Falklands War reloaded

« La prédiction est difficile, surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir »


L’ouverture d’une station pétrolière britannique au large des Malouines raviverait les velléités argentines concernant l’archipel.

Et la guerre des Malouines (1982) de revenir sur le devant de la scène. Elle est l’exemple type d’un conflit ayant opposé deux pays pour le contrôle d’une île ou d’un archipel. Conflit dont on craint qu’ils soient amenés à se multiplier.

S’il est relativement peu probable que les Argentins rééditent l’expérience de 1982, des problèmes pourraient survenir en Asie du Sud-Est. Les eaux pullulent d’îles et d’îlots. C’est l’identité de leurs possesseurs, qui pose souvent problème. Et les anciens colonisateurs se sont souvent bien gardés d’être, lors de la décolonisation, très clairs sur ces sujets.

Résultat : ces îles sont des zones de tensions assez importantes. A titre d’exemple, certaines îles furent revendiquées par pas moins de 27 pays. Qu’est ce que la possession de ces îles apporte à un pays ? Pourquoi se battre pour elles ? Pour leur ZEE, Zone Economique Exclusive, avancent beaucoup d’analystes. Sous certaines conditions, posséder une île, pour un pays, c’est pouvoir souverainement exploiter les richesses contenues dans une zone de 200 milles autour de l’île. Ressources halieutiques, mais également ressources des fonds marins.

Le concept de ZEE a été élaboré en 1982, lors de l’achèvement de la convention de Montego Bay. Convention qui a duré une dizaine d’années et qui a élaboré une part importante du Droit de la Mer.

1982, c’est également la date de l’invasion des Malouines par les Argentins et de leur reprise par les Britanniques. Les années 80, c’est l’époque de la croyance en l’entrée dans « l’ère océanique », c’est à dire l’idée que l’on allait coloniser les océans, l’exploration spatiale faisant moins rêver. Cf Abyss, de James Cameron. D’où l’intérêt porté à l’époque pour les ressources maritimes. Exploitation des nodules polymétalliques, le krill (dont il existe d’énormes bancs aux abords des Malouines) en protéine de l’an 2000, autant d’idées irréalistes qui paraissaient crédibles lors de l’année de sortie de Star Trek II et de Dark Crystal

Pour expliquer le coup argentin et la hargne britannique, l’explication par les ressources vint donc immédiatement à l’esprit des experts. Au delà de cette analyse contextuelle, l’explication par les ressources a ceci d’agréable qu’elle est simple et aisément compréhensible. Et marquée idéologiquement, même si cela n’est pas immédiatement perceptible. C’est l’analyse de ce que l’on pourrait appeler l’école marxiste d’analyse des relations internationales. Qui voit comme moteur essentiel aux guerres et conflits l’économie, i.e la gestion des ressources. La guerre était le fait des « marchands de canons » au début du XXè siècle. Elle est le fait, depuis les années 30, des pétroliers.

Une grille de lecture qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser à la lecture de l’actualité, s’avère peu pertinente dans le cas des Malouines. L’exploitation des îles avait bien été envisagée dès les années 70. En témoigne le rapport de Lord Shackleton, datant de 1976, actualisé en 1982. Mais l’exploitation était également perçue comme extrêmement difficile en raison notamment des conditions climatiques extrêmes de la zone.

Les causes de la guerre des Malouines sont plus à chercher dans l’orgueil des peuples et dans l’affrontement de deux adversaires schmittéens, plus que du côté du krill. Même si l’exploitation tardive pourrait sembler donner crédit à l’explication par les ressources, c’est oublier le coût élevé, non seulement de la guerre elle-même, mais également celui de l’installation de dispositifs militaires en permanence aux Malouines. La guerre aurait coûté aux Anglais 3 milliards de Livres, ses conséquences (dont la présence militaire aux Malouines) 20 milliards… En 1982, Margaret Thatcher exclut de son cabinet de guerre tout représentant du ministère de l’économie (ou son équivalent). Peu importe le coût, il fallait reconquérir les îles. Et l’Iron Lady n’aurait pas prit les risques liés à une guerre pour une exploitation pétrolière qui ne se concrétiserait que trois décennies plus tard.

