L’ouverture d’une station pétrolière britannique au large des Malouines raviverait les velléités argentines concernant l’archipel.
Et la guerre des Malouines (1982) de revenir sur le devant de la scène. Elle est l’exemple type d’un conflit ayant opposé deux pays pour le contrôle d’une île ou d’un archipel. Conflit dont on craint qu’ils soient amenés à se multiplier.
S’il est relativement peu probable que les Argentins rééditent l’expérience de 1982, des problèmes pourraient survenir en Asie du Sud-Est. Les eaux pullulent d’îles et d’îlots. C’est l’identité de leurs possesseurs, qui pose souvent problème. Et les anciens colonisateurs se sont souvent bien gardés d’être, lors de la décolonisation, très clairs sur ces sujets.
Résultat : ces îles sont des zones de tensions assez importantes. A titre d’exemple, certaines îles furent revendiquées par pas moins de 27 pays. Qu’est ce que la possession de ces îles apporte à un pays ? Pourquoi se battre pour elles ? Pour leur ZEE, Zone Economique Exclusive, avancent beaucoup d’analystes. Sous certaines conditions, posséder une île, pour un pays, c’est pouvoir souverainement exploiter les richesses contenues dans une zone de 200 milles autour de l’île. Ressources halieutiques, mais également ressources des fonds marins.
Le concept de ZEE a été élaboré en 1982, lors de l’achèvement de la convention de Montego Bay. Convention qui a duré une dizaine d’années et qui a élaboré une part importante du Droit de la Mer.
1982, c’est également la date de l’invasion des Malouines par les Argentins et de leur reprise par les Britanniques. Les années 80, c’est l’époque de la croyance en l’entrée dans « l’ère océanique », c’est à dire l’idée que l’on allait coloniser les océans, l’exploration spatiale faisant moins rêver. Cf Abyss, de James Cameron. D’où l’intérêt porté à l’époque pour les ressources maritimes. Exploitation des nodules polymétalliques, le krill (dont il existe d’énormes bancs aux abords des Malouines) en protéine de l’an 2000, autant d’idées irréalistes qui paraissaient crédibles lors de l’année de sortie de Star Trek II et de Dark Crystal…
Pour expliquer le coup argentin et la hargne britannique, l’explication par les ressources vint donc immédiatement à l’esprit des experts. Au delà de cette analyse contextuelle, l’explication par les ressources a ceci d’agréable qu’elle est simple et aisément compréhensible. Et marquée idéologiquement, même si cela n’est pas immédiatement perceptible. C’est l’analyse de ce que l’on pourrait appeler l’école marxiste d’analyse des relations internationales. Qui voit comme moteur essentiel aux guerres et conflits l’économie, i.e la gestion des ressources. La guerre était le fait des « marchands de canons » au début du XXè siècle. Elle est le fait, depuis les années 30, des pétroliers.
Une grille de lecture qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser à la lecture de l’actualité, s’avère peu pertinente dans le cas des Malouines. L’exploitation des îles avait bien été envisagée dès les années 70. En témoigne le rapport de Lord Shackleton, datant de 1976, actualisé en 1982. Mais l’exploitation était également perçue comme extrêmement difficile en raison notamment des conditions climatiques extrêmes de la zone.
Les causes de la guerre des Malouines sont plus à chercher dans l’orgueil des peuples et dans l’affrontement de deux adversaires schmittéens, plus que du côté du krill. Même si l’exploitation tardive pourrait sembler donner crédit à l’explication par les ressources, c’est oublier le coût élevé, non seulement de la guerre elle-même, mais également celui de l’installation de dispositifs militaires en permanence aux Malouines. La guerre aurait coûté aux Anglais 3 milliards de Livres, ses conséquences (dont la présence militaire aux Malouines) 20 milliards… En 1982, Margaret Thatcher exclut de son cabinet de guerre tout représentant du ministère de l’économie (ou son équivalent). Peu importe le coût, il fallait reconquérir les îles. Et l’Iron Lady n’aurait pas prit les risques liés à une guerre pour une exploitation pétrolière qui ne se concrétiserait que trois décennies plus tard.
Place aux wargames.
Admettons maintenant que les Argentins souhaitent réitérer le coup de poker de 1982. Que se passerait-il ?
Amusant exercice qui occupera les quelques lignes qui suivent. Il s’apparente à l’uchronie, ces « et si ? » parfois brillants comme Tempête rouge ou Fatherland. Il en partagera sans doute un important défaut, c’est à dire l’ignorance de la nature dialectique de la Stratégie. Et il sera très partiel et centré sur les aspects militaires.
Dans le cas présent l’exercice met en jeu une armée britannique en proie à des difficultés budgétaires. Mais son équivalente argentine aussi.
