OTAN savoir à quoi ça sert…
Forgée à l’heure de la guerre froide contre le Pacte de Varsovie, l’OTAN se cherche un nouveau concept stratégique. L’ Alliance a actuellement pour but d’être capable de mener simultanément deux opérations majeures (60000 hommes) et 6 opérations mineures (25000 hommes).
Son principal apport technique est l’interopérabilité : l’Alliance est un intégrateur qui transforme les forces européennes en auxiliaires des troupes US. La subordination des européens n’est pas totale car dans son cadre des armes nucléaires US sont mises en oeuvre par des équipages européens, avec partage de la décision d’emploi (« détail » fondamental, inconnu des opinions publiques).
A l’heure où les missions de l’OTAN prennent la forme de corps expéditionnaires engagés pour longtemps (cf. Afghanistan), où une nouvelle course aux armements a lieu à l’échelle mondiale, où l’administration Obama souhaite se désengager et laisser les européens assumer leur défense (fait révélateur : le financement des études sur l’OTAN a disparu de tous les think tanks) le danger d’une dilution de l’Alliance, fondamentale pour la stabilité de l’Europe occidentale, est bien réel. Sachant que 5 pays assurent 75% de ses ressources, l’ère de la défense assurée gratuitement par le grand frère américain est terminée pour la plupart des 28 pays adhérents.
« La prédiction est difficile, surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir »
L’ouverture d’une station pétrolière britannique au large des Malouines raviverait les velléités argentines concernant l’archipel.
Et la guerre des Malouines (1982) de revenir sur le devant de la scène. Elle est l’exemple type d’un conflit ayant opposé deux pays pour le contrôle d’une île ou d’un archipel. Conflit dont on craint qu’ils soient amenés à se multiplier.
S’il est relativement peu probable que les Argentins rééditent l’expérience de 1982, des problèmes pourraient survenir en Asie du Sud-Est. Les eaux pullulent d’îles et d’îlots. C’est l’identité de leurs possesseurs, qui pose souvent problème. Et les anciens colonisateurs se sont souvent bien gardés d’être, lors de la décolonisation, très clairs sur ces sujets.
Résultat : ces îles sont des zones de tensions assez importantes. A titre d’exemple, certaines îles furent revendiquées par pas moins de 27 pays. Qu’est ce que la possession de ces îles apporte à un pays ? Pourquoi se battre pour elles ? Pour leur ZEE, Zone Economique Exclusive, avancent beaucoup d’analystes. Sous certaines conditions, posséder une île, pour un pays, c’est pouvoir souverainement exploiter les richesses contenues dans une zone de 200 milles autour de l’île. Ressources halieutiques, mais également ressources des fonds marins.
Le concept de ZEE a été élaboré en 1982, lors de l’achèvement de la convention de Montego Bay. Convention qui a duré une dizaine d’années et qui a élaboré une part importante du Droit de la Mer.
1982, c’est également la date de l’invasion des Malouines par les Argentins et de leur reprise par les Britanniques. Les années 80, c’est l’époque de la croyance en l’entrée dans « l’ère océanique », c’est à dire l’idée que l’on allait coloniser les océans, l’exploration spatiale faisant moins rêver. Cf Abyss, de James Cameron. D’où l’intérêt porté à l’époque pour les ressources maritimes. Exploitation des nodules polymétalliques, le krill (dont il existe d’énormes bancs aux abords des Malouines) en protéine de l’an 2000, autant d’idées irréalistes qui paraissaient crédibles lors de l’année de sortie de Star Trek II et de Dark Crystal…
Pour expliquer le coup argentin et la hargne britannique, l’explication par les ressources vint donc immédiatement à l’esprit des experts. Au delà de cette analyse contextuelle, l’explication par les ressources a ceci d’agréable qu’elle est simple et aisément compréhensible. Et marquée idéologiquement, même si cela n’est pas immédiatement perceptible. C’est l’analyse de ce que l’on pourrait appeler l’école marxiste d’analyse des relations internationales. Qui voit comme moteur essentiel aux guerres et conflits l’économie, i.e la gestion des ressources. La guerre était le fait des « marchands de canons » au début du XXè siècle. Elle est le fait, depuis les années 30, des pétroliers.
Une grille de lecture qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser à la lecture de l’actualité, s’avère peu pertinente dans le cas des Malouines. L’exploitation des îles avait bien été envisagée dès les années 70. En témoigne le rapport de Lord Shackleton, datant de 1976, actualisé en 1982. Mais l’exploitation était également perçue comme extrêmement difficile en raison notamment des conditions climatiques extrêmes de la zone.
