La fosse aux Shoggoth | Kulchur | Chroniques | Lecture
De la domestication des auteurs morts dans leur tombeau
Il y a quelque chose d’étrange dans la critique française de Lovecraft. J’ai repris il y a quelques jours ce recueil d’articles extraits d’un colloque tenu à Cerisy en 1995. La publication, intitulée sans grande originalité H. P. Lovecraft. Fantastique, mythe et modernité, avait été dirigée par Jean Marigny et Gilles Menegaldo et publiée cinq ans plus tard. Eh bien, en le feuilletant, alors que je l’avais lu, non seulement aucun souvenir de lecture ne m’est venu à l’esprit, mais pire, aucun des titres n’a provoqué chez moi le moindre désir de m’y replonger.
Seul un article de Lauric Guillaud m’a retenu quelques secondes, mais, paradoxalement, c’est le seul à ne pas avoir Lovecraft comme objet puisqu’il s’intéressait à la comparaison de l’idée de décadence chez Robert E. Howard et Clark Ashton Smith (pp. 297-355). Mais même là, je me souvenais très bien l’avoir lu, mais comme strictement rien ne m’en était resté, j’ai jugé préférable de ne pas y replonger.
Peut-être suis-je un peu dur, d’autant que je garde, à l’opposé, de très bons souvenirs de ma lecture des Cahiers de l’Herne qui lui avaient été consacrés en 1969. Mais c’était une autre génération de critiques et j’étais plus jeune quand je l’ai lu.
Toujours est-il que je m’interroge sur ce qu’il advient des études lovecraftiennes en France. Quand je lis des titres tel que : « Le rhéteur et le pornographe », « Lovecraft, précurseur de la théorie de la déconstruction » ou encore, « La gémellité et le double monstrueux du moi : deux exemples du double lovecraftien » (de Schnabel…) on n’a pas vraiment envie de lire.
Alors, que sauver de tout ce fatras ? Pas grand-chose en vérité. Certes, il y a des articles factuels qui, pour ne pas être ni neufs ni novateurs n’en sont pas moins utiles. Je pense à celui de Meurger sur la place de l’imaginaire scientifique ou de Leutrat sur le cinéma, mais rien d’ampleur. A croire qu’on veut faire entrer Lovecraft dans le rang d’une critique universitaire française parfois pédante, souvent ignorante et presque toujours politiquement correcte. Quel gâchis.

















13 juillet 2009 à 14:13« Le rhéteur et le pornographe »… Diantre, quel programme! C’est vrai que tout cela n’est guère engageant. Reconnaissons cependant que les ouvrages consacrés à Lovecraft, même les plus sérieux, même les plus érudits, laissent souvent le lecteur sur sa faim. La copieuse biographie que lui consacra Sprague de Camp, aussi remarquable soit-elle, avait été loin de révolutionner ma perception de l’oeuvre du reclus de Providence. Et même, plus récemment, le Houellebecq, que j’avoue avoir lu avec un certain intérêt, ne m’a pas pour autant captivé.
Je me souviens cependant d’un article de Jacques Goimard, intitulé Lovecraft entre l’en-deçà et l’au-delà, découvert durant mes années-lycée, qui m’avait paru nettement plus instructif et profond que la prose lambda consacrée à H.P.L.
Citer
19 juillet 2009 à 15:22Un passage de l’article sur la décadence chez Smith et Howard :
Par quelle divinité abjecte suis-je donc possédé pour m’infliger pareille lecture ?
Citer
19 juillet 2009 à 15:26La biographie de Lovecraft par Sprague de Camp est très fautive et dépassée depuis qu’il y a celle de Joshi sur le marché. Mais Joshi a lui aussi ses défauts… Finalement et aussi surprenant que celui puisse paraître, c’est le livre de Houellebecq qui est encore le meilleur, il faut juste prendre garde à ce qu’il est vraiment.
Il faudra que je trouve (ou que je retrouve) cet article de Goimard.
Citer
4 novembre 2009 à 12:05Et qu’est-il, ce livre de Houellebecq ? une sorte d’autobiographie détournée, non ?
Citer