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Parmi les raisons au développement relativement faible de la technique dans l’antiquité, il y a l’idée dominante à l’époque que la technè doit être une mimesis, c’est-à-dire que la technologie doit imiter la nature. Ainsi, on ne pouvait concevoir une machine volante que comme une imitation de l’oiseau, un automate que comme copie d’un être vivant.
Cette idée a freiné le développement technique, car les animaux, pour être imités dans leur fonctionnement, exigent une perfection dans la fabrication des organes qui nécessitent des connaissances et des savoir-faire dont on ne disposait ni à l’époque ni encore dans un passé récent.
Le grand développement technique commencé à la Renaissance s’est fait justement en rompant avec cette idée d’imitation de la nature. Cette cassure entre la technique et l’imitation s’est poursuivie jusqu’à nos jours. Ainsi, aujourd’hui, l’avion ne vole pas comme un oiseau — l’hélicoptère encore moins — les robots ont des vérins et des rouages qui n’ont rien de commun avec les modèles vivants, etc. Les progrès les plus récents pourraient rendre cela caduc et réhabiliter la mimesis comme force dominante du progrès scientifique.
Eccerobot illustre fort bien ce possible tournant. Eccerobot est un robot doté d’un squelette construit sur le modèle du squelette humain et dont les servomoteurs agissent sur des muscles qui se contractent comme le font ceux d’un être vivant. Cette machine « anthropomimétique » montre sans doute la voie que prendra non seulement la robotique, mais certainement aussi d’autres domaines.
La mimétique qui avait été une impasse avec les moyens imparfaits de l’antiquité et du Moyen-Âge pourrait donc devenir le moteur d’une révolution technique sans pareil.
Oh oh, j’ai cru voir un Grosminet !
Titi.
A devil, a born devil, on whose nature / Nurture can never stick…
Shakespeare, Tempest, IV, 1, Prospero.
Ernst Mayr écrit en introduction aux Perspectives in ornithology de Brush et Clark (Cambridge, 1984) ceci :
Je ne crois pas exagérer quand je dis que la recherche dans ce domaine [celui de l'apprentissage des chants d'oiseaux] a apporté une plus grande contribution pour invalider la polarité rigide de Galton entre le principe de l’inné ou de l’acquis que n’importe quelle autre recherche.
Un des hommes clefs de cette recherche s’appelait Hans Julius Duncker. C’est lui qui avait étudié les canaris à ramage de rossignol de Karl Reich qu’il avait rencontré en 1921 à Brème. A cette occasion, Duncker avait mis en évidence que l’inné génétique ne pouvait parfois se révéler que grâce à un certain acquis.
L’histoire des sciences n’a guère était bonne fille avec ce pauvre Hans Julius Duncker. Elle l’a négligé, oublié, il n’est qu’à faire une recherche en ligne pour s’apercevoir à quel point sa trace a disparu. Sans doute n’est-il pas entièrement exempt de responsabilité dans cet état de fait. Après tout, il était biologiste et Allemand, c’est-à-dire nazi et il n’a pas su le faire oublier alors, c’est lui qui est tombé dans l’oubli. Il n’a jamais été encarté au NSDAP, mais il était, comme presque tous les gens qui avaient reçu son éducation et suivi son corpus universitaire, un défenseur et un illustrateur des vertus de l’hygiène raciale. D’ailleurs, ce sont ces recherches qui l’ont poussées à cela ; lui, sinon, il était un brave homme qui ne voulait de mal à personne et qui aimait par-dessus tout les oiseaux.
Karl Reich était un amateur de canaris, le premier à avoir pratiqué des enregistrements audio d’oiseaux. Hans Duncker était un biologiste darwinien et un mendélien convaincu. Ensemble, ils se lancèrent dans le projet fou de créer un canari rouge en introduisant chez ses congénères le gène de la couleur du chardonneret rouge. En 1925, ils rencontrent Carl Huber Cremer, un riche marchant de Brème lui aussi passionné de canaris. Grâce à lui, leurs recherches prirent une échelle industrielle et impliquèrent le croisement — selon les critères statistiques mendéliens — de milliers d’oiseaux dans une propriété que ce dernier devait vouer exclusivement à cette tâche.Dès les années 30, ils obtinrent un canari orange, mais pas rouge. Etrangement, jamais Duncker n’a songé que ce pouvait être le même problème que pour le chant et qu’il fallait compléter le gène de la couleur par l’acquis d’une nourriture spéciale afin qu’il se révèle pleinement. On ne le comprendra vraiment qu’après la guerre. Quelle belle histoire néanmoins que celle de ces trois hommes et c’est avec elle que je vous laisse ce mois d’août.
