10e Chambre, instants d’audience

Juge la justice


De mai à juillet 2003, Raymond Depardon et son équipe ont obtenu l’autorisation exceptionnelle de filmer le déroulement des audiences de la 10ème Chambre Correctionnelle de Paris. Dix ans après Délits flagrants, le cinéaste poursuit sa démarche en nous proposant ce nouveau documentaire citoyen, témoignage inédit sur le fonctionnement de la machine judiciaire.
De la simple convocation pour conduite en état d’ivresse aux déférés de la nuit, 10e chambre nous plonge dans le quotidien d’un tribunal : douze affaires, douze histoires d’hommes et de femmes qui se sont, un jour, retrouvés face à la justice.

L’avant-dernier cas — celui du sociologue —, a fait couler beaucoup d’encre et d’électrons.

Vos commentaires -sur le documentaire et sur ce cas-, sont les bienvenus.

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Mimétisme


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Honor Blackman


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Des filles qui en ont et qui en veulent


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RHex Robot

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Ce robot a une mobilité très impressionnante.

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La leçon des Malouines

Petit cours de politique appliquée


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Pendant la crise des Malouines, François Mitterrand aura une conversation avec Margaret Thatcher. Il raccrocha le combiné après avoir assuré l’Iron Lady de son soutien et, pensif, aura cette phrase rapportée par Jacques Attali dans Verbatim :

Je l’admire…  ou je l’envie ?.

Tout est dit. Rares sont les phrases qui en dévoilent autant sur un homme, un chef d’Etat, et sur sa fonction.

La guerre ne laissait pas insensible François Mitterrand. Il ne fut pas le premier chef d’Etat qu’elle fascina. L’attraction qu’elle exerce est souvent telle que les politiques sortent parfois de leurs prérogatives pour commander par dessus l’épaule du général. Churchill, par exemple, arrosait son Etat-major de plans étranges. Mitterrand ne fit pas exception. Lors de la Guerre du Golfe, ses immixtions dans la conduite du conflit lui valurent le surnom de présidentissime, référence au Généralissime d’antan.
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Les femmes au pouvoir agissent différemment. La guerre les captive moins. N’entendant rien à la chose militaire, elles s’en remettent généralement à leurs capitaines. Lors de la guerre du Yom Kippour, les généraux israéliens demandèrent à Golda Meir si ils devaient mobiliser deux divisions supplémentaires. « Je ne savais pas ce qu’était une division ! » confiera-t-elle après le conflit. Margaret Thatcher se trouva tout aussi démunie lors de l’invasion des Falklands par les Argentins. Chimiste et juriste de formation, elle découvrit le monde militaire à cette occasion et s’en remit à ses généraux et amiraux. Qui eurent le soulagement de ne pas l’avoir sur le dos.

Elle est consciente de son ignorance en matière militaire [...]. En aucun cas, elle ne veut interférer dans le déroulement des opérations. Elle demande qu’on lui présente les choix possibles. Ensuite, elle décide. Ils exécutent. L’amiral Lewin de rappelle ainsi que « du point de vue des militaires, elle était le chef idéal (…), celui qui voulait une décision l’obtenait ». (1)

Ces jours de combat Margaret Thatcher les vit intensément. Tout le monde se souvient que pendant près de trois semaines, elle n’a pratiquement pas dormi. Elle attendait constamment des nouvelles, mais avait l’élégance de ne pas bombarder l’état-major de demandes d’informations.(2)

Et son pays fut plongé dans un conflit anachronique. Une guerre sans implication de civils, sans aspects culturels complexes à gérer, sans terrorisme ni guerrilla, sans ce « front à 360° » qui use les GI’s en Irak et en Afghanistan. Un affrontement de soldats en uniformes « à l’ancienne », avec des règles, un début et surtout une fin. Une fin qui voit l’écroulement de l’ennemi et flotter au vent « le drapeau sur la colline« (3).

