Archive de Atal
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Je ne suis pas d’accord avec Lovecraft quand il dit que la plus ancienne et la plus forte des peurs de l’humanité est celle de l’inconnu. Mais Lovecraft théoricien est souvent en désaccord avec Lovecraft écrivain, car il ignore son propre apport. En effet, l’horreur lovecraftienne est moins une horreur de l’inconnu que de la connaissance. C’est le savoir qui rend fou. Plus de savoir, plus de malheur dit le Qohélet et Lovecraft à sa suite.
Prenons pour exemple une courte nouvelle du cycle du rêve, Les autres Dieu. En à peine plus de 2000 mots Lovecraft nous donne une puissante leçon sur le savoir et ses dangers. Barzai le Sage vivait à Ulthar, de l’autre côté de la rivière Skai. C’était un érudit qui avait lu les sept livres cryptiques de Hsan et les manuscrits pnakotiques. Mais son savoir ne faisait qu’attiser le feu de sa libido sciendi et il voulait contempler les dieux eux-mêmes. Accompagné d’un jeune prête, Atal, son disciple, il gravit le mont Hatheg-Kla où s’ébattent et dansent les dieux certaines nuits.
Après plusieurs jours de marche dans la solitude, presque arrivé au but, Barzai bien que plus âgé, mais animé par l’enthousiasme de sa future découverte, dépasse Atal et contemple les dieux de la Terre. C’est alors que les Autres Dieux apparaissent pour les protéger et font chuter Barzai dans la noirceur du ciel nocturne.
Barzai n’est pas un fou et il a mérité son surnom de sage en conseillant aux habitant d’Ulthar d’interdire de tuer les chats après l’étrange aventure rapportée dans Les chats d’Ulthar. Ce n’est pas un fou, mais son savoir l’aveugle. Il croit sa connaissance des dieux suffisante pour qu’elle le protége d’eux. Il ignore les Autres Dieux. Il n’a pas peur d’eux parce qu’il ne les connaît pas, parce qu’il ne sait même pas qu’ils existent, la peur la plus forte ne saurait être celle de ce qui est inconnu. C’est au moment où ces Dieux se dévoilent à lui, au moment où il les contemple et où il est exhaussé jusqu’à eux par son étrange chute vers le ciel qu’il connaît la plus grande des peurs, celle de ce qui est connu.
Et il est trop tard.