2 mai, 2009
Zeitgeist | Guerre | Pont sans retour
Le dirigeant d’un Etat totalitaire est l’homme le plus seul du monde. Par conséquent, sans doute est-il aussi le plus malheureux. Certainement est-il difficile d’avoir de la compassion pour une telle solitude quand c’est un tel homme qui l’éprouve, cependant, ignorer ce point est la meilleure façon de s’égarer dans la compréhension d’un Etat de ce type.
Privilégier la personne du dirigeant sous cet aspect ne me semble pas être l’erreur qui consiste à ramener la complexité d’un système à une personnalité singulière. Au contraire, c’est en ne prenant pas en compte ce vide central, ce moyeu autour duquel la roue de l’Etat tourne, que l’on risque le plus de négliger la sophistication de l’administration, des institutions, des lois, du Parti, etc…
Cette solitude du pouvoir totalitaire, j’en ai esquissé faiblement quelques gros traits. J’évoquais le rôle des serviteurs sans m’attarder sur leur nature et leur identité. Un récent article de Chosun Ilbo met en avant l’un des éléments fondamentaux du corps des serviteurs de tout Etat totalitaire (et pas seulement) à savoir l’élite militaire.
Selon ce journal, la Corée du Nord disposerait à ce jour d’une force d’élite de 200000 hommes. Sans doute sera-t-on tenté de remettre cela en doute et de dire que ce chiffre est le fruit de la mégalomanie du Nord et de la peur du Sud. Il est possible, en effet, qu’il y ait là un peu d’exagération, mais ce n’est pas certain du tout. La Corée du Nord consacre en effet une large partie de son économie à l’armée et, au sein de cette armée, aux troupes d’élite. Il n’est donc pas absurde d’imaginer qu’elle dispose d’un tel nombre d’hommes qui soient, dans l’ensemble, supérieurs au soldat moyen bien que l’état de délabrement économique du pays ne permette sans doute pas toujours de leur offrir un entraînement suffisant.
Sans entrer dans l’analyse détaillée des caractéristiques d’un éventuel conflit entre le Nord et le Sud, on peut néanmoins dire qu’il y a trois grands dangers immédiats pour la Corée du Sud :
Ce troisième danger rend particulièrement sensible l’existence de cette force d’élite nord-coréenne, d’autant que parmi ces 200000 soldats il y a des groupes dépendant directement du département opérationnel du Parti des Travailleurs Nord-Coréens et dont l’infiltration est la vocation première.
Cette élite de l’élite consisterait en 2000 hommes formés à infiltrer les lignes ennemies (y compris par la mer — d’où un entraînement à la plongée débutant à 12 ans) pour frapper les centres de commandement militaires. Elle pourrait agir en parallèle avec le Bureau de Renseignement des Forces Armées du Peuple, les services secrets de l’armée, et décapiter l’armée de la Corée du Sud en très peu de temps.
Le danger de l’infiltration n’a rien de nouveau ni de spécifique à la Corée, bien sûr. Ce qui l’est, c’est que l’on appartient de part et d’autre de la frontière politique à la même ethnie, à la même culture, avec la même langue, etc. Une telle situation est fréquente en cas de guerre civile, mais rarement lors de conflit entre Etats. Je ne vois qu’un exemple qui évoque vraiment cela, c’est la guerre entre les Etats en Amérique du Nord (1861-1865). Cela dit, dans les deux cas — la Corée et les Etats-Unis — c’est une guerre entre entités politiques légales qui fait suite à une situation de guerre civile.
Mais au-delà de ce pour quoi ces unités ont été créées, et qui menace immédiatement la Corée du Sud, ces troupes représentent une autre forme de danger. En effet, elles sont un obstacle a tout changement en Corée du Nord. Ayant tout à perdre à une ouverture du régime, elles sont un élément de pérennisation du système nord-coréen. Pire, afin de maintenir le statu quo interne au pays, elles peuvent en pousser le dirigeant au déclenchement de conflits extérieurs — y compris si, pour cela, il faut changer le dirigeant. De plus, dans l’hypothèse d’une réunification, ces troupes évolueraient immanquablement en une sorte de mafia extrêmement puissante et violente.