Place aux wargames.

Admettons maintenant que les Argentins souhaitent réitérer le coup de poker de 1982. Que se passerait-il ?
Amusant exercice qui occupera les quelques lignes qui suivent. Il s’apparente à l’uchronie, ces « et si ? » parfois brillants comme Tempête rouge ou Fatherland. Il en partagera sans doute un important défaut, c’est à dire l’ignorance de la nature dialectique de la Stratégie. Et il sera très partiel et centré sur les aspects militaires.

Dans le cas présent l’exercice met en jeu une armée britannique en proie à des difficultés budgétaires. Mais son équivalente argentine aussi.

Deux scénarios se dessinent.

Cas 1 – L’Angleterre agit avant que l’Argentine ne conquiert les îles.

Elle dispose de l’outil idéal pour ce genre de mission : le sous-marin nucléaire d’attaque, ou SNA. Véritable capital-ship des flottes modernes avec le porte-avions, il partage avec ce dernier un avantage qui se situe hors du domaine militaire « pur » : il est aussi un outil diplomatique/de dissuasion. Plus qu’une simple frégate, par exemple. Sans connaître les capacités ASM des Argentins, je doute qu’elles soient capables de palier une telle menace. En 1982, c’est un SNA, le HMS Conqueror, qui avait renvoyé l’Armada au port en torpillant le Belgrano.

Hors SNA, la présence militaire permanente aux Malouines est pour le moins plus étoffée qu’en 1982. Au moins un bâtiment type frégate ou destroyer, ce qui change du HMS Endurance, navire de patrouille antarctique armé d’un canon de 20 mm, qui dut faire face seul, en 1982 aux Argentins. Et quatre chasseurs Eurofighters. Cela peut paraître peu, mais c’est peut-être suffisant pour constituer une menace sérieuse pour les Argentins qui n’auraient à opposer que des appareils relativement anciens, quoique rétrofittés. Pour les Argentins, la conquête des îles passe par la neutralisation de ces deux menaces. En une ou deux décennies, équipée de chasseurs modernes, de sous-marins AIP et d’équipages chevronnés, elle pourrait éventuellement, d’un strict point de vue militaire, l’envisager. Si les Anglais ne s’adaptent pas entre-temps.

Cas 2 – Les Argentins sont maîtres des îles. Une flotte de reconquête anglaise approche de l’archipel.

C’est le cas le plus « sportif ».

Pour les combats à terre, les Anglais amèneraient sans doute plus de blindés qu’ils ne l’ont fait en 1982. Blindés légers type Scimitar/Scorpions, dont les quelques exemplaires présents au combat en 1982 s’avérèrent très utiles. Sans doute n’y aurait-il pas de « lourds », type Warrior ou Challenger 2, cauchemars logistiques ambulants.

L’infanterie britannique, et ce serait sans doute un combat d’infanterie, subit les doutes et questionnements inhérents aux armées occidentales. Certains anciens des Malouines la juge incapable de faire ce qu’ils avaient fait en 1982. D’autres diront sans doute qu’elle est trop orientée COIN et pas assez « choc frontal »…

Les combats aéronavals sont autrement plus intéressants. Les Anglais étaient partis en guerre en craignant les sous-marins ennemis, héritage du Second conflit mondial, obsession de la Guerre froide. C’est l’aviation qui constitua leur plus coriace adversaire.

Exit l’Eurofighter, à moins que les Anglais ne trouvent une base aérienne plus proche de l’affrontement. Les ravitailleurs en vol, c’est très bien mais c’est limité quand il s’agit d’offrir une présence permanente à 14000 km de l’aérodrome.