Deux scénarios se dessinent.
Cas 1 – L’Angleterre agit avant que l’Argentine ne conquiert les îles.
Elle dispose de l’outil idéal pour ce genre de mission : le sous-marin nucléaire d’attaque, ou SNA. Véritable capital-ship des flottes modernes avec le porte-avions, il partage avec ce dernier un avantage qui se situe hors du domaine militaire « pur » : il est aussi un outil diplomatique/de dissuasion. Plus qu’une simple frégate, par exemple. Sans connaître les capacités ASM des Argentins, je doute qu’elles soient capables de palier une telle menace. En 1982, c’est un SNA, le HMS Conqueror, qui avait renvoyé l’Armada au port en torpillant le Belgrano.
Hors SNA, la présence militaire permanente aux Malouines est pour le moins plus étoffée qu’en 1982. Au moins un bâtiment type frégate ou destroyer, ce qui change du HMS Endurance, navire de patrouille antarctique armé d’un canon de 20 mm, qui dut faire face seul, en 1982 aux Argentins. Et quatre chasseurs Eurofighters. Cela peut paraître peu, mais c’est peut-être suffisant pour constituer une menace sérieuse pour les Argentins qui n’auraient à opposer que des appareils relativement anciens, quoique rétrofittés. Pour les Argentins, la conquête des îles passe par la neutralisation de ces deux menaces. En une ou deux décennies, équipée de chasseurs modernes, de sous-marins AIP et d’équipages chevronnés, elle pourrait éventuellement, d’un strict point de vue militaire, l’envisager. Si les Anglais ne s’adaptent pas entre-temps.
Cas 2 – Les Argentins sont maîtres des îles. Une flotte de reconquête anglaise approche de l’archipel.
C’est le cas le plus « sportif ».
Pour les combats à terre, les Anglais amèneraient sans doute plus de blindés qu’ils ne l’ont fait en 1982. Blindés légers type Scimitar/Scorpions, dont les quelques exemplaires présents au combat en 1982 s’avérèrent très utiles. Sans doute n’y aurait-il pas de « lourds », type Warrior ou Challenger 2, cauchemars logistiques ambulants.
L’infanterie britannique, et ce serait sans doute un combat d’infanterie, subit les doutes et questionnements inhérents aux armées occidentales. Certains anciens des Malouines la juge incapable de faire ce qu’ils avaient fait en 1982. D’autres diront sans doute qu’elle est trop orientée COIN et pas assez « choc frontal »…
Les combats aéronavals sont autrement plus intéressants. Les Anglais étaient partis en guerre en craignant les sous-marins ennemis, héritage du Second conflit mondial, obsession de la Guerre froide. C’est l’aviation qui constitua leur plus coriace adversaire.
Exit l’Eurofighter, à moins que les Anglais ne trouvent une base aérienne plus proche de l’affrontement. Les ravitailleurs en vol, c’est très bien mais c’est limité quand il s’agit d’offrir une présence permanente à 14000 km de l’aérodrome.
Si l’Histoire se répète, de très vieux Harriers embarqués affronteraient à nouveau des Mirages et A-4 également anciens. A ceci près que les Anglais, moyennant une aide américaine ou européenne, pourraient bricoler les Harriers pour qu’ils tirent le AMRAAM.
Mais l’élément le plus déterminant, ce seraient l’AEW et les CIWS. Armes qui ont brillé par leur absence en 1982. Les CIWS, canons-mitrailleurs automatisés, prélèveraient un lourd tribut aux avions argentins qui tenteraient les attaques à la bombe comme en 1982. Et les Exocets argentins subiraient peut-être le même sort.
En admettant que les CIWS fonctionnent aussi bien que lors des exercices et prévisions. Parce qu’elles n’ont pas brillé au combat jusqu’ici. Il faut admettre qu’elles n’en n’ont pas eu souvent l’occasion non plus.
Par contre, les attaques argentines seraient réalisées en meute et ce coup-ci avec des bombes correctement réglées, contrairement à 1982.
Hors meutes de chasseurs-bombardiers, l’arme la plus efficace des Argentins serait sans doute le couple Exocet-Super Étendard. Et les Argentins l’auraient en cas de conflit surement prévu et acquis plus de missiles Exocets AM-39 qu’ils n’en avaient en 1982, c’est à dire 5.
Mais tant les meutes d’avions que les Super Étendards se heurteraient à un adversaire inexistant aux Malouines en 1982 : l’AEW, l’aéronef d’alerte avancée. L’avion radar, en somme. Les Anglais n’ont pas de quoi lancer le E2C Hawkeye. Mais ils en ont un succédané, tout droit sorti de l’expérience des Malouines : un radar monté sur hélicoptère.
