Le coffre à Picsou | Actualités | Politique

Minister sum, ergo non cogito

Minister sum, ergo non cogito

sdx_screenshot_011« Je suis ministre, je ne sais rien faire », bêlait Louis de Funès, grimé en Don Salluste. Combien de nos ministres pourraient s’exclamer aujourd’hui, et en toute bonne foi, « Je suis ministre, je ne pense pas » ? Minister sum, ergo non cogito, aurait dit l’autre. Michèle Alliot-Marie, l’une des plus illustres représentantes de cette espèce en voie de remaniement, vient en tous cas de prouver à nouveau que, en plus de confondre allègrement corrélation et causalité, elle était tout à fait apte à écrire des décrets avec les pieds. Et encore, les gauches.

Les récentes émeutes à Strasbourg, en marge du sommet de l’OTAN, qui s’étaient soldées par plusieurs incendies criminels et des déprédations par dizaines, ont amené MAM à réfléchir sur les manifestations. Et à découvrir un phénomène fort curieux : les casseurs sont cagoulés. Immanquablement. Black-blockeux, anarchistes, autonomes ou autres : la cagoule (et non la Cagoule) est de rigueur. Ergo : interdisons la cagoule et tout ira pour le mieux.

Ce raisonnement qui ne manque pas de subtilité devrait donc donner naissance, dans les prochains jours, à un décret, dont l’un des principaux articles sera rédigé comme suit :

« Tout participant à une manifestation publique, en dissimulant volontairement son visage dans le but de ne pas être identifié, est puni de l’amende prévue pour les contraventions de 5e classe » (soit 1 500 euros)

Et là, miracle ! du jour au lendemain, toutes les manifestations se dérouleront pacifiquement, sans cagoule ni haine, sans voile ni violence. Naturellement ! Et les forces de l’ordre arrêteront, sans heurt, les quelques résistants qui auront osé porter la cagoule. La cagoule comme révélateur de la délinquance ! Il suffisait d’y penser ! Quand on imagine qu’avant ce texte, la police devait coincer des délinquants violents ! des voleurs ! des pilleurs ! des incendiaires ! Quelle difficulté à les repérer…

Naturellement, l’application de ce texte n’ira pas sans quelques dommages collatéraux, ne serait-ce que parce qu’une « manifestation publique », c’est large, et que le « but de ne pas être identifié », c’est assez anodin. Quelques exemples ? Un carnaval est une manifestation publique à l’occasion de laquelle on se déguise avec, notamment, des masques. Au trou, les carnavaliers ! Certaines processions religieuses, au sud de la France, exigent que l’on soit couvert. Au violon, les bigots ! Et les femmes musulmanes ? A l’ombre ! et les traditionnels masques vénitiens des détracteurs de la pollution ? Aux lions !

Mais la fin justifie les moyens, et grâce à ce décret, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ou plutôt tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si seulement MAM et consorts avaient, ne serait-ce qu’identifié les problèmes (1°) et pensé à la portée de leur texte (2°). La rédaction lâche et indistincte de textes vagues est, malheureusement, l’un des procédés régulièrement utilisés pour accroître le contrôle public. Et je préférerais savoir nos ministres stupides (Beati Pauperes Spiritu) qu’aussi avides de contrôle.



Share/Bookmark

Olaiv est un défenseur de la diversité, du vivrensemble, et propose à chacun une ligne de vie basée sur le respect d'autrui et l'amour du partage.
Écrire à cet auteur | Tous les billets de Olaiv

13 commentaires pour “ Minister sum, ergo non cogito ”

  1. J’ai hâte de voir les CRS charger les gugusses déguisés comme des clowns du Carnaval de Venise. Lacrymo sur la place St-Marc !  

    Citer

  2. Une seule mécanique politique

    problème x médiatisé -> émotion (afférences) -> réaction médiatique et légifération (efférences)

    C’est pavlovien, de l’ordre du réflexe.

    En politique, la raison est morte. Le cerveau reptilien suffit.  

    Citer

  3. reply thierry : Qu’en politique ?  

    Citer

  4. Dalhia : Je suis encore suffisamment optimiste pour croire, qu’en dehors des journalistes, de leurs mé(r)dias qui portent une lourde responsabilité en induisant chez le politique ce type réponse qui doit nécessairement être aussi bruyante médiatiquement que l’évènement émotionnel initiateur (sans quoi elle n’apparait pas comme efficace), et des politiques eux-mêmes qui se complaisent dans cette attitude plutôt que de la refuser, il y a encore des gens sensés, raisonnables et silencieux.  

