La vie et rien d’autre de J.G. Ballard

L’autobiographie (posthume) de l’Oracle de Shepperton


lavieetrienPublié peu de temps avant sa mort en Grande-Bretagne, La vie et rien d’autre (Miracles of life en VO) de James Graham Ballard est un roman autobiographique qui nous raconte autant la vie de l’auteur que ses livres. De son enfance à Shanghai à sa « retraite » volontaire dans la suburbia londonienne, l’autobiographie de l’auteur anglais nous renseigne sur son voyage dans l’espace intérieur pendant près de 50 ans.

Une grande part de ce texte étant consacré à son internement dans un camp japonais à Lunghua, on comprend mieux son obsession pour les architectes, les médecins, les cadres dirigeants poussés dans les derniers retranchement de leurs obsessions et de leurs pathologies. Car c’est ce qu’il a vu dans les baraquements du camp chinois où étaient enfermé les européens de Shanghai durant 3 ans, jusqu’à la rédition de l’Empire du Soleil Levant. En pleine adolescence, en pleine formation de son moi, il a découvert que sous le vernis de la civilisation (anglaise ici) se cachait une propension à la violence, à la déviance sexuelle, aux totalitarismes endormis, qu’il était aisé de réveiller en privant de nourriture, d’intimité ou même d’activité un petit groupe d’hommes et de femmes de bonne famille. Gamin il a adoré ce camp, lieu étrange et surréaliste où une bande d’aristocrates étaient à la merci de soldats japonais sadiques à peine sortis de l’adolescence. Il y a acquis un sens aigu de l’observation, une indépendance d’esprit précoce, une résistance à l’ignominie de l’homme et une fascination pour la déviance.

De retour en Angleterre, il doit se familiariser avec un pays en proie à une immense dépression nerveuse, à une ruine intellectuelle et urbaine, un pays qu’un observateur étranger pourrait croire vaincu plus que victorieux au lendemain de la guerre. Dans cette Grande-Bretagne moralement défaite il va fonder et sa famille, et son œuvre littéraire. Plus proche d’une science-fiction cérébrale à la Wells, Huxley ou Orwell, Ballard, pendant 50 ans, a déployé une œuvre cohérente, aux formes classiques, une SF psychologique, entre anticipation sociale et horreur quotidienne.

Au fond j’étais un conteur à l’ancienne, doté d’une vive imagination

Voilà comment Ballard se voyait, un Conrad des pulsions millénaristes, un Joyce des autoroutes et des meurtres de président, un Genet de l’ère de l’information.

Cette dualité qui s’écrit en creux dans ce dernier texte de l’auteur de Sheperton entre sa vie de famille rangée et son œuvre violente et prophétique est ainsi décrite par Will Self dans une récente interview sur le site Fluctuat :

En ce qui concerne sa vie tranquille, il faut savoir que Ballard avait sa part d’ombre. L’image que vous présentez de lui était une image qu’il avait choisi de présenter au monde, une image calculée, présentable et facile à vendre pour lui. Il est devenu culte, surtout à partir du début des années 70 aux Etats-Unis. En Angleterre, c’est venu beaucoup plus tard, dans les années 80, à l’époque où Jim était déjà un quinquagénaire. C’était un homme extrêmement intelligent et sophistiqué et qui avait très bien compris que son personnage ferait de bons papiers : un type solitaire, reclus dans une banlieue inconnue, qui écrit des trucs très violents et très critiques, alors qu’il ressemblait à… un banquier. Il vivait dans une maison poussiéreuse, à l’ancienne dans une banlieue vraiment emmerdante….

Ballard nous montre aussi toute la tendresse qu’il a eu à l’égard de ses enfants – le livre leur est dédié – ainsi qu’à ses petit-enfants. La disparition prématurée de son épouse n’est pas étrangère à la violence et au désespoir de certains de ses romans. La Vie et rien d’autre est un ouvrage essentiel pour qui veut comprendre l’auteur de La Foire aux Atrocités et de La Course au Paradis, d’une franchise et et d’une simplicité désarmante.

