Armbar – Top 10
Bras dessus, bras dessous…
Si les ennemis n’existaient pas, il faudrait les inventer
La dispersion des groupes locaux , qui est le trait le plus immédiatement perceptible de la société primitive, n’est donc pas la cause de la guerre, mais son effet, sa fin spécifique. Quelle est la fonction de la guerre primitive ? Assurer la permanence de la dispersion, du morcellement de l’atomisation des groupes. La guerre primitive, c’est le travail d’une logique du centrifuge, d’une logique de la séparation, qui s’exprime de temps à autre dans le conflit armé. La guerre sert à maintenir chaque communauté dans son indépendance politique. Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’autonomie : c’est pour cela qu’elle ne peut pas, qu’elle ne doit pas cesser, qu’elle est permanente. La guerre est le mode d’existence privilégié de la société primitive en tant qu’elle se distribue en unités sociopolitiques égales, libres et indépendantes : si les ennemis n’existaient pas, il faudrait les inventer.
Pierre Clastres, Archéologie de la violence, éditions de l’aube, collection Monde en cours, 1999, p. 83.
Wanderlei Silva – Face surgery
Trailer d’un docu sur le grappling
A contre courant
« Mais qu’est ce qu’ils ont contre les pneus ? « , s’était étonné un de mes proches en voyant un entrainement de MMA où une combattante tapait dans un pneu avec une masse. L’un des exercices type du MMA.
Le Japon vient de créer un nouveau type de combats.
Là, ce ne sont pas les pneus qui subissent, mais un autre artefact de nos civilisations machinisées, skycraperisées et sur-urbanisées. Le néon.
Corps ensanglantés, lacérés, intoxiqués, bêtes féroces évoquant ces films dans lesquels un barbare des temps antiques, magie du voyage dans le temps, apparaît à notre époque et entreprend de détruire tout ce qui se trouve sur son passage.

Le MMA est un sport, le sport du XXIème siècle, là où le combat de néons est une attraction douteuse, une caricature débile, une imitation dégénérée. Mais ils se rejoignent sur quelques points. Notamment le corps qui souffre, qui transpire et qui saigne. Dans un monde qui définit la Santé comme étant le bien-être, ils prônent la douleur, la souffrance, la rudesse. Dans des sociétés qui ont pris soin d’évacuer la violence, ils la revendiquent pour mieux la dompter. Dans des civilisations qui ont effacé de l’esprit des hommes les notions d’âpreté , de victoire ou de respect, ils les réintroduisent et les métabolisent. Dans des pays qui promeuvent l’aseptie, leurs pratiquants se roulent dans le sang.

Les propos de Dantec résonnent encore :
C’était comme un “underworld” qui émergeait à la surface du monde prétendûment “civilisé”, tel un tsunami, au milieu d’arénas de 50,000 personnes, au Japon. C’était le 21e siècle, dans toute sa splendeur paradoxale. C’était le retour de l’Âge des Héros au coeur du monde du titane et du silicium.
Ou ceux de David Kersan :
C’est paradoxalement de notre époque hypercool que jaillira une centaine d’autographes de foudre. Une centaine de noms gravés sur un ring sous des pluies de sueur, d’honneur et d’hémoglobine. D’Est en Ouest, du Nord au Sud, une centaine d’hommes dériveront de tous les horizons martiaux pour défendre une certaine idée de l’homme, de l’idée selon laquelle, pour reprendre Alain Finkielkraut, l’homme est une tâche à accomplir. Par le travail, par la sueur, par l’obstination, par l’acceptation de livrer son coeur et son âme au déluge de l’adversité. Dans la cage du MMA flotte l’atmosphère de ceux qui un jour, après des milliers d’heures de sacrifices, ont décidé, pour quelques minutes ou quelques centaines d’heures, de totalement s’abandonner.
Une centaine d’étoiles du Mixed Martial Art (MMA) comme nouvelle galaxie de l’univers martial global. Une centaine d’hommes libres qui ont décidé de devenir créateurs, de livrer leur avenir aux rapides du Réel, de le considérer comme une condition incarnée, un espace-temps où l’on doit faire ses preuves, où l’on doit se dépasser, par l’imperméabilité de leur âme aux tentations, aux revendications, par le respect et l’éclosion de leur corps et leur désir de s’accomplir en acceptant cette adversité panoramique, celle qui peut en une seconde, mettre fin à leur carrière.
Ces hommes ne demandent pas le retrait du réel. Ces hommes ont décidé d’incarner le réel, de l’habiter par l’état maximal de la puissance humaine, de devenir débiteur et créancier de leur propre effort, de leur propre sort, celui de devenir un vrai homme. En langage informatique, le MMA déployé à l’UFC ou au Pride par exemple, deviendrait peu à peu une sorte de nouveau système d’exploitation, sorte de Windows des valeurs en perdition dans le code source d’une société sans hommes, night-clubbeuse, ectoplasmique et revendicative où le sentimentalisme, la compassion coupable et l’amour du roller seraient les qualités les plus valorisées socialement, à l’inverse de la virilité, du sens de l’honneur, du courage qui deviennent l’apanage des « idiots », des « naïfs », voire des « primitifs ».
Du Pride à L’Ultimate Fighting Championship, du Cage Warriors au K-1 World Max, le MMA apparaît de plus en plus comme l’une des ultimes forteresses où l’homme s’écrit miraculeusement dans la trajectoire du courage, de la loyauté, de l’abnégation et de la force, dans le mystère de l’adversité, du rôle majeur qu’elle joue dans nos vies. Les valeurs portées par le MMA seraient ainsi une sorte d’anti-virus au nihilisme viral de notre modernité d’Esclaves.
Le sport d’un monde en crise ?