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    Zeena

    Posté par Schizodoxe, le 3 septembre 2010



    Tags : satanisme, sexy, Zeena LaVey

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    Inverted Kingdom

    Posté par Schizodoxe, le 1 septembre 2010



    Tags : horreur, illustration, Japon, Ken Asamatsu, Lairs of the Hidden Gods, littérature fantastique, Lovecraft, Robert Price, Yamada Akihiro

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    Innsmouth Raid

    Posté par Schizodoxe, le 28 août 2010



    Vidéo intrigante liée à un site non moins intrigant…

    Il y a un fil de discussion qui lui est consacré sur HPLovecraft.fr.


    Tags : Innsmouth Raid, Lovecraft, marketing-viral, Ominous Portents

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    Houellebecq et la SF

    Posté par Schizodoxe, le 24 août 2010



    Tags : Clifford-Simak, Demain les chiens, houellebecq, Lovecraft, science-fiction

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    The Love Craft

    Posté par Schizodoxe, le 21 août 2010



    Tags : La croisière s'amuse, lol, Lovecraft

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    L’appel de Cthulhu en 2 minutes

    Posté par Schizodoxe, le 19 août 2010



    Tags : L'Appel de Cthulhu, lol, Lovecraft

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    Lovecraft l’athée

    Posté par Schizodoxe, le 3 août 2010


    Jean-Michel Abrassart, auteur du blog Scepticisme scientifique, vient de consacrer un billet récent au jeu de rôle L’Appel de Cthulhu. Il y dit son plaisir de participer à une campagne qui sera certainement riche en perte de point de SAN, de santé mentale pour ceux qui ne connaîtraient pas le jeu. Cela n’aurait en soi pas de quoi retenir l’attention des lecteurs de Schizodoxe s’il n’expliquait son intérêt pour Lovecraft au nom de son scepticisme. Or, je ne nierai pas mon attrait pour ce courant de pensée, moi qui me suis si longuement arrêté sur la personnalité de Michael Shermer, fondateur de The Skeptics Society.

    Jean-Michel Abrassart voit deux raisons spécifiques pour qu’un sceptique s’intéresse à Lovecraft. Premièrement, l’athéisme de Lovecraft et deuxièmement la création d’une pseudomythologie par cet auteur. Je m’arrêterai sur ce second point avant de revenir sur le premier.

    Inutile de rappeler ce que tout le monde sait. Lovecraft a inventé des dieux, des lieux, des livres qui se retrouvent d’une nouvelle à l’autre et même d’un auteur à l’autre donnant l’impression de l’existence d’une véritable mythologie. C’est de l’idée de cette mythologie qu’est né le concept derlethien de mythe de Cthulhu, c’est-à-dire d’un mythe organisé avec des dieux et des créatures hiérarchisées et dotées de motivations, d’intérêt, de limites, etc. Mais le mythe de Cthulhu entendu dans ce sens n’était pas une idée de Lovecraft. Il n’y a pas chez lui de cohérence rigoureuse, au contraire. Il a décidé de prendre en compte le flou, l’incomplétude et l’incohérence qui sont propres aux véritables religions anciennes telles qu’elles nous ont été transmises. Ainsi, chez Lovecraft, même le fameux Nécronomicon est entaché d’erreurs ou de contre-sens. Les témoignages des adeptes eux-mêmes expriment l’ignorance et la croyance plus que l’exactitude d’une connaissance juste des choses adorées. Castro, le mulâtre interrogé par Legrasse dans L’Appel de Cthulhu, dit ce qu’il croit savoir, pas ce qui est et l’importance qu’il accorde à ses prières, à ses sacrifices, est illusoire. Si the stars are right, vaines les invocations et inutile le sang versé sur les autels.

    Lovecraft n’a donc pas construit de mythologie, mais une pseudomythologie, c’est-à-dire l’image réelle de ce que les humains pourraient percevoir et croire d’une réalité appartenant à un domaine supérieur et à jamais inintelligible pour eux. A ce titre on comprend tout à fait l’intérêt du sceptique, mais Jean-Michel Abrassart semble passer à côté de cela en écrivant :

    …la manière dont H. P. Lovecraft et ses successeurs ont créé une mythologie est particulièrement fascinante…

    Il semble s’attacher au mythe de Cthulhu au premier sens, celui qui trahit Lovecraft et laisser de côté la véritable invention de Lovecraft qui est, pourtant, une formidable leçon de scepticisme.