Il détecterait les raids argentins, guiderait efficacement les chasseurs anglais et permettrait une meilleure défense de la flotte britannique.
Tout ceci suppose une réédition de 1982. Mais les Argentins ne commettraient pas deux fois la même erreur et rallongeraient la piste des Malouines pour qu’elle soit capable d’accueillir les Mirages et A-4. Ils attaqueraient ainsi les Britanniques bien avant qu’ils approchent des îles, contrairement à ce qui s’était passé en 1982. De leur côté, les Britanniques utiliseraient leurs missiles de croisière pour réduire à néant certains dispositifs argentins.
Bien équipés en sous-marins AIP et en mines navales, les Argentins pourraient également choisir une autre voie. Et cibler enfin la logistique.
Quoiqu’il en soit, Gordon Brown n’est pas Margaret Thatcher et Cristina Kirchner n’a pas grand chose à voir avec Leopoldo Galtieri. Parce que mener une guerre, cela suppose aussi un grand courage politique et une volonté d’acier.
J’ai hâte de lire les scénarios imaginés par d’autres et, pourquoi pas, les jouer sur ordinateur. Il me semble qu’une carte du mode multijoueur d’Operation Flashpoint permettait de combattre aux Malouines…
La domination du Cyborg continue. Cette fois, c’est la grande et belle Marloes Coenen, vétérante du MMA, qui s’est faite détruire, en trois rounds, par la reine du MMA féminin. Le combat a eu lieu le 30 janvier lors du Strikeforce : Miami.
Marloes, moins pétrifiée que Gina Carano en son temps, a opposé une belle résistance et déployé – en vain – tout son panel technique.
La haltière Néerlandaise, très grande grappleuse, strikeuse extrêmement rapide, a révélé chez l’impressionnante Brésilienne une capacité jusqu’alors inconnue. La Cyborg semble être une bonne encaisseuse. La Mark Hunt (combattant réputé pour sa surhumaine capacité à encaisser les coups sans tomber KO) féminine ? La perspective est effrayante, pour ses adversaires potentielles : elle est indestructible.
Les adversaires potentielles, justement, qui sont elles ? Gina Carano vaincue & vaquant à sa carrière cinématographique, Coenen détruite, qui reste-t-il ?
Mégumi Fujii est meilleure, techniquement, que la Cyborg. Elle est considérée comme la meilleure combattante P4P au monde.
P4P ? Pound for pound. Un excellent combattant de 50 kg se ferait sans doute pulvériser par un combattant médiocre de 120 kg. Pour déterminer qui est le meilleur combattant, ou la meilleure combattante, et comme on ne peut raisonnablement tous les faire s’affronter à cause de leurs différences de poids, on réalise une égalisation de poids imaginaire.
Donc, P4P, la meilleure combattante au monde, très technique, au palmarès impressionnant, c’est la japonaise Mégumi Fujii. Trop légère pour affronter la Cyborg. Il en va de même pour bon nombre de combattantes pesant aux alentours de 50 kg. Cyborg (64 à 74 kg) est tout simplement trop puissante.
A l’heure actuelle, deux adversaires crédibles pour la Cyborg viennent à l’esprit.
Erin Toughill, au physique évoquant un croisement entre Carano et Cyborg. Très bonne boxeuse, redoutée, redoutable, et pas le genre à être intimidée par la Cyborg.
Et Cindy Dandois. La judoka belge n’a qu’un combat à son actif en MMA. Une victoire, mais contre Marloes Coenen, la vétérante. Plus expérimentée, la Belge pourrait surclasser Cyborg dans le combat au sol.
Hors combattantes MMA, il aurait été intéressant de voir Lucia Rijker ou Laila Ali, entraînées en MMA, le temps d’un combat contre la strikeuse sud-américaine.
Prochain combat, sans doute Erin Toughill vs Cris Cyborg. Ca promet d’être saignant.
La dispersion des groupes locaux , qui est le trait le plus immédiatement perceptible de la société primitive, n’est donc pas la cause de la guerre, mais son effet, sa fin spécifique. Quelle est la fonction de la guerre primitive ? Assurer la permanence de la dispersion, du morcellement de l’atomisation des groupes. La guerre primitive, c’est le travail d’une logique du centrifuge, d’une logique de la séparation, qui s’exprime de temps à autre dans le conflit armé. La guerre sert à maintenir chaque communauté dans son indépendance politique. Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’autonomie : c’est pour cela qu’elle ne peut pas, qu’elle ne doit pas cesser, qu’elle est permanente. La guerre est le mode d’existence privilégié de la société primitive en tant qu’elle se distribue en unités sociopolitiques égales, libres et indépendantes : si les ennemis n’existaient pas, il faudrait les inventer.