Si l’Histoire se répète, de très vieux Harriers embarqués affronteraient à nouveau des Mirages et A-4 également anciens. A ceci près que les Anglais, moyennant une aide américaine ou européenne, pourraient bricoler les Harriers pour qu’ils tirent le AMRAAM.
Mais l’élément le plus déterminant, ce seraient l’AEW et les CIWS. Armes qui ont brillé par leur absence en 1982. Les CIWS, canons-mitrailleurs automatisés, prélèveraient un lourd tribut aux avions argentins qui tenteraient les attaques à la bombe comme en 1982. Et les Exocets argentins subiraient peut-être le même sort.

En admettant que les CIWS fonctionnent aussi bien que lors des exercices et prévisions. Parce qu’elles n’ont pas brillé au combat jusqu’ici. Il faut admettre qu’elles n’en n’ont pas eu souvent l’occasion non plus.

Par contre, les attaques argentines seraient réalisées en meute et ce coup-ci avec des bombes correctement réglées, contrairement à 1982.

Hors meutes de chasseurs-bombardiers, l’arme la plus efficace des Argentins serait sans doute le couple Exocet-Super Étendard. Et les Argentins l’auraient en cas de conflit surement prévu et acquis plus de missiles Exocets AM-39 qu’ils n’en avaient en 1982, c’est à dire 5.

Mais tant les meutes d’avions que les Super Étendards se heurteraient à un adversaire inexistant aux Malouines en 1982 : l’AEW, l’aéronef d’alerte avancée. L’avion radar, en somme. Les Anglais n’ont pas de quoi lancer le E2C Hawkeye. Mais ils en ont un succédané, tout droit sorti de l’expérience des Malouines : un radar monté sur hélicoptère.

Il détecterait les raids argentins, guiderait efficacement les chasseurs anglais et permettrait une meilleure défense de la flotte britannique.

Tout ceci suppose une réédition de 1982. Mais les Argentins ne commettraient pas deux fois la même erreur et rallongeraient la piste des Malouines pour qu’elle soit capable d’accueillir les Mirages et A-4. Ils attaqueraient ainsi les Britanniques bien avant qu’ils approchent des îles, contrairement à ce qui s’était passé en 1982. De leur côté, les Britanniques utiliseraient leurs missiles de croisière pour réduire à néant certains dispositifs argentins.

Bien équipés en sous-marins AIP et en mines navales, les Argentins pourraient également choisir une autre voie. Et cibler enfin la logistique.

Quoiqu’il en soit, Gordon Brown n’est pas Margaret Thatcher et Cristina Kirchner n’a pas grand chose à voir avec Leopoldo Galtieri. Parce que mener une guerre, cela suppose aussi un grand courage politique et une volonté d’acier.

J’ai hâte de lire les scénarios imaginés par d’autres et, pourquoi pas, les jouer sur ordinateur. Il me semble qu’une carte du mode multijoueur d’Operation Flashpoint permettait de combattre aux Malouines…

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2010 : La Fin des fins ?

2010, la Fin, l’avenir et Bambi


Le futur apparait un peu plus banal chaque jour qui passe. Depuis la mort de Ballard en avril dernier, un certain ennui abreuve le monde qui nous entoure. Que retenir de cette année 2009 ? Qu’envisager pour cette nouvelle année ?

Deux morts jalonnent 2009 : J.G. Ballard et Michael Jackson. L’un vivait reclus pour anticiper le futur, l’autre vivait au grand jour (même son corps et sa mort étaient publics) pour enterrer le passé. Autopsie d’une siècle de littérature de science-fiction et de musique pop. Et si ces deux formes artistiques étaient en train de mourir, rattrapées par leur propre avenir. Ballard et Jackson, en fournissant la Mort à leurs lecteurs/auditeurs leur permettent ainsi d’aller plus loin qu’eux. Tout deux incarnent un monde qui s’éteint (l’Angleterre d’après guerre, l’Amérique des années 70) et ont entr’aperçu ce que serait l’avenir : une société de cauchemar où tout le monde incarnerait ses propres psychopathologies, en alliance avec la technologie et le marketing. Si Ballard était un oracle, Jackson était la Pythie aux yeux hallucinés, bourré de psychotropes, marionnettes de sa propre destinée. Maintenant que nous sommes débarrassés de ces deux figures tutélaires que va-t’il resté à 2010 ?