    L’athéisme de Lovecraft est le second intérêt que Jean-Michel Abrassart trouve, d’un point de vu sceptique, à Lovecraft. Il résume bien les choses en écrivant :

    …H. P. Lovecraft était athée, sujet sur lequel il a écrit dans sa correspondance privée. Dans son œuvre, son athéisme se manifeste principalement dans le fait que l’univers est indifférent aux êtres humains: nous ne sommes jamais que des fourmis sans importance pour Cthulhu et les autres dieux. De plus, ces entités ne sont pas véritablement surnaturelles mais bien plutôt extraterrestres.

    C’est très juste. Mais une chose me dérange néanmoins. C’est l’enrôlement de Lovecraft dans le camp de l’athéisme militant si fréquent dans les milieux sceptiques.

    J’ai reçu il y a peu un recueil de textes où Lovecraft témoigne de son athéisme. Il s’agit d’Against Religion : The Atheist Writings of H. P. Lovecraft édité par S. T. Joshi et préfacé par Christopher Hitchens. Le choix du titre — against religion — et celui du préfacier témoigne de la double intention de ce recueil. Certes, il s’agit en premiers lieux d’offrir aux lovecraftiens des textes fondamentaux pour comprendre la philosophie de Lovecraft qui est intéressante par elle-même et sans laquelle sa fiction est inintelligible. Mais il y a aussi la volonté de fournir un argumentaire aux athées militants. Or, cela me semble malhonnête. D’une part parce que l’athéisme de Lovecraft est fondamentalement un athéisme d’essence conservatrice. Il voit dans celui-ci la continuation logique de la tradition protestante et puritaine américaine. Or, l’athéisme militant actuel est foncièrement progressiste. Il n’est pas seulement contre les religions parce qu’elles seraient fausses, il l’est surtout parce qu’elles sont des bastions du conservatisme. Le nouvel athéisme est politique. Il est donc profondément malhonnête d’enrôler Lovecraft dans un camp qui n’est pas le sien. D’autre part, et cela est induit par le point précédent, l’athéisme de Lovecraft n’est pas, lui-même, pur de toute intention politique. Il ne reproche pas seulement au christianisme d’être infantile ou faux, il lui en veut d’être une superstition juive qui s’est imposée aux Aryens. Il est donc hypocrite de capter les arguments qu’il emploie pour démontrer cela afin de le mêler au flot de la rhétorique progressiste.

    Mais laissons le mot de la fin à Jean-Michel Abrassart :

    Pour les sceptiques, [Lovecraft] offre dans la foulée un prétexte ludique pour réfléchir à la religion, et plus particulièrement à la manière dont les mythologies se développent.

    Moi, je vais chercher à mettre la main sur mon Appel de Cthulhu !


    Tags : jeu de rôle, L'Appel de Cthulhu, littérature, Lovecraft, philosophie

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    Canon cthulhien

    Posté par Schizodoxe, le 30 juillet 2010


    Qui ne connaît le mythe de Cthulhu ? Certainement aucun des lecteurs de la fosse aux Shoggoth. Pourtant, si tout le monde sait de quoi il retourne, bien peu sont d’accord sur le détail de ce qui le constitue. En d’autres termes, quelles sont les oeuvres de Lovecraft qui sont à la base de ce mythe qui a inspiré tant d’auteurs depuis lors ?

    Mais revenons en arrière et faisons-nous pédagogue. La formule « mythe de Cthulhu » n’est pas de Lovecraft lui-même, mais de Derleth. Il s’agissait pour lui de définir ainsi les histoires de Lovecraft où ce dernier faisait intervenir la mythologie imaginaire qu’il avait créée. Par la suite, de très nombreux auteurs ont repris cette mythologie et ont, eux aussi, écrit des récits appartenant au mythe. Cependant, ils n’en ont repris le plus souvent que les aspects les plus superficiels : l’onomastique et les tentacules.

    La question de savoir si ces aspects superficiels sont suffisants pour s’inscrire dans la continuité du mythe de Cthulhu réside tout entière dans la définition que l’on donne au canon des textes de Lovecraft appartenant au mythe.