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Oshiigraphie

rébellion adolescente et génie technologique


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A ce moment-là, Oshii a déjà vécu ses premières prises de conscience cinéphile et politique, à la suite d’une projection, en 1967, de la Lutte de Haneda, une plaidoirie insurrectionnelle qui inspira les mouvements nippons. Ce rapprochant de groupuscules révolutionnaires et vaguement terroristes, Oshii perd sa place au lycée et quitte sa famille. Il laisse alors ses fractures de l’âme se résorber pendant qu’il tourne en rond, parfois des journées entières sur la ligne de train de banlieue « Yamanote », rêvant de guerres civiles, de chimères nées de la science-fiction et de l’international de Francs-Rêveurs. Durant l’été 1969, ses parents enferment Mamoru dans un chalet du col de Daïbosatsu. Là-bas, ses blessures d’adolescent rebelle se referment pour dévoiler une cicatrice adulte, qui jamais ne disparaîtra…

Très intéressant article biographique sur Oshii. Il a été publié en 2002 dans Mad Movie et repris in extenso sur un blog français tout entier consacré à ce formidable réalisateur.

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Quatre barbaries

Petite typologie de la barbarie


polyphemeEst-il utile de dire que pour l’inventeur de Conan le barbare le concept de barbarie est important ? On a beaucoup écrit sur l’idée que Robert Howard se faisait de la barbarie et j’ai somme toute peu lu sur le sujet, pourtant, je voudrais vous faire partager une réflexion que je me suis faite sur la typologie de la barbarie que j’ai décelée chez Howard.

En effet, si Conan est le barbare par excellence, il n’est pas le seul à être un barbare et sa barbarie n’est pas la seule barbarie à exister dans l’hyperborée howardienne. M’appuyant sur deux nouvelles parmi les plus connues d’Howard Au delà de la rivière noire et Les clous rouges, j’identifie quatre formes de barbarie.

La première, la plus évidente est celle de Conan. C’est la barbarie des peuples jeunes, une barbarie de l’innocence, infiniment féconde. Elle évoque la barbarie de la sensation que l’on trouve chez Vico, le génial philosophe napolitain. Cela ne fait certes pas de Conan un bon sauvage, il reste un barbare avec toute la violence que cela implique, mais cela fait de lui l’homme de l’aube des temps, celui en qui tous les possibles sont présents.

Si la barbarie de Conan est celle de l’aube des temps, celle des Pictes appartient à la nuit qui l’a précédée. Chez eux, la barbarie est si grossière, si bestiale, qu’il n’y a pas en elle le ressort de la future civilisation. Pour continuer à évoquer Vico, c’est la barbarie des bestioni, des grosses bêtes qui errent sur la terre sans autres règles que leur propre caprice.

Face à la première des barbaries, la civilisation doit lutter, mais aussi civiliser ; face à la seconde, seule une lutte inexpiable est possible. Cette lutte inexpiable donne naissance à un autre barbare, le civilisé qui retourne à la barbarie de l’aube des temps, qui retourne à la barbarie de Conan sans pour autant y parvenir tout à fait. Le civilisé est un animal domestique, tel le chien au maître assassiné par les Pictes dans Au delà de la rivière noire. Ce chien qui retourne presque à l’état sauvage, qui redevient presque un loup (comme Conan est un loup) pour lutter contre des animaux plus anciens encore, marqués par la noirceur abyssale de la nuit des temps et la magie qui l’anime incarne d’une façon frappante et sublime le retour ou plutôt le recours de la civilisation à la barbarie. Comme si la civilisation était une parenthèse, la paix d’un moment immédiatement troublée.

Cependant, la civilisation elle-même aspire seule à une barbarie qui n’a rien à voir avec celle de l’aube des temps. La barbarie de la réflexion (toujours Vico) est celle du soir et de la nuit. C’est la barbarie des peuples vieux qui par excès de civilisation retombent dans la bestialité des bestioni ou plutôt la singe car il n’y a pas de retour de l’histoire.

Forcé-je le sens des écrits d’Howard en voulant y voir tout cela ? Sans doute et il ne devait certainement ignorer jusqu’au nom de Vico. Pourtant, je ne peux m’empêcher de voir dans les nouvelles de Conan le barbare un formidable compagnon à la lecture de Vico et je vous invite à lire l’un et l’autre.