Les causes de la guerre des Malouines sont plus à chercher dans l’orgueil des peuples et dans l’affrontement de deux adversaires schmittéens, plus que du côté du krill. Même si l’exploitation tardive pourrait sembler donner crédit à l’explication par les ressources, c’est oublier le coût élevé, non seulement de la guerre elle-même, mais également celui de l’installation de dispositifs militaires en permanence aux Malouines. La guerre aurait coûté aux Anglais 3 milliards de Livres, ses conséquences (dont la présence militaire aux Malouines) 20 milliards… En 1982, Margaret Thatcher exclut de son cabinet de guerre tout représentant du ministère de l’économie (ou son équivalent). Peu importe le coût, il fallait reconquérir les îles. Et l’Iron Lady n’aurait pas prit les risques liés à une guerre pour une exploitation pétrolière qui ne se concrétiserait que trois décennies plus tard.
Place aux wargames.
Admettons maintenant que les Argentins souhaitent réitérer le coup de poker de 1982. Que se passerait-il ?
Amusant exercice qui occupera les quelques lignes qui suivent. Il s’apparente à l’uchronie, ces « et si ? » parfois brillants comme Tempête rouge ou Fatherland. Il en partagera sans doute un important défaut, c’est à dire l’ignorance de la nature dialectique de la Stratégie. Et il sera très partiel et centré sur les aspects militaires.
Dans le cas présent l’exercice met en jeu une armée britannique en proie à des difficultés budgétaires. Mais son équivalente argentine aussi.
Deux scénarios se dessinent.
Cas 1 – L’Angleterre agit avant que l’Argentine ne conquiert les îles.
Elle dispose de l’outil idéal pour ce genre de mission : le sous-marin nucléaire d’attaque, ou SNA. Véritable capital-ship des flottes modernes avec le porte-avions, il partage avec ce dernier un avantage qui se situe hors du domaine militaire « pur » : il est aussi un outil diplomatique/de dissuasion. Plus qu’une simple frégate, par exemple. Sans connaître les capacités ASM des Argentins, je doute qu’elles soient capables de palier une telle menace. En 1982, c’est un SNA, le HMS Conqueror, qui avait renvoyé l’Armada au port en torpillant le Belgrano.
Hors SNA, la présence militaire permanente aux Malouines est pour le moins plus étoffée qu’en 1982. Au moins un bâtiment type frégate ou destroyer, ce qui change du HMS Endurance, navire de patrouille antarctique armé d’un canon de 20 mm, qui dut faire face seul, en 1982 aux Argentins. Et quatre chasseurs Eurofighters. Cela peut paraître peu, mais c’est peut-être suffisant pour constituer une menace sérieuse pour les Argentins qui n’auraient à opposer que des appareils relativement anciens, quoique rétrofittés. Pour les Argentins, la conquête des îles passe par la neutralisation de ces deux menaces. En une ou deux décennies, équipée de chasseurs modernes, de sous-marins AIP et d’équipages chevronnés, elle pourrait éventuellement, d’un strict point de vue militaire, l’envisager. Si les Anglais ne s’adaptent pas entre-temps.
Cas 2 – Les Argentins sont maîtres des îles. Une flotte de reconquête anglaise approche de l’archipel.
C’est le cas le plus « sportif ».
Pour les combats à terre, les Anglais amèneraient sans doute plus de blindés qu’ils ne l’ont fait en 1982. Blindés légers type Scimitar/Scorpions, dont les quelques exemplaires présents au combat en 1982 s’avérèrent très utiles. Sans doute n’y aurait-il pas de « lourds », type Warrior ou Challenger 2, cauchemars logistiques ambulants.
L’infanterie britannique, et ce serait sans doute un combat d’infanterie, subit les doutes et questionnements inhérents aux armées occidentales. Certains anciens des Malouines la juge incapable de faire ce qu’ils avaient fait en 1982. D’autres diront sans doute qu’elle est trop orientée COIN et pas assez « choc frontal »…
Les combats aéronavals sont autrement plus intéressants. Les Anglais étaient partis en guerre en craignant les sous-marins ennemis, héritage du Second conflit mondial, obsession de la Guerre froide. C’est l’aviation qui constitua leur plus coriace adversaire.
Exit l’Eurofighter, à moins que les Anglais ne trouvent une base aérienne plus proche de l’affrontement. Les ravitailleurs en vol, c’est très bien mais c’est limité quand il s’agit d’offrir une présence permanente à 14000 km de l’aérodrome.
Si l’Histoire se répète, de très vieux Harriers embarqués affronteraient à nouveau des Mirages et A-4 également anciens. A ceci près que les Anglais, moyennant une aide américaine ou européenne, pourraient bricoler les Harriers pour qu’ils tirent le AMRAAM.