C’est ça que le Président français a perçu. C’est ça qui lui arrachera ces regrets. C’est une femme qui va être amenée, il le sait, à conduire la dernière guerre « élégante » de l’Histoire. C’est à une femme que son sexe rend moins apte à aimer la guerre qu’est dévolue la possibilité de mener la guerre la plus limpide du second XXè. C’est peu de dire que François Mitterrand l’enviait.
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En 1982, la locataire du 10 Downing Street affrontait une opposition intérieure coriace. L’Angleterre était « en voie de tiermondisation » selon le mot de Valery Giscard D’Estaing. Le FMI allait lui accorder des prêts, comme ceux qu’on accorde aux pays africains. La Dame de Fer hérita d’une situation catastrophique. A tel point qu’on en a caché la gravité aux Anglais (4). Au début de son  premier mandat, la future baronne tint bon, multiplia les formules choc -TINA, The lady’s not for turning- ; mais elle savait très bien que cela ne durerait pas.

L’Argentine aussi connaissait une crise économique majeure. Léopoldo Galtiéri envahit les Malvinas en pensant ainsi galvaniser son peuple, s’attirer son soutien et bénéficier d’une popularité suffisante pour mener à bien ses réformes économiques. Ce faisant, il offrit à Margaret Thatcher, celle qu’il avait désigné comme l’ennemi, un véritable salut. Le vainqueur gagnerait tout, le vaincu perdrait tout, et ça, les deux chefs belligérants l’avaient parfaitement compris. Carl Schmitt écrivit, dans La notion de politique, que la politique, c’est la désignation de l’ennemi. Le chef d’Etat désigne l’ennemi et bâtit autour de la lutte contre l’ennemi. Plus d’ennemi extérieur et c’est la guerre civile. Huntington avait raison de citer Dibdin dans Le choc des civilisations :

On ne peut avoir de vrais amis si on a pas de vrais ennemis. A moins d’haïr ce qu’on n’est pas, on ne peut pas aimer ce qu’on est.

Pauvre Alexander Haig, secrétaire d’Etat américain que Reagan avait chargé de résoudre pacifiquement le conflit. Tâche ingrate que de jouer les diplomates entre deux adversaires schmittéens.

Et ça aussi, François Mitterrand l’avait perçu. Regrets d’un homme qui verra sa voisine gagner une envergure exceptionnelle au sortir de la crise et réformer son pays.
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Il fut, lui le tiermondiste, l’homme du discours de Cancun, le plus grand soutien de Margaret Thatcher avec Augusto Pinochet. Par solidarité naturelle envers l’Angleterre démocratique et occidentale d’abord. Par la volonté de montrer l’arrimage de la France socialiste au bloc de l’Ouest ensuite. Pour prévenir l’invasion d’îles et d’archipels français enfin. Il combattit par procuration aux Malouines. Par son soutien à l’Angleterre thatcherienne, il envoya un message clair à ceux qui seraient tentés par l’invasion de perles d’empire françaises.

Il fallut à Margaret Thatcher une volonté d’acier pour mener à bien cette guerre, et à François Mitterrand un grand flair politique pour choisir de la soutenir. Formidable leçon de politique que ce conflit perçu à tort comme « un trou noir historique« . (5)

Le couple avisé de 1982 allait geler toute invasion d’île pendant une vingtaine d’années. De nouveaux conflits sont peut-être en gestation, en Asie du Sud-Est. La Chine, l’Inde et le Japon améliorent leur maîtrise de la technologie des porte-aéronefs. Mais c’est une autre histoire.

(1) Jean-Louis Thiériot, Margaret Thatcher : de l’épicerie à la Chambre des Lords, Paris, Fallois, 2007, p. 272.
(2) Ibid, p. 275
(3) « Le temps est passé où on plantait un drapeau sur une colline. » Petraeus, à propos de la fin de la guerre en Irak.
(4) Le Figaro.
(5) La formule est d’Olivier Rolin

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