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Parutions et publications II

Quelques conseils de lectures rapides


ldf20Pour continuer dans le ton du précédent, retour sur les combats de Chipyong-Ni menés par le Bataillon français de l’ONU, dans le Ligne de Front N°20 novembre-décembre 2009.

n33Dans Batailles & Blindés N°33, du même éditeur, un petit dossier sur les colonnes logistiques et blindées françaises et la sécurisation des voies de communication pendant la Guerre d’Indochine. Au menu : organisations en convois, mécaniques civiles et militaires plus ou moins (in)adaptées, zones de dangerosité diverses, embuscades… Moyens d’une époque et géographie particulière pour une vieille problématique pas prête de s’éteindre.

A ce propos, on rappellera cette phrase du lieutenant-colonel Goya dans Dix millions de dollars le milicien, la crise du modèle occidental de guerre limitée de haute technologie :

La lutte contre les IED est ainsi devenue l’un des plus importants programmes publics de toute l’histoire des Etats-Unis, avec le projet Manhattan de fabrication de l’arme atomique, ou le projet Apollo de conquête de la Lune.

Il faut signaler l’excellent point sur la sécurité intérieure en France réalisé dans DSI Hors-série N°8. L’aréopage d’experts contactés, la bibliographie utilisée et conseillée, la qualité des articles, sont très impressionnants.

Enfin, dans un domaine totalement différent, et parce que SDX, c’est aussi un chaos organisé, un monde tentaculaire, il faut lire l’article Le miroir de l’âme, de François Delaporte, disponible sur Persée, qui donne vraiment envie de lire ses ouvrages.

En voici l’abstract, dont la sécheresse ne fait pas honneur à la richesse de l’article :

L’époque classique tend à privilégier un regard où la vue s’obtient par l’extériorisation de l’intérieur, faisant ainsi de l’oeil, à la fois, le miroir de l’âme et l’instrument de son langage. Au XIXème siècle, avec l’analyse du mécanisme de la physiologie humaine, Duchenne de Boulogne dissipe cette illusion. Le regard s’inscrit désormais dans la mimique, qui ressortit à une fonction d’expression.

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Le Bouddha dans le robot

Monisme et dualisme à la lumière de l’Orient


SDX_screenshot_01Masahiro Mori est moins connu que son concept de vallée de l’étrange étrangeté dont il a été question plusieurs fois ici. C’est pourtant un penseur subtil qui a écrit un petit livre fort stimulant au milieu des années 70. Il s’agit de The Buddha in the Robot. A Robot Eugineer’s Throughts on Science and Religion. Le bouddha dans le robot fait bien sûr échos au fantôme cartésien dans la machine iatromécanique.

Voici un court passage qui prend toute sa dimension si l’on garde à l’esprit le titre du livre d’où il extrait et ce qu’est Masahiro Mori :

Récemment j’ai visité un temple Zen et j’ai eu une longue discussion avec le prêtre. Dans le cours de la conversation, j’ai fait cette remarque : « Plus j’étudie les robots, et moins il me semble possible que l’esprit et la chair soient des entités séparées.

« Ils ne le sont pas » répliqua le prêtre.

Je continuais, « l’idée que le corps est une sorte de container dans lequel l’âme habiterait uniquement pour prendre d’autre quartier après que le corps soit mort me paraît impensable.

Le prêtre me donna une explication bouddhiste. « Séparer le corps de l’esprit donne naissance à ce que l’on appelle la discrimination, » dit-il. « La discrimination divise les choses en bonnes ou mauvaises, utiles ou inutiles, fixant d’implacables règles qui rendent les gens esclaves. Le bouddhisme abhorre l’idée de diviser les choses en deux. Le bouddhisme combine l’esprit et le corps en une seule entité

Masahiro Mori, The Buddha in the Robot. A Robot Eugineer’s Throughts on Science and Religion, Tokyo, 2005, p. 35.

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ARMA II : rengagez-vous !

Retrouvez la nouvelle version de la simulation de guerre « canal historique »


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