    Relisant, hier soir, A look behind the Cthulhu Mytos de Lin Carter, je tombais sur le passage où il cite différents canons, différentes listes d’histoires écrites par Lovecraft et jugées comme appartenant au mythe. Il donne les canons de Derleth (H.P.L. A Memoir), de Robert E. Briney (in The Lovecraft Collectors Library, vol. VII) et de Robert Weinberg (A Reader’s Guide to the Cthulhu Mythos). Il cite aussi Jack Laurence Chalker (The Dark Brotherhood and Other Pieces), mais pour signaler que celui-ci définit le canon du mythe à partir des épigones et non de Lovecraft lui-même. S’y ajoute, bien sûr, le canon défini par Lin Carter lui-même (dans l’ouvrage cité plus haut) ; par la suite, j’y joindrais peut-être ceux d’autres érudits lovecraftiens.

    Je les cite ici dans le but de les discuter plus tard à la lumière, notamment, de Qu’est-ce que le mythe de Cthulhu, publié par la Clef d’Argent, mais aussi de The Cthulhu Mythos Encyclopedia de Daniel Harms.

    Le canon de Derleth :

    1. La Cité sans nom,
    2. Le Festival,
    3. L’Appel de Cthulhu,
    4. La Couleur tombée du ciel,
    5. L’Abomination de Dunwich,
    6. Celui qui chuchotait dans les ténèbres,
    7. Le Rêve dans la maison de la sorcière,
    8. Celui qui hantait les ténèbres,
    9. Le Cauchemar d’Innsmouth,
    10. Dans l’abîme du temps,
    11. Les Montagnes hallucinées,
    12. L’affaire Charles Dexter Ward,
    13. La Chose sur le seuil.

    Le canon selon Robert E. Briney ne diffère du précédent que par l’ajout de la courte nouvelle Le Molosse :

    1. La Cité sans nom,
    2. Le Festival,
    3. L’Appel de Cthulhu,
    4. La Couleur tombée du ciel,
    5. L’Abomination de Dunwich,
    6. Celui qui chuchotait dans les ténèbres,
    7. Le Rêve dans la maison de la sorcière,
    8. Celui qui hantait les ténèbres,
    9. Le Cauchemar d’Innsmouth,
    10. Dans l’abîme du temps,
    11. Les Montagnes hallucinées,
    12. L’affaire Charles Dexter Ward,
    13. La Chose sur le seuil,
    14. Le Molosse.

    Le canon de Weinberg :

    1. L’Appel de Cthulhu,
    2. Dans l’abîme du temps,
    3. Les Montagnes hallucinées,
    4. Celui qui chuchotait dans les ténèbres,
    5. La Chose sur le seuil,
    6. L’Abomination de Dunwich,
    7. Le Cauchemar d’Innsmouth,
    8. L’affaire Charles Dexter Ward,
    9. Le Rêve dans la maison de la sorcière,
    10. Le Défi d’outre-espace,
    11. Celui qui hantait les ténèbres,
    12. La Cité sans nom.

    Celui de Lin Carter, enfin :

    1. La Cité sans nom,
    2. Le Molosse,
    3. Le Festival,
    4. L’Appel de Cthulhu,
    5. L’Abomination de Dunwich,
    6. Celui qui chuchotait dans les ténèbres,
    7. Le Cauchemar d’Innsmouth,
    8. Les Montagnes hallucinées,
    9. Le Rêve dans la maison de la sorcière,
    10. La chose sur le seuil,
    11. Dans l’abîme du temps,
    12. Celui qui hantait les ténèbres,
    13. Histoire et chronologie du Nécronomicon,
    14. Fungi de Yuggoth.

    Après avoir complété cette première liste de canons cthuliens par d’autres plus récents (j’ai bien conscience que ces premiers canons relèvent d’un état ancien de la critique). je réfléchirai à ce qui fait l’essence du mythe de Cthulhu. J’annonce déjà que j’en ai une vision relativement restrictive et que je pense que l’essentiel de la littérature qui s’en réclame le fait à tort. Plus généralement, je me demande si ce n’est pas l’existence même du mythe qui doit être remise en cause ou, du moins, s’il ne faut pas insister sur une solution de continuité entre Lovecraft et ce mythe. Mais j’y reviendrai.

    Edit. : après réflexion, j’écrirai la suite de ce billet après avoir reçu et lu The Rise and Fall of the Cthulhu Mythos de Joshi.

    Edit. 2 : avant cela je pense écrire sur le mythe de Cthulhu au Japon en m’appuyant sur ma lecture de Lairs of the Hidden Gods une anthologie en quatre volumes éditée par Ken Asamastu et publié par Kurodahan Press.