Les troupes d’élite nord-coréennes sont donc à la fois une menace militaire pour la Corée du Sud, un frein à toute évolution positive en Corée du Nord, un acteur fondamentalement négatif des relations entre les deux Corées et, enfin, un danger très important pour la démocratie d’une Corée réunifiée.
2 mai 2009 à 17:36 A.g.Citer
Hum, il semblerait que l’on ait beaucoup appris dans les états major d’Irak 2003 du problème posé par la décapitation large :
Je ne crois donc pas que :
-le remplacement pose problème si l’on confie la gestion des régions aux étages inférieurs, soit la tête de ces troupes d’élites.
-la fiabilité des agents infiltrés soit parfaite au vu des différences de niveau de vie ou de confort.
-la population du sud bascule dans le régime du nord avec le sourire, sans résistance.
-que les troupes classées comme élites soit à un standard permettant l’action de cette ampleur.
-que l’armée conventionnelle, indispensable et organisé à la soviétique, ne se fasse pas balayer dû au terrain urbain et aux avancées technologiques.
Donc pour ma modeste part, seule une frappe non conventionnelle corresponds à la meilleur option bénéfice/perte.
Une frappe sur Inchon pour le symbole…
2 mai 2009 à 19:54 tellosCiter
C’est dur de ce rendre compte que le pays est toujours en guerre, quand on est là bas.
Seul une fois, nous avons croisé un convoi militaire, qui « recherchait des espions nord Coréens » dans les montagnes autour de Geongju.
C’est aussi dur de s’imaginer que les soldat d’élite commencent à s’entrainer dès l’age de 12ans. Comme les spartiates.
Mais je crois que ce qui causera la perte du governement Nord Coréen, c’est les choco pies:D
http://tinyurl.com/d8qpmp
3 mai 2009 à 16:20 ScorpiusCiter
Deux précisions :
-Séoul est à portée de l’artillerie conventionnelle nord-coréenne, si ma mémoire est exacte. La Corée du Nord peut infliger des pertes à la population Sud-Coréenne sans pour autant avoir à entrer sur le territoire ennemi et sans recourir aux frappes non-conventionnelles. Cf. Berlin 1945.
-Le meilleur scenario, pas si insensé que ça : les prétoriens prennent le pouvoir et réforment d’une main de fer. 20 ans après, ouverture du pays, réunification moins douloureuse pour les deux parties, arrêt des famines depuis belle lurette et prétoriens non-inquiétés au final. Bon, d’accord, Garzon aura sans doute décerné un mandat d’arrêt international à leur encontre, mais on s’en fiche.
Après tout, la Corée du Sud a bien accepté sans trop broncher pendant 20 ans une quasi-dictature qui a transformé, malgré ses exactions, une Corée dévastée par la guere en un pays compétitif et développé.
3 mai 2009 à 19:22 A.g.Citer
Correct, maintenant je doute que le sud ne se contente de regarder les obus tomber sans -au moins- les faire cesser. La valeur d’un simple bombardement conventionnel est assez faible en terme de bénéfice politique a part agacer les populations et forcer les gouvernants a l’action, donc a créer un préjudice important pour le nord.
Je doute aussi que les Usa, le Japon, Taiwan applaudissent des deux mains à l’avancée d’un pion chinois et communistes dans la région.
Par contre j’ai peur que le conditionnement du Nord ne provoque de nombreux comportement similaire aux soldats japonais isolés ou les allemands a Brest, qui ont continué le combat bien après l’armistice .
Mais j’ai vraiment du mal a croire que les Nordistes n’est pas le même syndrome que les allemand de l’est un fois le mur tombé en cas d’insertion au sud.
6 mai 2009 à 10:15 SchizodoxeCiter
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