Dubaï et ses tours millénaristes, le cinéma et ses visions apocalyptiques, la politique et la prophétisation écologique. Le monde post-Crise™ apparait plus fragmenté encore, comme si la mondialisation n’était qu’un miroir déformant de notre volonté de rétractation. Retour des identités, alors que la notre n’est plus qu’un malstrom numérique, retour au local, alors que nos vies sont délocalisées, psychogéographie de la perte et de l’oubli pour tenter de se re-situer dans un monde perdu dans les ténèbres et la confusion, le monde n’est pas sûr et le danger est nulle part.  SDX sera encore votre guide pour cette nouvelle année. Votre guide et votre salut. Parcqu’il vaut mieux suivre un site internet qu’un gourou à moustache.

Alors si au contrôle à l’aéroport l’on vous demande pour qui vous travaillez et quel est l’objet de votre voyage, répondez : « SDX ». Un petit coup d’œil du coté de l’homme derrière la caméra thermique, un signe de compréhension entre gens qui savent de quoi ils parlent, et de quoi il s’agit, et vous passerez sans encombre. Notre nom est légion, car nous sommes nombreux.

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Autres Dieux, autres savoirs

Plus de savoir, plus de malheur ?


Je ne suis pas d’accord avec Lovecraft quand il dit que la plus ancienne et la plus forte des peurs de l’humanité est celle de l’inconnu. Mais Lovecraft théoricien est souvent en désaccord avec Lovecraft écrivain, car il ignore son propre apport. En effet, l’horreur lovecraftienne est moins une horreur de l’inconnu que de la connaissance. C’est le savoir qui rend fou. Plus de savoir, plus de malheur dit le Qohélet et Lovecraft à sa suite.

Prenons pour exemple une courte nouvelle du cycle du rêve, Les autres Dieu. En à peine plus de 2000 mots Lovecraft nous donne une puissante leçon sur le savoir et ses dangers. Barzai le Sage vivait à Ulthar, de l’autre côté de la rivière Skai. C’était un érudit qui avait lu les sept livres cryptiques de Hsan et les manuscrits pnakotiques. Mais son savoir ne faisait qu’attiser le feu de sa libido sciendi et il voulait contempler les dieux eux-mêmes. Accompagné d’un jeune prête, Atal, son disciple, il gravit le mont Hatheg-Kla où s’ébattent et dansent les dieux certaines nuits.

Après plusieurs jours de marche dans la solitude, presque arrivé au but, Barzai bien que plus âgé, mais animé par l’enthousiasme de sa future découverte, dépasse Atal et contemple les dieux de la Terre. C’est alors que les Autres Dieux apparaissent pour les protéger et font chuter Barzai dans la noirceur du ciel nocturne.

Barzai n’est pas un fou et il a mérité son surnom de sage en conseillant aux habitant d’Ulthar d’interdire de tuer les chats après l’étrange aventure rapportée dans Les chats d’Ulthar. Ce n’est pas un fou, mais son savoir l’aveugle. Il croit sa connaissance des dieux suffisante pour qu’elle le protége d’eux. Il ignore les Autres Dieux. Il n’a pas peur d’eux parce qu’il ne les connaît pas, parce qu’il ne sait même pas qu’ils existent, la peur la plus forte ne saurait être celle de ce qui est inconnu. C’est au moment où ces Dieux se dévoilent à lui, au moment où il les contemple et où il est exhaussé jusqu’à eux par son étrange chute vers le ciel qu’il connaît la plus grande des peurs, celle de ce qui est connu.

Et il est trop tard.

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Ni prince, ni sujet

Rumeurs venues d’un bosquet de bambous



Les lettrés confucianistes prétendent que le Ciel en faisant naître le peuple, établit les princes. Quoi ! l’auguste Ciel aurait-il donné des injonctions expresses et exprimé son vœu en termes précis ?