Mais l’élément le plus déterminant, ce seraient l’AEW et les CIWS. Armes qui ont brillé par leur absence en 1982. Les CIWS, canons-mitrailleurs automatisés, prélèveraient un lourd tribut aux avions argentins qui tenteraient les attaques à la bombe comme en 1982. Et les Exocets argentins subiraient peut-être le même sort.
En admettant que les CIWS fonctionnent aussi bien que lors des exercices et prévisions. Parce qu’elles n’ont pas brillé au combat jusqu’ici. Il faut admettre qu’elles n’en n’ont pas eu souvent l’occasion non plus.
Par contre, les attaques argentines seraient réalisées en meute et ce coup-ci avec des bombes correctement réglées, contrairement à 1982.
Hors meutes de chasseurs-bombardiers, l’arme la plus efficace des Argentins serait sans doute le couple Exocet-Super Étendard. Et les Argentins l’auraient en cas de conflit surement prévu et acquis plus de missiles Exocets AM-39 qu’ils n’en avaient en 1982, c’est à dire 5.
Mais tant les meutes d’avions que les Super Étendards se heurteraient à un adversaire inexistant aux Malouines en 1982 : l’AEW, l’aéronef d’alerte avancée. L’avion radar, en somme. Les Anglais n’ont pas de quoi lancer le E2C Hawkeye. Mais ils en ont un succédané, tout droit sorti de l’expérience des Malouines : un radar monté sur hélicoptère.
Il détecterait les raids argentins, guiderait efficacement les chasseurs anglais et permettrait une meilleure défense de la flotte britannique.
Tout ceci suppose une réédition de 1982. Mais les Argentins ne commettraient pas deux fois la même erreur et rallongeraient la piste des Malouines pour qu’elle soit capable d’accueillir les Mirages et A-4. Ils attaqueraient ainsi les Britanniques bien avant qu’ils approchent des îles, contrairement à ce qui s’était passé en 1982. De leur côté, les Britanniques utiliseraient leurs missiles de croisière pour réduire à néant certains dispositifs argentins.
Bien équipés en sous-marins AIP et en mines navales, les Argentins pourraient également choisir une autre voie. Et cibler enfin la logistique.
Quoiqu’il en soit, Gordon Brown n’est pas Margaret Thatcher et Cristina Kirchner n’a pas grand chose à voir avec Leopoldo Galtieri. Parce que mener une guerre, cela suppose aussi un grand courage politique et une volonté d’acier.
J’ai hâte de lire les scénarios imaginés par d’autres et, pourquoi pas, les jouer sur ordinateur. Il me semble qu’une carte du mode multijoueur d’Operation Flashpoint permettait de combattre aux Malouines…
Qui n’a jamais rêvé d’avoir la vision du Predator ?
Les drones américains, dont l’emblématique Predator, seraient piratés par les insurgés. Ceux-ci intercepteraient les images prises par les drones.
En effet, selon le Wall Street Journal, il est possible d’intercepter des images transmises par un drone en utilisant des logiciels qui permettent de pirater les émissions télévisées par satellite, comme le programme SkyGrabber que l’on peut télécharger sur Internet pour la modique somme de 26 dollars. L’armée américaine s’en est aperçue en juillet dernier, en consultant les informations contenues dans le disque dur d’un ordinateur portable appartenant à un insurgé chiite. C’est ainsi que des fichiers vidéo provenant de drones ont été découverts.

Pour l’instant, pas de prise de contrôle d’un drone, encore heureux.
Mais des terroristes ou des acteurs non-étatiques même aux moyens limités peuvent élaborer leurs propres drones.
An unmanned drone being built by an engineer on Long Island sparked a large counter-terrorism investigation across the New York area, officials tell WNBC.com. Police said they had stumbled upon overnight testing of the drone at a little-used airstrip in Calverton, Long Island.
The investigation began in February of last year, when investigators first learned testing of the drone was underway. Officials said the drone was being designed to carry more than 600 pounds of explosives.
Quoi qu’il en soit, le cryptage est évoqué comme solution au problème de l’interception des données. Un autre moyen, assez radical, serait d’augmenter l’autonomie des drones, leur capacité à prendre des décisions…
If it’s not on the menu, it’s not going to eat it
If it’s not on the menu, it’s not going to eat it
L’Energetically Autonomous Tactical Robot (EATR) est un robot mis au point par la Robotic Technology Inc. pour le marché militaire. Ce n’est pas le premier robot destiné à l’usage des forces armées des Etats-Unis, mais c’est le premier à posséder la capacité d’être autosuffisant du point de vue énergétique. En effet, EATR est conçu pour transformer de la matière biologique en énergie.
