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Cro cop, une vie de gladiateur

Mirko « Cro cop » Filipović prendrait sa retraite. C’est le bruit qui court. Il faut reconnaître que ses derniers combats n’ont pas été des plus brillants. Et qu’il commence, à 35 ans, à accuser le poids des années. Il n’en a pas toujours été ainsi.
Jeune, le Croate grandit dans une Yougoslavie en plein déchirement. Sa famille en pâtira indirectement ; son père, serbe, meurt d’un cancer, après avoir perdu son travail en raison de ses origines. Le jeune Mirko se lance dans les sports de combats, et développe un farouche attachement à sa terre natale. Deux traits qui guideront sa vie.
Très tôt, il met au point ce qui fera sa légende : son left high kick, LHK, « coup haut de la jambe gauche « . Furtivité du départ du coup, vitesse élevée, souplesse extrême et très grande puissance, travaillées pendant des heures à l’entraînement.
Parallèlement au sport, Mirko devient officier à l’ATJ Lučko, les forces spéciales antiterroristes de la police croate. En 1996, il débute une carrière de kickboxeur professionnel. Le marmoréen frappeur se fait un nom au K-1, compétition de combats pieds-poings japonaise. Où il se taille une solide réputation. Puis il enchaîne au Pride, la principale organisation de combats de MMA japonaise.
C’est ce que l’on pourrait appeler un striker pur. Son style de combat, c’est la frappe. Alors qu’au MMA une bonne part des combats se finissent au sol, Cro cop, Croatian Cop, le flic croate, suit une voie différente. Il mise sur sa science du combat debout. Il est extrêmement difficile à mettre au sol. Et son LHK fait merveille. Il sèche de nombreux opposants, jusqu’à se hisser parmi les trois meilleurs mondiaux. Il est prudent, frappe, s’éloigne, tourne autour de sa cible jusqu’au coup de jambe terrifiant. L’adversaire affaibli, celui que l’on surnommait le Tigre à ses débuts se rue sur sa proie et l’achève.
Une recette qui ne fonctionnera pas face à ses deux plus grands adversaires, les premier et deuxième du podium mondial du MMA heavyweight : Fedor « The last Emperor » Emelianenko et Antonio « Minotauro » Nogueira. Les combats des trois poids-lourds compteront parmi les plus grands et plus beaux combats de MMA. Cro cop a été l’adversaire le plus coriace que Fedor ait affronté, c’est l’un des rares combattants à être allé au bout des trois rounds face au Tsar du MMA.
Quel combat te demande le plus de temps d’entrainement ?
- La préparation pour chaque combat me prend environ 2 mois. A part pour Mirko Crocop, j’ai pris plus de temps. Je suis allé en Hollande pour étudier la boxe Thai. Pour ce combat, j’avais besoin de devenir un combattant plus universel dans un court laps de temps.
Mirko méritait vraiment une approche spéciale ?
- Définitivement ! Ce combattant était 2ème ou 3ème dans les classements mondiaux, et est apparu dans les finales du K1 GP.
Quelles sont ses forces ?
- Il peut marteler avec son kick gauche si fort que n’importe quel adversaire sera mis immédiatement ko. Sa boxe est aussi très bonne, et il se déplace très bien sur le ring. Mais le plus important était de trouver un antidote face à ses kicks.
Donc tu as appris la boxe Thai. As-tu étudié un autre art martial ?
- La boxe classique. Tous les autres je les ai appris avant le combat contre Mirko.
Interview de Fedor Emelianenko
Cro cop n’est-il qu’un bas du front, une bête féroce qui frappe des sacs huit heures par jour ? On peut penser la même chose de nombreux sportifs. Le quotidien d’un nageur olympique, c’est se gaver de glucides et faire des longueurs en comptant les pavés du fond de la piscine. Une vie assez restreinte et intellectuellement peu stimulante. Il n’en va pas de même avec Cro cop. L’homme est malin. Il s’est construit, très tôt, une apparence. Un personnage. A première vue, il est glacial. On dit de lui que quand il entre dans une pièce, l’atmosphère refroidit. Un effet voulu et recherché, selon cette interview pour le Playboy croate, qu’on ne lit que pour les articles.
PLAYBOY: What is more important to you – to look good, or dangerous?
CC: Dangerous! A man is dangerous or not if we look at his fighting abillity. Look of a person contibutes to that. You don’t feel the same if you’re going agains a block of muscels or a some soft guy. My metabolism and my body are like that that I don’t do anything in my trainings with a purpose to make my muscles bigger and to look better in front of the crowd. To train for MMA or K-1 is the most demanding training regime. You have to employ ALL muscles of your body on the most extreme way. You work on your neck, abs, legs…everything. Wrestling, sparring, working out in the gym. Your every muscle is working and that is why all the best fighter in the world are built good. Look at Nog and Silva. They are beasts, real animals.
PLAYBOY: Do you have the impression that regular people fear you?
CC: I didn’t notice that, there is no reason for that. Ecspecialy if you’re my friend. I have 5-6 friend with whom I hang out every day and they know I’m a big joker. People feel respect for me, just like towards any big sports man. But this is something special. It’s not the same to be amont the best in this sport and soccer. They play around with the ball, and I’m fighting for my life, and that is in every man’s subconscius, in his genes. People have always fought among themself and so long people exist there will be fights and wars. That’s just another dimension, and from that point of view people respect me. They see me as some kind of gladiator cause MMA is the most extreme sport in the world.
Et si le Tigre feint de s’en plaindre, en réalité, il adore en jouer. C’est un malheureux commentateur qui en fera les frais.
Les commentateurs, Cro cop les affronte aussi lors d’une émission en Croatie. L’animateur a l’indélicatesse d’insulter Minotauro peu après sa victoire sur le plus célèbre combattant croate. La réplique du vaincu est cinglante, dévastatrice.
N’importe qui d’autre se serait sans doute attiré les foudres des journalistes. Pas Cro cop. Et il démontre également une certaine maîtrise de l’art oratoire. Ses piques sont calculées, son discours est construit. Il en dose tout les éléments. Peu d’hommes pourraient en dire autant. Cro cop savait s’adresser à ses adversaires par média interposés, il mettra cet art au service d’un projet politique.
Celui que l’on aurait pu penser d’extrême-droite au vu de certaines de ses déclarations, oeuvre en candidat indépendant auprès du parti social-démocrate croate. Sous la cuirasse du Terminator des rings, perce le politicien rusé. Ne pouvant concilier politique et sport, le Croate stoppe ses activités parlementaires pour se concentrer sur le MMA. Le Pride disparu, le Tigre se reconvertit plus ou moins définitivement dans la principale organisation de combats de MMA, l’UFC. Comme pour beaucoup d’anciens du Pride, le bilan du passage est mitigé.
L’âge, des règles différentes, une cage au lieu d’un ring, des adversaires plus jeunes, autant d’éléments qui perturbent l’ancien du Pride. La recette crocopéenne commence à être connue, l’antidote au LHK s’est répandu. Et Cro cop n’a peut-être plus les capacités d’adaptation requises.
La versatilité, dans l’acception anglo-saxonne du terme, c’est le maître mot du MMA. Ce sport évolue à très grande vitesse. Les champions d’il y a quinze ans sont aujourd’hui totalement dépassés. Royce Gracie en personne, le héros des premières compétitions, a subi une lourde défaite lors d’un come-back face à Matt Hugues. On peut déjà discerner, en une quinzaine d’années, plusieurs générations de fighters. L’avenir est-il fait de combattants extrêmement techniques, tels Cung Le, ou de forces de la nature, de mutants indépassables et dominateurs comme Brock Lesnar ou Cris Cyborg ? Sans doute un mélange des deux.
Cro Cop est surclassé par les nouveaux arrivants. Ce décalage, il l’intériorisera dans sa chair lors de la pire défaite de sa carrière. Un KO monumental, par high-kick, justement, face à Gonzaga. Depuis l’évènement, le Tigre n’est plus que l’ombre de lui-même. Si son corps répond encore, il n’a plus la foi, la soif de vaincre. Cela se sent, et Cro cop le confirme dans ses déclarations.
I’ve been living a military life for 20 years now. Getting up at 6 am and having physically challenging task up to 8pm. I want a normal life. I’m entering a cage and thinking about fishing in Privlaka. You can’t win that way.
Un moral chancelant, c’est le point faible du Croate. Le combattant est aisément ébranlable. Il a déjà connu la démoralisation, les passages à vide. Le contraste avec l’allure de statue soviétique qu’il arbore sur les rings est saisissant.
Mais il a une vie hors des cages. Il a si bien construit son image qu’il s’est vu accorder le rôle principal dans un petit film d’action, le très médiocre Ultimate force.

