenter ses soirées, l’expéditeur y a joint une feuille recto-verso, destinée à expliquer « à quoi servent nos impôts ». Soyons franc : la lecture de ce feuillet n’incite pas à l’honnêteté fiscale.

Un exemple marquant. On nous présente souvent le déficit public comme « aux alentours de 3% », par référence aux critères du traité de Maastricht. Il est bon de se souvenir que les 3% sont calculés sur le PIB, et non sur le budget de l’Etat. En réalité, le déficit public est supérieur à 28% (103,8 milliards, pour un total de dépenses de 370,4 milliards).

Une bonne partie de ce déficit (44,6 milliards) est constituée des services de la dette publique, c’est-à-dire le remboursement des intérêts (mais pas du capital). Ce qui implique que l’Etat s’endette pour rembourser les intérêts de sa dette. Je serais curieux de savoir pourquoi, selon les économistes labellisés sérieux, cette situation n’est pas inquiétante, ni catastrophique, mais parfaitement normale. Pourquoi l’Etat ne peut tomber en faillite, sinon tout simplement « parce que c’est l’Etat ».

Consolation, ce feuillet renvoi à un site internet au nom tout prédestiné : www.performance-publique.gouv.fr. Car il ne faut jamais oublier que, puisque « war is peace » et « ignorance is strength », « bankrupt is wealth ». C’est aussi bête que ça.

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