Pierre Clastres, Archéologie de la violence, éditions de l’aube, collection Monde en cours, 1999, p. 83.
« Mais qu’est ce qu’ils ont contre les pneus ? « , s’était étonné un de mes proches en voyant un entrainement de MMA où une combattante tapait dans un pneu avec une masse. L’un des exercices type du MMA.
Le Japon vient de créer un nouveau type de combats.
Là, ce ne sont pas les pneus qui subissent, mais un autre artefact de nos civilisations machinisées, skycraperisées et sur-urbanisées. Le néon.
Corps ensanglantés, lacérés, intoxiqués, bêtes féroces évoquant ces films dans lesquels un barbare des temps antiques, magie du voyage dans le temps, apparaît à notre époque et entreprend de détruire tout ce qui se trouve sur son passage.

Le MMA est un sport, le sport du XXIème siècle, là où le combat de néons est une attraction douteuse, une caricature débile, une imitation dégénérée. Mais ils se rejoignent sur quelques points. Notamment le corps qui souffre, qui transpire et qui saigne. Dans un monde qui définit la Santé comme étant le bien-être, ils prônent la douleur, la souffrance, la rudesse. Dans des sociétés qui ont pris soin d’évacuer la violence, ils la revendiquent pour mieux la dompter. Dans des civilisations qui ont effacé de l’esprit des hommes les notions d’âpreté , de victoire ou de respect, ils les réintroduisent et les métabolisent. Dans des pays qui promeuvent l’aseptie, leurs pratiquants se roulent dans le sang.

Les propos de Dantec résonnent encore :
C’était comme un “underworld” qui émergeait à la surface du monde prétendûment “civilisé”, tel un tsunami, au milieu d’arénas de 50,000 personnes, au Japon. C’était le 21e siècle, dans toute sa splendeur paradoxale. C’était le retour de l’Âge des Héros au coeur du monde du titane et du silicium.
Ou ceux de David Kersan :
C’est paradoxalement de notre époque hypercool que jaillira une centaine d’autographes de foudre. Une centaine de noms gravés sur un ring sous des pluies de sueur, d’honneur et d’hémoglobine. D’Est en Ouest, du Nord au Sud, une centaine d’hommes dériveront de tous les horizons martiaux pour défendre une certaine idée de l’homme, de l’idée selon laquelle, pour reprendre Alain Finkielkraut, l’homme est une tâche à accomplir. Par le travail, par la sueur, par l’obstination, par l’acceptation de livrer son coeur et son âme au déluge de l’adversité. Dans la cage du MMA flotte l’atmosphère de ceux qui un jour, après des milliers d’heures de sacrifices, ont décidé, pour quelques minutes ou quelques centaines d’heures, de totalement s’abandonner.
Une centaine d’étoiles du Mixed Martial Art (MMA) comme nouvelle galaxie de l’univers martial global. Une centaine d’hommes libres qui ont décidé de devenir créateurs, de livrer leur avenir aux rapides du Réel, de le considérer comme une condition incarnée, un espace-temps où l’on doit faire ses preuves, où l’on doit se dépasser, par l’imperméabilité de leur âme aux tentations, aux revendications, par le respect et l’éclosion de leur corps et leur désir de s’accomplir en acceptant cette adversité panoramique, celle qui peut en une seconde, mettre fin à leur carrière.
Ces hommes ne demandent pas le retrait du réel. Ces hommes ont décidé d’incarner le réel, de l’habiter par l’état maximal de la puissance humaine, de devenir débiteur et créancier de leur propre effort, de leur propre sort, celui de devenir un vrai homme. En langage informatique, le MMA déployé à l’UFC ou au Pride par exemple, deviendrait peu à peu une sorte de nouveau système d’exploitation, sorte de Windows des valeurs en perdition dans le code source d’une société sans hommes, night-clubbeuse, ectoplasmique et revendicative où le sentimentalisme, la compassion coupable et l’amour du roller seraient les qualités les plus valorisées socialement, à l’inverse de la virilité, du sens de l’honneur, du courage qui deviennent l’apanage des « idiots », des « naïfs », voire des « primitifs ».
Du Pride à L’Ultimate Fighting Championship, du Cage Warriors au K-1 World Max, le MMA apparaît de plus en plus comme l’une des ultimes forteresses où l’homme s’écrit miraculeusement dans la trajectoire du courage, de la loyauté, de l’abnégation et de la force, dans le mystère de l’adversité, du rôle majeur qu’elle joue dans nos vies. Les valeurs portées par le MMA seraient ainsi une sorte d’anti-virus au nihilisme viral de notre modernité d’Esclaves.
Le sport d’un monde en crise ?