Ah ! les forts opprimaient les faibles et alors les faibles firent leur soumission. Les malins trompaient les sots et alors les sots se mirent à leur service. Parce qu’il y avait eu soumission, le rapport prince-sujet surgit, et parce qu’il y avait eu service, le peuple impuissant fut dominé. Si c’est ainsi, alors les corvées des soumis viennent de la lutte entre forts et faibles et de l’opposition entre sots et malins. Le Ciel azur n’a vraiment rien à voir ici.

Dans le chaos indivis l’absence des différenciations (ming : noms, désignations) était en honneur et toutes les créatures se réjouissaient de satisfaire leurs désirs. Quand on écorce le cannelier, quand on incise le vernicier, ce n’est pas selon le vœu de l’arbre. Quand on arrache les plumes du faisan ou qu’on déchire le martin-pêcheur, ce n’est pas selon le désir de l’oiseau. Tenir les rênes et tirer sur le mors, n’est point dans la nature du cheval. Porter le joug et transporter des charges, n’est point le plaisir des bœufs. S’opposer de force à la vraie nature, engendre les artifices ; les parures du superflu sont à l’origine de la : destruction de ce qui vit. Attraper les oiseaux en plein vol pour servir d’amusement, perforer leur bec naturellement vierge, ligoter leurs pattes naturellement libres, ce n’est pas là le sens de la vie unanime des dix mille créatures.

Astreindre le peuple aux corvées et nourrir les fonctionnaires, c’est épuiser le peuple pour que les honorables touchent de gros salaires. L’absence de mort vaut mieux que l’obtention de la vie et des joies infinies après la mort. Ne pas céder dès l’origine vaut mieux que céder et renoncer au salaire pour quêter une vaine gloire. Quand l’Empire est en révolte, en désordre, on voit apparaître loyauté et justice. Quand les six degrés de parenté sont désunis, on voit briller pitié filiale et compassion des parents.

Aux temps de la lointaine antiquité, il n’y avait ni prince, ni sujet. On buvait simplement en creusant des puits, on mangeait en labourant les champs. Au lever du soleil, c’était le travail ; au coucher du soleil, c’était le repos. Insouciant, on était libre ; généreux, on était content. Pas de lutte, pas d’affairement, ni honneur, ni honte. Dans les montagnes il n’y avait pas de sentiers et de chemins, sur les eaux il n’y avait pas de bateaux et de ponts. Rivières et vallées étant sans communication, on ne s’expropriait pas mutuellement ; soldats et troupes n’étant pas rassemblés, on ne s’attaquait pas. Puissance et profit ne germaient pas, désordre et calamités n’arrivaient point. On ne se servait pas de boucliers et de lances, on n’établissait pas de fortifications ni de fossés. Les dix mille êtres communiaient dans une égalité mystérieuse (xuantong) et s’oubliaient dans la Voie (Dao). Les maladies contagieuses ne se propageaient pas et le peuple terminait sa longue vie par une mort naturelle. Les hommes avaient un cœur pur et innocent, les sentiments de ruse n’étaient point nés. Ayant de quoi manger, ils étaient contents, se tapotaient le ventre et s’en allaient se promener. Leurs paroles étaient sans fioritures, leurs actes sans ornements. Comment les exactions multiples pour arracher le bien du peuple eussent-elles été possibles? Comment les fosses et les trappes, ces sévères châtiments, eussent-ils pu être conçus ?

