A Gaza, la police de la vertu du Hamas fait la chasse au vice. Jusque là rien d’anormal pour une théocratie. Les femmes dont le voile n’est pas en adéquation avec leur dogme reçoivent une réprimande. Rien d’anormal. Ce qui commence à paraitre étrange c’est que cette police des mœurs commencent à s’inquiéter de l’impiété des femmes en … plastique. En effet plusieurs commerçants ont reçu la visite des hommes du Hamas qui leur ont demandé de rhabiller leur mannequin de mode. Les mannequins portant des sous-vêtements devront être retirés des vitrines, et ceux portant des vêtements devront ne pas avoir de tête. On assiste donc à une profusion de femmes décapitées dans les magasins de Gaza. Beaucoup d’indignations en Occident, la liberté de la femme, le droit à la mode, et ce genre de poncifs récurrents. Ce qui n’a traversé l’esprit de personne c’est que peut être à Gaza se joue l’avenir de la robotique. En effet la police de la vertu, ne voyant pas de différence entre l’animé (les femmes gazaouites à et l’inanimé (les mannequins en plastique) dans le regard lubrique des hommes, est en train de créer un flou, une zone de doute sur ce qui est vivant ou ne l’est pas. Remplacez mannequins de mode par prostituées cybernétiques et vous comprendrez de quoi je veux parler.
D’une théocratie « liberticide » émergent de nouveaux comportements, de nouvelles manières d’appréhender l’Homme et ses spécificités.
Une tempête de sable s’est abattu sur Sydney ces derniers jours. Un ciel de feu recouvre la mégalopole australienne. L’air y est irrespirable, saturé de grains, annonce d’une suffocation généralisée. Alors que les cassandres écologiques nous prédisent une fin par la pollution, ici c’est la nature qui se rappelle à notre bon souvenir.
La ville est paralysée, on ne peut plus y respirer et y circuler est devenu dangereux par le manque de visibilité. Sydney s’est drapé d’un manteau apocalyptique, la cité est deserté, dans tous les sens du terme.
Entre Sècheresse et Le Vent de nulle part de Ballard, Sydney est devenu la capitale de la fin du monde. Suburbia vidée et orange, asphyxie dantesque, survivants hagards d’une catastrophe temporaire.
(attention des bouts de spoiler sont présents dans cet article)
District 9, au delà des qualités du film, surprend par son traitement du corps, des corps. Comme pour faire contre-poids à la débauche de technologie, tant dans les effets spéciaux que dans son propos (les armes, les véhicules, le vaisseau-mère), Neill Blomkamp s’empare des corps, les torture, les explose, les mutile, les marchande. Car le film ne parle que de cela : d’une économie du corps. Les « mollusques » ne sont qu’une masse, un peuple de corps indistincts, les mercenaires du MNU de la chair à canon, les trafiquants nigériens des barbares cannibales, et summum du corps-sujet le « héros » du film, Wikus Van De Merwe. Salaryman mutant, monnaie d’échange organique, pièce détachée sur pattes, repas du soir, Wikus, avec sa coupe de cheveux de cadre moyen, son corps de gringalet, sa moustache furtive est un homme normal prit dans la tourmente des évènements. Et son corps est l’enjeu de tout le film.
Explosion de chair, déchiquetage de membres, découpe à la scie, torture électrique, une palette proprement hallucinante est utilisée par le réalisateur pour mettre en pièce les hommes et les crevettes. En outre le concept même de façonnage du corps est accompli par Wikus lui-même, infecté par un liquide ET, il se transforme peu à peu, à la manière de la Mouche de Cronenberg, en créature venue d’ailleurs. Perdant peu à peu son corps d’humain, il peut intégrer en lui la technologie alien et l’utiliser. Il vit dans sa chair l’invasion extra-terrestre. Son calvaire, au sens biblique du terme, lui permettant alors de comprendre la technologie et le biologie des autres.
Film un peu bancal, District 9 se rattrape par la cruauté de traitement des corps, le marchandage fait autour de l’organisme de Wikus, l’indifférence faite au corps des mollusques. Grand film gore, dans ce qu’il y a de plus noble dans le terme, District 9 expérimente un cinéma viscérale que l’on ne voit plus guère dans nos contrées (sauf du coté de Rob Zombie, Paul Verhoven ou David Cronenberg), un cinéma des membres, du viscère, du liquide visqueux et du sacrifice. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que Peter Jackson ait apposé son nom sur l’affiche. Dans ses premiers films gores, le corps était au centre de son cinéma. Qu’il soit extra-terrestre et grossier (Bad Taste), mort-vivant (Braindead), en tissu (Meet the Feebles), le corps était l’horizon du film, son intérieur la frontière à explorer. Blomkamp systématise lui aussi cette exploration du corps. Et cette scène où Christopher, l’alien rebelle, découvre les expériences faites par les humains du MNU dans le sous-sol du quartier général sur ses compatriotes, en est le pivot.
Dalhia est une famille. Des êtres chers qui prient pour lui, avec lui. Car les ténèbres se dissiperont que le Grand Chaos aura posé ses yeux sur nous. Écrire à cet auteur Tous les billets de Dalhia