L’arrivée des combattants de MMA dans le cinéma ou la série TV n’est pas nouvelle. Randy Couture, Gina Carano, Cung Le, Tito Ortiz, Don Frye… ont déjà goûté au jeu d’acteur. Dans des scènes d’action, la plupart du temps. C’est Sylvester Stallone, l’un de ces robustes acteurs des années 80 abonnés aux rôles physiques, qui devrait leur passer la flamme dans The Expendables. Au casting, rien de moins que Randy Couture, Minotauro et peut-être Machida…
Le MMA déteint sur le cinéma et devrait bousculer la perception qu’a le grand public du combat. Il assistera au déclin des affrontements debout, à coups de pieds et de poings, avec un adversaire qui attend sagement à distance. Il découvrira les prises de soumission, les combats au sol, les takedowns. Les grandes stars des films d’arts martiaux, de Chuck Norris à Bruce Lee, défendaient le cross-training et le mélange du meilleur de chaque discipline -ce qui deviendra le MMA.
Par opposition, c’est peut-être ce que le public adore chez Cro cop. Sa capacité à combattre debout avec facilité lui rappelle les films de kickboxing, l’emmène sur un territoire qu’il connaît.
Cinema, télévision ou politique, s’il arrête vraiment de combattre, Mirko a le choix. Il y a des chances pour qu’il ne se cantonne pas qu’à la pêche à Privlaka, et qu’on entende parler de « Cro cop » encore longtemps.
















26 février 2010 à 23:40Et bien, je ne pensais pas que je lirais un jour un article aussi bien écrit sur le sport qui me passionne. Chapeau bas, cela change des textes écrits par des analphabètes ou autres tâcherons sans véritable talent journalistique ou tout simplement d’écriture.
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27 février 2010 à 11:52Il n’y a que des belles plumes chez SDX, et aucun journaliste.
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27 février 2010 à 15:26C’est pour çà que l’on y revient ! Quoique là on commence avoir un peu faim.
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27 février 2010 à 15:59Merci. Bon ben je vais continuer à faire plein d’articles MMA, en ce cas
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28 février 2010 à 12:05Désolé mais en ce moment, les activités rémunérées nous prennent pas mal de temps. Et le temps, c’est de l’argent. Et on aime l’argent chez SDX.
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28 février 2010 à 15:17C’est bien vous êtes sain d’esprit; continuez !
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