    Tags : Cthulhu, Lin Carter, littérature, littérature fantastique, Lovecraft, Mythe de Cthulhu

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    Littérature d’horreur et enfance

    Posté par Schizodoxe, le 20 juillet 2010



    J’ai lu Lovecraft étant enfant et j’ai l’intime conviction que cette littérature qui est la plus horrifique qui soit est une littérature pour les enfants. La plus horrifique, parce ce qu’elle place l’homme au rang d’animal inférieur et infime au milieu d’une jungle peuplée de bêtes incommensurablement plus grandes et plus sauvages que lui. J’ai écrit que l’horreur de la fiction lovecraftienne résidait en ce que l’homme n’était rien face à rien ; qu’il n’était qu’un élément de la chaîne alimentaire et pas le dernier, loin de là ; que ses dieux n’étaient que des bêtes brutes et que ces bêtes étaient soumises à une Nature implacable et aveugle ; l’humiliation des humiliations est là : même le mal n’existe pas, car il serait déjà une concession à notre importance.

    En quoi cela témoigne-t-il du fait que la fiction lovecraftienne est une littérature pour les enfants ? Parce que le monde des enfants est précisément celui-là. C’est un monde absurde qui n’obéit à d’autres lois que celles qu’on veut lui donner et où les pourquoi n’ont que des parce que pour réponse. C’est un monde où le bien et le mal ne sont que des données relatives au regard des parents — les enfants sont de mauvais nietzschéens — et où des monstres se cachent dans chacun des recoins obscurs. C’est un monde, enfin, où les adultes connaissent des secrets qu’ils taisent en les ébruitant et qui est inexorablement appelé à disparaître dans l’enfer de l’âge adulte : l’argent et le sexe, dirait Lovecraft, deux démons qu’ignorent les enfants.

    Mais il y a long entre dire que c’est une littérature pour les enfants et penser qu’il faut la leur autoriser. Je crois en la vertu de l’interdit. Il faut que les enfants lisent Lovecraft sans en avoir le droit, au coeur de l’hiver sous la couverture, éclairé d’une lampe de poche ; au printemps sous un arbre non loin d’un cours d’eau ; en été, assis sur une meule de foin dans une grange abandonnée. Lovecraft est une lecture d’enfance et de vacances — vacances d’hivers, de printemps ou d’été, peu importe, mais seul.

    Je ne m’arrêterais pas à dire que Lovecraft a — inconsciemment ou non — écrit pour les enfants. Je crois qu’il s’est fait enfant lui-même en écrivant. Je sais bien ne pas être le premier a avoir cette intuition. D’autres avant moi s’en sont doutés. Lovecraft lui-même a eu tout au long de sa courte vie un rapport particulier à l’enfance et au rêve qui n’en est qu’une des modalités. Ecrivain enfant quand, justement, il fait de la matière des rêves celle de sa fiction. Ecrivain enfant encore, parce que, comme je l’ai dit, le monde de sa fiction, qui est la conséquence de sa philosophie, est le monde des enfants. Ecrivain enfant toujours parce qu’il y a du « on dirait que » dans chacun de ses textes.

    On m’opposera que Lovecraft se vieillissait, qu’il se faisait passer pour un vieillard, comment cela pourrait-il être compatible avec ce que j’avance ? C’est que les vieillards ne sont plus des adultes et sont à la symétrie de l’enfance. Il y a du gamin dans le vieillard, qui le niera ? D’ailleurs, en se vieillissant, Lovecraft rajeunissait aussi ses lecteurs. Il se faisait appeler grand ‘pa et faisait de ses lecteurs ses turbulents petits-fils. Quand je vous dis qu’il écrivait pour les enfants ! Lui-même le soupçonnait.

    Est-ce à dire, pour autant, qu’à tout jamais la fiction lovecraftienne est interdite aux adultes ? Je le crois et j’y vois la raison de son succès et de son échec. Les adultes trouvent rigolos les noms compliqués de la pseudo-mythologie du jeune vieillard de Providence. Ils trouvent sans intérêt des intrigues où ni le sexe ni l’argent n’ont de place — pire, ils trouvent beaucoup d’intérêt à des intrigues où ils ne veulent voir que du sexe et de l’argent (du racisme, aussi). Au mieux, ils s’amusent d’histoires gothiques sans n’y rien comprendre. Je n’en démordrais pas, Lovecraft est un enfant qui écrit pour les enfants et c’est en cela que c’est la plus belle et la plus utile des lectures.