Dans un premier temps, certains médias ont rapporté de façon erronée que la matière biologique à partir de laquelle EATR pouvait produire de l’énergie incluait les cadavres humains dont on sait la propension à gésir de-ci de-là sur les champs de bataille. Cela est faux et le Docteur Bob Finkelstein précise bien que « si ce n’est pas sur le menu, ce ne sera pas mangé » et que l’homme n’est pas au menu.
Il faut dire que le respect des morts au combat est un des traits constitutifs du modèle occidental de la guerre. Il se trouve même précisé par l’article 15 de la convention de Genève. Cependant, on sait très bien que la mutilation des cadavres est aussi un trait commun des guerres qui durent. Que fera-t-on si le cas se présente où un robot « mange » ce qui n’est pas au menu ? Soit par accident (des débris humains dans une flaque d’essence), soit par l’intention du programmateur (un virus qui rendrait ces robots anthropophages), soit encore par une ratée de la programmation ou une adaptation de celle-ci aux réalités du champ de bataille (un robot dans le désert doit-il mourir de faim plutôt que de se nourrir d’un cadavre humain ?).
Cela ouvre d’étranges perspectives pour les spécialistes du droit de la guerre. D’autant que la vigueur avec laquelle le Docteur Finkelstein de Robotic Technology Inc. affirme que ces machines ne mangeront pas le corps des morts laisse deviner qu’il y a pensé…
Comment perdre d’un côté ce que l’on a gagné de l’autre
Scorpius vient de me signaler un billet particulièrement hilarant sur une certaine incohérence de l’attitude occidentale à l’égard de l’Islam. Il s’agit en l’occurrence d’un étrange cas de dédoublement de personnalité.
Tout le monde se souvient du General Order #1 ? Toutes les troupes en Irak et en Afghanistan (et moi-même, en tant que conseiller civil auprès de l’armée) vivent sous son autorité, afin d’éviter d’offenser nos hôtes musulmans. Je soupçonne qu’il a été inspiré par les gens qui nous ont taxés d’être des croisés, pourtant, dans une certaine mesure, il ressemble à l’original de la loi des Pauvres Chevaliers du Temple : pas d’activité sexuelle, pas de magazines osés, pas d’alcool, pas de visites aux soldats du sexe opposé dans leurs quartiers, pas de jeux de hasard, pas de tout ce qui peut être ne serait-ce qu’un peu choquant.
En effet, on se souvient très bien de cela. Au temps de la seconde guerre d’Indochine, la fameuse guerre du Viêt-nam, on appelait cela, à Washington, gagner les cœurs et les âmes (winning over the hearts and minds). C’est certes très contraignant et même un peu humiliant pour les soldats d’une armée victorieuse de se voir imposer son mode de vie par les vaincus, mais d’un point de vue global, cela se défend largement.
En fait, le problème de l’auteur du billet est moins de dénoncer cela que de faire remarquer qu’il y a une petite incohérence à imposer cela au soldat quand l’ambassade des Etats-Unis organise au Baghdaddy, le pub de l’association des employés de l’ambassade… une Gay Pride !
Tank il y aura des hommes
Quelques observations sur le char :

— Si les unités blindées portent le nom de cavalerie, le char tient plus du fantassin que du cavalier. C’est le déficit en infanterie consécutif aux saignées de 1914 qui incitera les armées à développer les chars. Lire à ce sujet l’excellent La chair et l’acier de Micher Goya. Le blitzkrieg peut être vu comme la motorisation des stosstruppen, fantassins d’élite allemands de 14-18. Leur percée de 1918 s’achèvera suite à l’épuisement des hommes. La motorisation aurait palié les insuffisances de l’humain.

— Ce super-fantassin blindé est apparu dans les tranchées, un terrain souvent boueux évoquant les marécages. Il est né de la mer : en 14-18, il est pensé comme un cuirassé terrestre, ses canons viennent de la marine, ses tireurs sont entraînés à bord des navires. Equipé de chenilles, il évolue très près du sol. Comme les premières créatures à avoir colonisé la terre, comme le bébé avant qu’il apprenne à marcher.

— Quand il quitte la boue de ses origines pour la ville, la montagne ou la forêt, sa puissance est remise en question. Il devient pataud, il n’est pas dans son élément. Le fantassin, débarqué du char protecteur et bientôt nourricier, est plus à l’aise. Mais il est infiniment plus fragile.

— Les exoquelettes vont — peut-être— dresser le char sur deux jambes, le faire évoluer. Et finaliser une fusion homme-machine entamée il y a 80 ans pour la machine qui a accueilli l’homme en son sein, il y a plusieurs millénaires pour l’homme quand il a commencé à se couvrir de métal.
