Hofstadter et l(‘a)normalité

Epistémologie de la baballe


J’aurai l’occasion de revenir ultérieurement sur « Le Ton Beau de Marot » de Douglas Hofstadter, auteur du très fameux « Gödel, Escher, Bach », que le « Ton Beau » poursuit d’une certaine manière. Mais avant cela, je vous livre, telle quelle, une réflexion qui y figure (parmi de très nombreuses autres) et qui est beaucoup plus profonde qu’elle ne paraît au premier abord, ce qui est sans doute l’un des aspects les plus remarquables de la touche Hofstadter.

« One day when I was fifteen or sixteen, I was sitting out at a neighbor’s swimming pool, drying off after a dip, and my attention was vaguely caught by three rubber balls on the cement deck. There were two small ones, one purple and one orange, and one large one, also orange. Schematically, they looked this way :

« As I mused idly on this trio, it occurred to me quite out of nowhere that one of them was different. The thought seemed both hilarious and insightful. Do you see what I saw ?

« Well, clearly the purple one was different, because it was purple. Is that the end of the story ? No… the big one likewise was different, because it was big. So now there were two different ones, not one. But for this very reason, there was one left that wasn’t different — the small orange one — and hence it was the truly different one. »

Le Ton Beau de Marot, Basic Books 1997, page 64.

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Là où y’a du gène…

…y’a moins de prison


Alors que Xavier M. se prend une volée de bois vert en relatant une conférence de Philippe Jeammet (ce qui confirme qu’il ne faut jamais lire Jeammet ?), l’attention de votre serviteur est attirée sur une nouvelle qui revêt tous les caractères de la nouvelle, à l’exception de la nouveauté.

Un soir de mars 2007, un Colombien de 32 ans en est venu aux mains avec un jeune Algérien, Abdelmalek Bayout, dans les rues d’Udine, en Italie. Le Colombien agresse l’Algérien et, outrage suprême, le traite de «pédé» (c’est dans le texte du jugement). Condamné à 9 ans et deux mois de prison pour avoir assassiné son agresseur, Abdelmalek Bayout a vu sa peine réduite d’un an après avoir consenti à se soumettre à une analyse ADN «innovante». «On a découvert chez le sujet une série de gènes qui le prédisposeraient à faire preuve d’agressivité s’il venait à être provoqué ou à être exclu socialement», résume le site Internet du quotidien Il Giorgnale.

Les rapports de la science (spécialement de la génétique) et de la justice (notamment pénale) n’ont pas fini de faire jaser. La génétique implique la prédisposition ; la justice pénale, quant à elle, devrait induire la responsabilité, donc, dans une certaine mesure, la liberté, la compréhension du caractère déviant du comportement sanctionné, et corrélativement la capacité à comprendre et à accepter la sanction. C’est précisément ce qui justifie l’irresponsabilité pénale des aliénés et le régime particulier applicable aux mineurs.

Contrairement au droit italien, le droit français ne connaît pas, stricto sensu, de « circonstances atténuantes ». Les juges sont invités par la loi à prendre en compte les circonstances de l’infraction pour déterminer le quantum de la peine (la peine maximale encourue, elle, ne varie pas). Circonstances matérielles, mais aussi personnelles. L’argument génétique serait donc moins visible de ce côté des Alpes. Mais quels en seraient les enjeux ?

Pour la justice d’abord. Si le justiciable porteur du « gène de la délinquance » encourt une peine différente du justiciable « sain », c’est l’égalité devant la justice qui est remise en cause. Encore faut-il savoir quelle sera la nature de la différence de peine : la justice italienne a fait de la prédisposition génétique une circonstance atténuante. Mais, si la justice a vocation à sauvegarder l’ordre public contre les individus nocifs, pourquoi la prédisposition ne serait-elle pas une circonstance aggravante ? Est-il socialement défendable de remettre plus facilement en liberté un natural-born killer qu’un délinquant occasionnel ? D’ailleurs, peut-on encore envisager une égalité devant la loi (donc une identité de loi), alors que le justiciable « sain » et le justiciable porteur du « gène de la délinquance » ne sont manifestement pas dans une situation comparable ?

Pour l’Etat ensuite. Si la justice reconnaît en la prédisposition génétique une circonstance atténuante, cela n’implique-t-il pas, pour l’Etat, l’obligation de mettre hors d’état de nuire tous les délinquants porteurs du « gène de la délinquance », par une mesure non pénale, mais de santé publique ? et à bien y réfléchir, pourquoi attendre que le porteur du gène en question passe à l’acte, c’est-à-dire exécute ce à quoi il est programmé, puisqu’il est physiquement programmé pour passer à l’acte et est donc coupable (mais pas responsable) avant même de passer à l’acte ?

Il ne peut pas y avoir de réponses absolue à ces questions, car à l’instar des raisons du cœur de Pascal, la seule rationalité n’est pas suffisante pour les résoudre intégralement. Quelle que soit l’option retenue, elle reposera nécessairement sur un postulat indémontrable et/ou sur des termes mal définis ou auto-référents, tels que « liberté », « responsabilité ». Et sur la question éternelle de l’âme qui dirige le corps, ou du gène qui triomphe de la volonté.

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Qui ?


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La route du succès


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PGM Précision


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L’égalité des chances ?