Le texte qui suit a pour but d’illustrer une idée que je tiens tout particulièrement à partager en cette année anniversaire de L’origine des espèce de Darwin. Elle est simple et se résume en peu de mots : les idées d’évolution et de sélection n’étaient ni neuves ni particulièrement choquantes et c’est faire un très mauvais travail d’historien (mais un excellent travail de propagandiste) que de dire le contraire en présentant Darwin comme un homme seul affrontant son époque.
Cette vision est véhiculée de concert par certains prodarwiniens et par les antidarwiniens, les uns comme les autres voulant créer une rupture là où il n’y en a pas afin de se placer soit d’un côté soit de l’autre.
En lisant les lignes qui suivent, on peut voir que la physique épicurienne qui postule l’existence d’atome chutant presque parallèlement, mais se rencontrant néanmoins par hasard du fait d’une légère inclinaison, le clinamen, implique que les êtres créés sont plus nombreux que les êtres possibles dans ce monde et qu’il y a donc une sélection opérée par la nature.
D’autre part, le présupposé atomiste (erroné) de cette philosophie implique l’existence d’une échelle des êtres selon leur degré de complexité justifiant ainsi leur hiérarchie dans l’espace et dans le temps, qui sont deux dimensions interchangeables
Mais laissons la parole à Diderot :
La nature n’a fait qu’un très petit nombre d’êtres qu’elle a variés à l’infini, peut-être qu’un seul par la combinaison, mixtion, dissolution duquel tous les autres ont été formés.
On appelle êtres contradictoires ceux, dont l’organisation ne s’arrange pas avec le reste de l’univers. La nature aveugle qui les produit, les extermine. Elle ne laisse subsister que ceux qui peuvent coexister supportablement avec l’ordre général.
Les éléments en molécules isolées n’ont aucune des propriétés de la masse. Le feu est sans lumière et sans chaleur ; l’eau sans humidité et sans élasticité ; l’air n’est rien de ce qu’il nous présente. Voila pourquoi ils ne font rien dans les corps où ils sont combinés avec d’autres substances.
Il faut classer les êtres depuis la molécule inerte, s’il en est, jusqu’à la molécule vivante, à l’animal-plante, à l’animal microscopique, à l’animal, à l’homme.
La chaîne des êtres n’est pas interrompue par la diversité des formes. La forme n’est souvent qu’un masque qui trompe; et le chaînon qui paraît manquer réside peut-être dans un être connu, à qui les progrès de l’anatomie comparée n’ont encore pu assigner sa véritable place.
Le papillon est ver, chenille et papillon. L’éphémère est chrysalide pendant quatre ans. La grenouille commence par être têtard. Combien de métamorphoses nous échappent ! J’en vois d’assez rapides : pourquoi n’y en aurait-il pas, dont les périodes seraient plus éloignées ? Qui sait ce que deviennent les molécules insensibles des animaux après leur mort ?
La manière de classer les êtres avec exactitude ne peut donc être que le fruit des travaux successifs d’un grand nombre de naturalistes : elle sera pénible et très lente. Attendons et ne nous pressons pas de juger.
En nature, durée n’est qu’une succession d’actions: étendue est la coexistence d’actions simultanées : dans l’entendement, la durée se résout en mouvement, par abstraction, et l’étendue se résout en repos: mais le repos et le mouvement sont d’un corps.
Je ne puis séparer, même par abstraction, la localité et la durée, de l’existence : ces deux propriétés lui sont donc essentielles.
La végétation, la vie ou la sensibilité et l’animalisation sont trois opérations successives. Le règne végétal pourrait bien être et avoir été la source première du règne animal ; et avoir pris la sienne dans le règne minéral ; et celui-ci émaner de la matière universelle hétérogène.
Diderot, Element de physiologie, Physiologie, chapitre 1er, Des êtres, pp.1263-1266 du tome I des oeuvres de Diderot dans l’édition parue en 1994 chez Robert Laffont et pp. 107-109 de l’édition de Paolo Quintili parue chez Honoré Champion en 2004.
A recouper avec cette phrase de James Cameron :
Les nazis avaient tout faux. Si vous voulez réellement obtenir le meilleur du genre humain, pourquoi ne pas croiser l’ensemble du spectre génétique ?