Noir, c’est noir et il n’y a plus d’espoir
En effet, la haine est une liqueur précieuse, un poison plus cher que celui des Borgia, – car il est fait avec notre sang, notre santé, notre sommeil, et les deux tiers de notre amour! Il faut en être avare!
Au détour de ma lecture de l’excellent blog Documents je suis tombé sur deux remarques fort judicieuses à propos du black metal, genre musical que j’affectionne comme mes lecteurs ont pu s’en rendre compte à de multiple reprises.
La première de ces deux réflexions concerne la place de la haine dans ce courant musical. Inutile de le rappeler, le black metal se veut — non sans succès parfois — une mise en musique de la haine. Walter de Documents, s’opposant à Baudelaire dont il cite le passage que nous faisons figurer en exergue, note que cette haine perd de sa force et de sa pertinence artistique quand au lieu d’être dirigée vers tout et tous (y compris soi-même — surtout soi-même — suis-je tenté de préciser), elle n’a qu’un objet simple, que ce soit une race, la religion ou un groupe politique.
En effet la haine d’un groupe exclusivement des autres, de soi ou de ceux auxquels on s’identifie, n’est qu’un sentiment banal. Elle est une petite haine qui s’accompagne d’une petite adhésion à un clan, une petite docilité à l’égard de son groupe. La haine pour être source d’art se doit d’être parfaite, absolue, sinon, elle n’est que ressentiment.
C’est justement ce ressentiment à l’égard du christianisme qui fait l’objet de la seconde réflexion de Walter. Il y voit une réaction puérile et inintéressante. Pire, ce ressentiment empêche de saisir ce qu’il y a de tragique (et par la même de si proche de l’esprit profond du black metal) dans le christianisme. Pour le dire autrement, le satanisme, dont se réclame beaucoup de groupes de black metal, n’est fécond que quand il part de cette compréhension tragique de l’esprit du christianisme. Sinon, il tombe dans le kitch et la pose, ce qui n’interdit pas le talent, mais le gâche.
« …le deux fois crucifié… »
Ezra Pound, peut-être le plus grand poète américain, en tout cas l’une des grand voix poétiques du XXe s. a eu la brillante idée, lui qui ne vivait pas dans un pays occupé par les troupes de l’Axe, de collaborer. Oh, il ne s’est pas engagé pour casser du bolchévique sous l’uniforme allemand, il s’est contenté de jouer les Tokyo Rose à la radio italienne.
Au tout début de 1942, le Foreign Broadcast Intelligence Service enregistrait à la radio italienne le Cantos XLVI lu par Ezra Pound. C’est lui que je vous propos d’écouter.
D’autres enregistrements de Pound sont disponibles sur le même site. Une mine.
L’homme du jour est sur la photo, à vous de le trouver !