Lorsque arriva la fin de cette époque, le savoir devint utile et l’artifice naquit. La Voie et la Vertu (Dao et de) décadentes, la hiérarchie fut établie. On multiplia les rites de promotion et de dégradation, de diminution et d’augmentation ; on orna les robes et les bonnets de sacrifices et les costumes d’offrandes au (Ciel) bleu et à la (Terre) jaune. On éleva des constructions de terre et de bois jusqu’aux nuages, on mit du rouge et du vert jusqu’aux poutres et aux solives. Les précipices furent bouleversés en quête de joyaux, les gouffres pénétrés à la recherche de perles. Quand bien même les jades eussent été drus comme la forêt, ils n’eussent point suffi pour arriver à bout des vicissitudes des hommes ; et quand bien même l’or eût été accumulé en monceaux, il n’eût point suffi à leurs dépenses. Ils s’abandonnèrent à la perversion et se détournèrent de l’origine première (dashi ben, litt. : la racine, l’essence du Grand Commencement). Ils s’éloignaient de leur patrimoine de jour en jour et tournaient le dos de plus en plus à la simplicité originelle (pu). Ils fabriquaient des armes pointues et tranchantes et éternisaient la calamité des usurpations et des empiétements. Leur seul souci était que les arbalètes fussent assez fortes, les boucliers assez solides, les lances assez tranchantes, les défenses assez épaisses. Mais quand il n’y a pas d’oppression et de violence, ces soucis peuvent Être écartés.

C’est pourquoi je dis : qui pourrait faire des sceptres sans détruire le jade vierge ? Et pourquoi s’attacherait-on à l’altruisme et à la justice (ren et yi) si la Voie et la Vertu n’étaient pas ruinées? Pourquoi des tyrans comme Jie et Zhou peuvent-ils brûler les hommes, massacrer les censeurs, couper en morceaux leurs dignitaires, déchiqueter leurs barons, découper les cœurs et broyer les os, épuiser toutes les possibilités du mal, employer toutes les tortures cruelles (litt. : jusqu’à rôtir et. griller) ? Tous ces tyrans, redevenus de simples homme du commun, comment pourraient-ils déployer leur nature même si elle était cruelle ? Qu’ils arrivent à montrer leur cruauté, à donner libre cours à leur perversité et découper l’Empire comme des bouchers, cela vient de leur état de prince qui les autorise à suivre leur bon plaisir. Le rapport prince-sujet une fois établi, la méchanceté de la foule s’accroît journellement. C’est alors qu’on se révolte dans les fers et qu’on peine nilieu de la boue et de la poussière, que le Souverain tremble du haut de son temple ancestral et que le peuple est harassé dans sa détresse. On voudrait l’enfermer dans les rites et les règles, le corriger par des châtiments et des punitions. Autant vouloir, ayant fait éclater des houles terribles et excité des flots insondables, les calmer avec une pincée de terre ou les | endiguer avec les doigts et les paumes.

Pao Ching-yen (Bao Jingyan) [405-466] cité in Etienne Balazs, « Entre révolte nihiliste et évasion mystique. Les courants intellectuels en Chine au IIIe siècle de notre ère » in La bureaucratie céleste. Recherches sur l’économie et la société de la Chine traditionnelle, Paris, 1968.

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Oasis des mers, un paquebot prophétique ?

Cauchemar flottant ou paradis apocalyptique


oasis3

L’Oasis of The Seas va effectuer son voyage inaugural dans la mer des Caraïbes en décembre. Passons les superlatifs le caractérisant, et penchons-nous sur ce que ce navire peut dévoiler de notre avenir.

Une enclave flottante pour État submergé.

Avec le réchauffement climatique, de nombreux pays avec une façade maritime potentiellement submersible pourraient avoir besoin de ce genre de paquebot pour déplacer/exiler/interner une partie de leur population. Que ce soit par la force, ou par obligation, ces navires réaménagés vont accueillir des réfugiés climatiques tels des Exodus luxueux du XXIème siècle. Bidonvilles flottants pour des pays pauvres comme le Bangladesh, ou véritable suburbia high-tech flottante pour des pays riches (Danemark, Hollande, Japon), ces « pays naviguant » vont poser des problèmes quant à leur ravitaillement, à leur port d’attache (néo-colonisation des escales ?), à leur économie nomade et même à leur impact sur l’environnement.

