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Rêve de tentacules

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Le meilleur roman d’Adolf Hitler. Laissez-vous emporter par Adolf Hitler dans un lointain futur, sur une Terre où Feric Jaggar et son arme invincible, le Commandeur d’Acier, se dressent seuls face à la menace d’anéantissement que font peser sur les derniers humains purs les abominables Dominateurs et les hordes de mutants sans cervelle qu’ils contrôlent totalement.

Spinrad, Rêve de fer, 4ème de couverture.

revedeferDans le génial Rêve de fer de Norman Spinrad, l’auteur imagine une étrange uchronie. Dans le monde qu’il décrit, Adolf Hitler a quitté l’Allemagne dans sa jeunesse pour migrer aux Etats-Unis comme tant d’autres Allemands. Il a tout d’abord vécu d’expédients, puis devenu illustrateur de pulps, il s’est suffisamment familiarisé avec la langue anglaise pour y écrire des textes de science-fiction. Rêve de fer est un texte double, c’est à la fois le roman imaginaire d’Adolf Hitler — Le Seigneur de la Swastika —et un appareil critique. Ce texte est à la science-fiction ce que Feu pâle de Nabokov est à la poésie en un sens.

Le monde où est censé vivre l’illustrateur puis auteur de pulps Hitler est un monde où l’Asie et l’Europe ont basculé dans la sphère soviétique et où l’Amérique se retrouve seule et gangrénée par une psychose obsidionale. C’est bien sûr, de la part de Norman Spinrad, une critique indirecte de l’anticommunisme américain, mais c’est aussi un texte un peu maladroit du point de vue idéologique. En effet, pour dénoncer un mal mineur, l’auteur explique froidement que sans Hitler, la barbarie communiste l’aurait emporté…

La lecture de ce livre est l’occasion d’une sorte de Rêve de tentacules symétrique pour John Reilly. Si Hitler est un auteur de pulps, pourquoi donc un auteur de pulps ne serait-il pas chef d’Etat ? Et c’est Lovecraft qu’il imagine à la tête des Etats-Unis. Pourquoi donc HPL ? Parce que comme Hitler, il eut une enfance prolongée, qu’il fut un artiste raté, etc. C’est là à mon avis un prétexte et ce qui a motivé le choix de John Reilly est l’idéologie qu’on ne prête pas tout à fait à tort à ce pauvre gentleman WASP de Providence, RI.

Leur idéologie commune telle que la conçoit John Reilly s’articule autour de quelques traits bien marqués parmi lesquels le darwinisme haeckelien occupe une place majeure, surtout de par ses conséquences sur la vision d’ensemble des relations entre individus et groupes raciaux. Le parallèle entre l’un et l’autre n’est pas absurde, mais il me semble que le scénario de what if qui suit est un peu faible. Je trouve tout particulièrement surprenant que Reilly refuse de classer Lovecraft dans la catégorie des conservateurs et veut en faire un fasciste, presque au sens européen du terme. Cela me semble abusif. Certes, le socialisme que l’on vante souvent chez le Lovecraft des années 30 est fascisant (comme de celui de Roosevelt et de tous les keynésianismes de l’époque, d’ailleurs), mais est-ce là une raison pour ne pas voir en lui ce qu’il y a de radicalement conservateur ?

De même le scénario qu’il imagine pour les relations internationales semble très faible. Il accorde beaucoup (beaucoup trop) à Mosley en Angleterre tant dans la puissance des forces humaines et politiques qu’il représente que dans la radicalité de ses vues, par exemple.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Cet article de John Reilly qui fait de Lovecraft le führer des Etats-Unis comme Norman Spinrad avait fait d’Hitler un écrivain de pulps, est amusant et invite à remplacer les rêves de fer par des rêves de tentacules…


Source : John Reilly.

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