Archive de André Pichot

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MétiSSage


La particularité du nazisme, selon André Pichot, c’est d’avoir le biologique pour finalité politique.

A recouper avec cette phrase de James Cameron :

Les nazis avaient tout faux.  Si vous voulez réellement obtenir le meilleur du genre humain, pourquoi ne pas croiser l’ensemble du spectre génétique ?

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La survie du plus faible

patrick_tortDans le journal Libération d’hier on peut lire un article présentant de façon dithyrambique le dernier ouvrage de Patrick Tort, L’Effet Darwin. Ce n’est pas surprenant, Patrick Tort étant au darwinisme français ce que Gould et Lewontin ont été à l’américain — le mérite scientifique en moins, concernant l’auteur français. Enfin, pas tout à fait : ne lui refusons pas les louanges dues à son travail de traduction. Louange à nuancer, cependant, par la dimension idéologique de ces choix scientifiques.

En effet, Patrick Tort voit le darwinisme comme un instrument politique. Pour ce faire, il lui faut tout d’abord plier l’histoire à sa convenance et faire de Darwin une sorte de Patrick Tort. Ainsi, dans son livre…

Il parle des tenants du darwinisme social, mais aussi d’un certain nombre de théoriciens du libéralisme économique, du sexisme, et surtout de l’eugénisme, du colonialisme, du racisme, les «idéologies les plus destructrices» du XXe siècle, qui ont en commun de justifier les inégalités sociales par des différences naturelles. «Non seulement Darwin s’est opposé dans sa vie […] à chacune de ces attitudes», écrit Tort, mais il a donné dans son œuvre «les meilleurs arguments théoriques pour les combattre».

Il faut, avant d’aller plus loin, noter l’assimilation « subtile » qui est faite entre libéralisme économique (je suppose que l’on précise économique pour ne pas heurter les fan de Bertrand Delanoë lecteur du journal), sexisme, eugénisme, colonialisme et racisme. Je soupçonne que l’auteur de ces lignes y aurait volontiers adjoint le conservatisme et le catholicisme, mais la pilule aurait peut-être été un peu trop grosse. Déjà que pour celui qui a quelques vagues notions concernant l’histoire récente, tout cela semble énorme.

Ensuite, il faut insister sur deux choses : il y a tout d’abord, l’idée selon laquelle Darwin n’était pas un homme de son temps, qu’il était étranger à tout ce qui était commun à l’époque (appelé, de manière anachronique, libéralisme économique, sexisme, eugénisme, colonialisme, racisme, pour reprendre la litanie des démons entonné par Patrick Tort). Cette idée est fréquente, y compris chez les historiens, mais elle est fausse. Pardonnez-moi d’être aussi trivial et banal dans mon propos, mais Darwin était un homme de son époque. Marguerite Yourcenar fait dire à Hadrien, dans ses mémoires apocryphes, qu’un homme qui pense échappe à son milieu, à son statut social, à sa nation, à sa race, à son sexe et, je n’en doute pas, Darwin est de ces penseurs qui a su, à certains moments, s’élever à un tel niveau d’abstraction, mais c’est l’exception. Les hommes exceptionnels ne sont pas exceptionnels à tout instant et en toute chose. Les grand penseurs sont souvent plus petits que leur pensée.

L’autre chose sur laquelle je veux attirer l’attention rejoint ce que j’ai écrit plusieurs fois à propos du racisme. Ce qui doit faire que l’on regarde le racisme avec mépris et le raciste avec pitié, ce n’est pas la fausseté scientifique des théories qui sous-tendraient cela, mais un raisonnement politique ou moral. Or, Patrick Tort veut fonder sa condamnation du libéralisme économique, du sexisme, de l’eugénisme, du colonialisme et du racisme sur la science, sur la science darwinienne pour être plus précis. Voilà qui est paradoxal sachant que, par exemple, l’eugénisme moderne se fonde entièrement sur une certaine interprétation du darwinisme — défendable à l’époque et défendu par des gens de tous les bords politiques (sauf les conservateurs catholiques). Je suis certain que Patrick Tort est parfaitement capable de répondre à cela en citant moult passages de la main de Darwin et en ajoutant sa glose, mais restera, alors, une autre question : comment ce fait-il que des générations de scientifiques aient, malgré cela, compris Darwin ainsi ?

Plus paradoxal encore cette opposition du darwinisme et du libéralisme. C’est un peu comme Darwin persécuté par l’Eglise pour ses idées : quand on connaît un peu l’histoire, ça sonne faux. L’évolution était une idée banale, seules l’origine idéologique de la sélection naturelle et les conséquences inévitables que cela devait avoir dérangeaient vraiment l’Eglise. En effet, le libéralisme économique dans sa version la plus brutale — si l’on veut bien me passer cette facilité — est le modèle sinon unique (Darwin a peut-être lu les Ikhwan al-Safa alors qu’il étudiait la théologie à Cambridge) du moins principal de la sélection naturelle darwinienne. Sans Adam Smith, sans Malthus, sans le contexte victorien, le darwinisme n’aurait aucun sens. C’est aussi simple que ça. Tout historien en a l’intuition ; tout lecteur du dernier livre d’André Pichot, Aux origines des théories raciales de la bible à Darwin (c’est sans doute un titre d’éditeur, le contenu est plus riche), en a la preuve par la multiplicité et la variété des textes cités.

La science, en France, n’est décidément affaire que d’idéologie alors, quitte à lire un livre idéologique, autant lire Pichot car, lui au moins, ne cherche à rien cacher et en reste aux faits et à la matérialité des textes.

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Homo homini lupus, Politique, Zeitgeist

Guigouthon

Guigouthon

Elisabeth Guigou interpelle alors Rachida Dati et le rapporteur du projet de loi, le député UMP Georges Fenech. «Vous, madame la ministre, vous, monsieur le rapporteur, anciens magistrats, vous tournez le dos à Beccaria nourri de la philosophie des Lumières, vous choisissez Lombroso et son ‘homme criminel’. Or, vous le savez, c’est cette philosophie positiviste qui a conduit aux pires débordements de l’Allemagne nazie».

La députée de Seine-Saint-Denis oppose en fait la philosophie promue par Cesare Beccaria, penseur italien de la fin du XVIIIe siècle, proche des Encyclopédiste et auteur d’un ouvrage qui préconise pour la première fois de proportionner la peine au délit commis, aux travaux du médecin légiste Cesare Lombroso.

Ce scientifique du XIXe, également italien, travailla toute sa vie sur la morphologie des crânes de criminels, et tenta d’établir qu’un certain type de visage indiquait des prédispositions au crime. Pour lui, certains criminels étaient «nés pour faire le mal», ce qui rendait «inefficaces» les tentatives de la société pour les réhabiliter. Aux yeux de Lombroso, il valait donc mieux «les éliminer complètement». Ce qu’appliquera en partie l’Allemagne nazie.

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