Zone de quarantaine flottante / Zone sûre flottante

Avec la pandémie de grippe H1N1 qui guette, la résurgence de tout un tas de fléaux plus ou moins génocidaires, certains gouvernements vont avoir envie de mettre en quarantaine plusieurs centaines de leurs ressortissants. Quoi de mieux qu’un paquebot. Évidemment ce genre de mesure s’appliquerait principalement à des personnalités (politiciens, footballeurs, élites médiatiques et financières) qui peuvent bénéficier de toute l’attention dont ils ont droit eu égard à leur rang. Quelques jours sur un paquebot de luxe en attendant les résultats de leur test à la peste noire en sirotant un martini, quoi de plus hype ? En poussant la logique plus loin, on peut imaginer aussi des populations s’isolant des foyers infectieux, en parcourant les mers et les océans, afin d’éviter la contagion. Divers gouvernements et chefs d’États navigueraient loin de leurs pays centralisés, traitant les affaires par liaisons satellites alors que les morts sont ramassés à même les rues, des stars offriraient au monde leur spectacle en streaming, dans un zone sûre de l’Océan Pacifique (Rihanna chantera d’ailleurs à l’inauguration du Oasis of the Seas en décembre depuis les Caraïbes).

oasis2TAZ défiscalisée / Zone de Non-droit

Alors que la Crise™ continue de déferler sur nos côtes économiques, que les déficits se creusent plus vite que la Mer Rouge devant Moïse, de nombreux contribuables des pays industrialisés vont décider, sous le poids des nouvelles fiscalités vertes, anti-Crise™, et j’en passe, de s’exiler fiscalement. Et quoi de mieux qu’un bateau battant pavillon panaméen naviguant dans les eaux internationales ? Il suffit de payer un droit d’installation, de ne participer qu’aux frais de gestion du navire, et ensuite ils peuvent profiter de la belle vie pour de nombreuses années. Certains retraités ont déjà fait le choix de vivre ad mortem dans une luxueuse cabine d’un de ses palais flottants. Sans droit de succession, sans impôt locaux. Les occupants peuvent ainsi choisir qui a le droit de venir sur leur havre de paix. Législation anti-enfant, voire eugéniste, apartheid social et/ou racial, toutes les combinaisons sont envisageables.

En poussant la logique plus loin, ce genre de navire pourrait aussi accueillir tout un tas d’activités illégales dans de nombreux pays : alcool, tabac (eh oui on y arrive), drogues, prostitutions, pédophilies, jeux d’argent, meurtres pour loisir, etc. Dédouanées des juridictions partisanes, ces paradis flottants peuvent offrir à ses hôtes des plaisirs interdits sur terre. Et ce, en toute impunité.

Autres scénarios, catégorie inclassable

Bien sûr des éléments extérieurs peuvent égayer cette croisière. Imaginons une transposition du roman I.G.H. de J.G Ballard sur ce luxueux jouet flottant. Les premières classes et les secondes classes pourraient s’affronter dans une guerre de tranchée de coursives. Abandonnée à la violence de ses occupants, errant dans les mers du sud, les différentes tribus le composant, Bronzés, Vieilles-Peau, Hippie-Yuppies et autres, se livrant à une guérilla éternelle autour des piscines, sur les ponts inférieurs et supérieurs, crucifiant les prisonniers à l’heure du cocktail, faisant des actes de pirateries sur des bateaux venus à leur secours.

ROYAL CARIBBEAN INTERNATIONAL OASIS OF THE SEAS

Une épidémie de zombisme se déclare un matin d’avril. Près de la moitié des occupants sont infectés durant la première semaine. Pendant un mois, le navire est laissé à la merci des hordes de mort-vivants qui déciment les quelques passagers encore sain. La compagnie et l’armateur ne disent rien aux autorités, espérant régler le problème eux-même avant que leur action en bourse ne s’effondre. Peine perdue, une vidéo amateur d’une orgie cannibale au pied du mur d’escalade est postée sur Youtube par un skipper croisant le navire près d’Haïti. Le monde est effaré de voir 6000 zombies libres, perdus au milieu de l’Atlantique.

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ARMA II : rengagez-vous !

Retrouvez la nouvelle version de la simulation de guerre « canal historique »


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