De la punition de l’escroquerie en temps de crise
Bernard Madoff vient d’être condamné à 150 ans de prison. On a applaudi à la sentence dans l’enceinte du tribunal. Il semble que l’on a fait de même, en France, dans les locaux de la Maison de la Radio si l’on en croit le journaliste par la bouche duquel j’ai entendu la nouvelle. Je ne suis pas loin de penser que s’il avait été condamné à mort, personne n’y aurait rien eu à redire, car Madoff, c’est Satan, c’est le Mal, c’est l’Adversaire.
Pourtant, on a beau le tourner comme on veut, il n’est que l’auteur d’une escroquerie. Une escroquerie qui pèse sur des sommes énormes, j’en conviens, mais rien de plus qu’une escroquerie. Madoff n’a pas tué, n’a pas violé, il n’a même pas volé au sens strict du terme puisqu’on lui a volontairement donné de l’argent en croyant faire une bonne affaire — si bonne qu’elle aurait dû inviter à la méfiance, mais Madoff est un bon escroc. Il savait jouer de la cupidité des autres pour satisfaire la sienne. Madoff n’a pas tué, pas violé, pas volé et, même s’il l’avait fait on ne l’aurait pas puni plus.
Le cas Madoff est le parfait exemple d’une victime expiatoire. On l’égorge pour que son sang lave nos péchés imaginaires. Madoff, un cas d’école pour les thèses de René Girard en somme. Pourtant, que lui reproche-t-on vraiment ? D’avoir fait un peu de cavalerie ? D’avoir payé les uns avec l’argent des d’autres ? Mazette, quel crime ! Pour faire la même chose, on félicite tous les dirigeants socialistes ou keynésiens de la terre, d’Obama à Sarkozy. La seule différence, c’est que Madoff faisait cela à ses contemporains, Obama ou Sarkozy le font aux générations futures, c’est plus habile, mais plus délétère, qu’importe, les victimes sont encore à naître et Madoff est décidément un enfant de chœur face à de tels maîtres escrocs…