    Tags : enfants, horreur, littérature, littérature fantastique, Lovecraft

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    Lovecraft et ses fictions

    Posté par Schizodoxe, le 12 juillet 2010


    Lovecraft est-il un mauvais auteur de fiction ? Je sais qu’ici, dans un lieu qui s’appelle la Fosse aux Shoggoth (sans s), cela peut paraître sinon blasphématoire du moins incongru. Pourtant, la mauvaise qualité du style de Lovecraft est souvent avancéie. Je crois que c’est pour de mauvaises raisons, mais, peu importe, ce n’est pas mon propos ici. Ce qu’il faut entendre ici par mauvais auteur de fiction, c’est un auteur qui écrit de mauvaises fictions, des fictions mal structurées, boiteuses, quel que soit le style dans lequel il les écrit.

    Pourquoi me poser cette question alors que je le lis depuis plus de 20 ans ? Suis-je devenu plus difficile ou plus lucide soudainement ? Non, c’est que je viens de finir Subtler Magick de Joshi, un aperçu de la vie et de l’œuvre de Lovecraft, et que son auteur en y affirmant plus ou moins ouvertement que c’est le cas m’oblige à m’interroger.

    Dans Subtler Magick, Joshi décrit brièvement chacune des nouvelles de Lovecraft et se livre à une rapide analyse. J’ai été surpris de lire que pour presque chacune d’entre elles Joshi trouvait un défaut. Oh, pas toujours quelque chose de très grave, souvent juste un petit défaut, mais un défaut malgré tout. Même les histoires qu’il préfère sont, pour lui, entachées de quelque chose de boiteux, d’inabouti ou, à l’inverse, de superfétatoire.

    L’affaire Charles Dexter Ward (Lovecraft lui-même en était insatisfait) ? Joshi l’apprécie beaucoup, mais lui reproche Willet qu’il juge un personnage falot et pompeux. Le cauchemar d’Innsmouth ? La scène de poursuite est ridicule. Les Montagnes hallucinées ? Dryer et Danforth, les deux héros, lisent tant de choses à partir d’un simple bas relief que c’en est suspect. De plus, concernant les Anciens, une si longue conservation dans la glace est peu crédible. L’abomination de Dunwich ? Il y a un côté mélodramatique et presque bouffon pour la scène finale (Alain Chareyre-Méjan parlait de burlesque) et la morale est simpliste (ce n’est pas pour rien que c’était l’histoire préférée de Derlerth précise non sans perfidie Joshi). La Couleur tombée du ciel ? C’est l’histoire préférée de Joshi, la plus cosmique selon lui, mais la scène finale (encore elle !) semble inutile et rallonge une histoire qui aurait gagné à la concision.

    On le voit, Joshi a la dent dure. Je ne sais s’il a raison. Franchement, je suis prêt à admettre tous les reproches qu’il fait m’inclinant face à son savoir, mais comme lui — car c’est là le paradoxe — cela ne me gêne pas. C’est comme si ce que nous cherchions chez Lovecraft était autre chose qu’une histoire bien construite. Et en effet, je crois que Joshi et moi — je le suis tout à fait — recherchons autre chose. Personnellement, c’est l’illustration de sa propre philosophie qui me séduit le plus dans les textes de Lovecraft. C’est aussi le charme de la relecture de ce que j’ai lu enfant. Ce dernier point est très lovecraftien, d’ailleurs, il suffit de relire La Clef d’argent (une histoire sans défaut ?).

    Ainsi donc, Lovecraft est peut-être un mauvais auteur de fiction, concédons-le (avec une restriction mentale toute jésuitique), car, et sur ce point Joshi a mille fois raison, ce n’est pas bien grave puisque Lovecraft, même s’il est surtout connu pour cela, est bien plus qu’un auteur de fiction. C’est avant tout un formidable auteur de lettres, peut-être l’un des plus grands de langue anglaise, ce n’est pas rien. C’est cela que la postérité gardera prédit Joshi. Je ne sais, même si je suis presque tenté de le croire, car, malgré tous les défauts que l’on veut bien y voir (non sans les avoir cherché) sa fiction reste d’une puissance rare.


    Tags : Joshi, littérature, littérature fantastique, Lovecraft, science-fiction

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