« Tout le monde sont égaux… ou presque »


brute

— La meilleure stratégie est celle qui permet d’atteindre ses objectifs sans avoir à se battre.

— Fastoche !

(Sun Tzu et Olaiv, « Dialogues constructifs », inédit)

sdx_screenshot_061Le 30 janvier dernier, Monsieur SDX s’enthousiasmait pour un jeu en ligne que lui avait conseillé votre serviteur : La Brute. Le principe en est simple : créez un personnage et faites le évoluer (amélioration des caractéristiques physiques et du matériel) en le faisant combattre trois fois par jour. Chaque combat rapporte des points, la perception d’un nombre de points donné permettant de changer de niveau et acquérir des caractéristiques supérieures.

L’auteur écrivait alors que ce jeu est fondé « presque exclusivement sur le hasard ». La seule place pour la volonté se résumait 1° au choix des adversaires de combat, 2° (s’agissant toutefois d’une volonté tierce) au nombre d’élèves, étant précisé que la possession d’élèves permet également d’évoluer, selon le même système de points d’expérience que le simple combat. En effet, contrairement à la quasi-totalité des jeux de combat, aucune intervention du joueur n’est possible durant le combat, qui se déroule, tel un match de catch, selon un scénario qui paraît écrit à l’avance.

Cependant, si Monsieur SDX avait justement opposé le hasard et la volonté, il manquait à son analyse le dernier pan du triptyque : le déterminisme. La bête chaîne des causes et des conséquences, sur laquelle n’ont prise ni la bonne fortune, ni le bon vouloir. Or, ce déterminisme est en réalité LE moteur du jeu. Pourquoi ?

La population des Brutes s’élève vraisemblablement à plusieurs centaines de milliers, dont plusieurs dizaines de milliers pour chacun des niveaux inférieurs. Chaque jour, le joueur se voit proposer un certain nombre de combats parmi les Brutes de même niveau que lui (3 combats par jour x 6 propositions d’adversaires d’un niveau équivalent = 18 adversaires potentiels par jour). Le joueur peut également sélectionner lui-même son adversaire au travers d’un moteur de recherche. Cette dernière hypothèse sera considérée comme marginale comme n’ayant pas un intérêt dingue (sauf à repérer des Brutes de même niveau mais inférieures en terme de caractères physiques ou mal dotées en armes et à n’affronter QUE ces Brutes). Le joueur moyen affrontant donc chaque jour trois Brutes proposées, d’une manière que l’on considérera (à tort naturellement) comme équitable (et non hasardeuse), il a, à terme, à peu près le même potentiel d’évolution que tous les autres joueurs, après avoir compris comment sélectionner ses adversaires parmi ceux proposés par la machine (exemple : un personnage peu doté en vitalité devra éviter les adversaires dotés d’un ours), soit un potentiel de victoire d’environ 50%, d’où une évolution régulière prévisible. De surcroît, un combat perdu rapportant également des points (1 point par défaite, 2 points par victoire), le rôle de la défaite est marginal, et le devenir d’un perdant chronique ne serait pas différent de celui d’un abonné à la victoire, sinon en terme de timing.

Cette évolution est justement la pierre angulaire de l’histoire. Pourquoi jouer à un tel jeu ? Pour faire évoluer son personnage, monter dans les classements, obtenir des armes supplémentaires ou des caractéristiques améliorées. Le moteur du jeu réside dans l’espoir du joueur d’obtenir, qui une hallebarde, qui un ours de combat, et devenir un Achille numérique. Or, l’attribution des améliorations est tout sauf aléatoire.

La création d’un personnage, doté d’un pseudonyme, génère l’attribution d’un numéro d’identité. A partir de ce numéro d’identité, il est possible de savoir d’avance quels seront 1° son apparence standard (bien qu’il soit possible, à la création du personnage, de modifier cette apparence selon ses propres perversion — notons d’ailleurs que la Brute de SDX ressemble furieusement à un personnage de manga), 2° ses caractéristiques physiques et son équipement de base, 3° ses perspectives d’évolution, du niveau 2 au niveau 1000. Un certain nombre de moteurs en ligne proposent ce « service », plutôt désespérant à vrai dire, comme ce site-ci.

Quelle est donc la place de la volonté ? Elle n’existe pas. Dans le principe est le pseudo, et le pseudo est tout. Le pseudonyme est à la Brute un souverain bien plus absolu que le gêne ne l’est au phénome, l’environnement et l’aléa étant totalement bannis. Le choix de l’adversaire, le nombre d’élèves, ne sont que des accidents dont le seul effet est d’avancer ou de retarder une évolution inexorable vers une apothéose bien hypothétique, puisque le jeu a été approprié par ceux que l’on pourrait appeler des tricheurs (ceux qui utilisent un bot pour se créer des centaines d’élèves par minute, donc vivent dans un temps accéléré par rapport aux joueurs « honnêtes », c’est-à-dire trop bêtes pour maîtriser l’outil) si toutefois il y avait des règles.

Alors si, comme l’écrivait SDX, ce jeu illustre « une certaine vision des lois d’airain de l’hérédité », il est bien éloigné du struggle for life darwinien. A la fin, tout le monde survivra et continuera, pour les siècles des siècles, à se mettre sur la gueule, à moins qu’une tempête venue du Poitou ne vienne, pour notre bien à tous, nous priver de ce petit espace d’absence totale de liberté.

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