    Citer

  5. Encore une loi contre la Corse…

      

    Citer

  6. Aïe, aie aïe, encore une fois, un talent manifeste pollué par la mauvaise foi.

    Vous savez comme moi que le principe d’action d’une force de police régalienne et surtout démocratique est la loi et, comme nous en avons déjà discuté, l’art consiste à faire se rejoindre la réalité (complexe) aux textes de lois (généralement précis) qui sont eux mêmes arbitrés par les juges (donc aléatoire).
    Ici on a un acte autorisé, si il est fait dans les règles, la manifestation (en gros se rassembler pour exprimer son opposition à quelque chose), qui peut dégénerer en attroupement (art 431-3 du Code Pénal).
    Sans aborder l’incohérence à se rendre sur la voie publique pour s’exprimer masqué, ce simple ajout permettra l’intervention en amont, pourtant tellement souhaité aprés coups par nos amis les journalistes, mais que ne permettait pas le simple article 78-2 alinéa 6 du code de procédure pénal, pour le coup nettement plus arbitraire.
    En clair vous ètes mécontent et vous voulez le faire savoir, allez y a visage découvert, franchement.
    Si vous arrivez à cagoulé disséminé dans la foule pacifique avec la volonté de ruiner l’environnement dés que vous êtes un pack de 6 et reprendre votre petite vie de cadre performant sans vouloir assumer les conséquences de vos actes, ben ça sera moins facile, parce que l’on vous tombera sur le dos -légalement- j’insiste, avant que vous n’y parveniez.
    Quant à l’évocation finale du folklore religieux ou régional un troll à du s’emparer de votre clavier avant la soumission du texte  

    Citer

  7. thierry :

    Je suis en plein dedans, c’est pas aussi con que présenté.
    Soit on chope les gars avant et dans cas là on est VRAIMENT despotique (ils ont rien fait au regard de la loi); soit on attends qu’ils saccagent la zone quand ils sont assez nombreux mais c’est nettement plus chaud pour ceux qui vont les chercher; soit on les photographie où on enquête pour les trouver après et on leurs présente la facture à la maison (moins cool politiquement, médiatiquement et concrètement,( quand votre hôtel a brûlé, que les connards qui l’ont incendié prennent 1 ans ou 2 -au mieux- çà vous fait une belle jambe)).
    Donc là, motif matérialisé clairement (un peu comme le type avec sa bière aux abords d’un stade aprés une interdiction de conso sur la V-P) : contrôle pour verbaliser, simple amende donc pas de menotte ni de garde à vue, mais :
    -sans documents d’identité => retenue de 4 heures possible évac du problème de la zone.
    -attitude hostile lors de la verbalisation => rebellion au sens de l’article 433-6 du code pénal, => flagrant délit 53 et 73 du code pénal => menotte => évac de la zone pour garde à vue de 48 heures max.
    Donc adaptation du cadre légal à la réalité, pour une fois.

    C’est une évolution de la façon de travailler, comme par exemple l’étude en cour sur les coktail molotov améliorés avec des produits qui ont cramés les gars au 2éme degré malgré des tenues inifugées, ou la conception des protections de jambes quand les mecs en face tiraient des boulons à la frondes sous les boucliers.
    Pas un texte cosmétique comme pour les ascenceurs en panne ou les occupations de hall d’immeubles, mais c’était pas le même ministre…  

    Citer

  8. Pour la casse je me range volontiers à l’avis d’A.g. : tu casses, tu assumes les conséquences.
    Mais j’aimerais conserver la possibilité de manifester sans être reconnu personnellement.

    Sinon MAM (ou autre) devrait aller au bout du raisonnement et interdire l’isoloir lors des votes. Non mais, tous ces individus qui avancent masqués pour exprimer leur avis… Qu’on verbalise !  

    Citer

  9. Je ne discute le fond de la loi (et je crois que c’est aussi le cas d’Olaiv dans son article) mais seulement l’empilement législatif réactionnel et souvent inutile qui est la seule réponse que les politiques soient capables de donner aujourd’hui.

    Actuellement, les politiques ne sont plus capables d’ « aprioricité ». Ils n’ont plus de projet de société et ne sont plus capables que de faire dans la réponse réactionnelle a postériori immédiate et émotionnelle. Ils s’adaptent au monde qui change plutôt que de proposer de le changer. La vraie réponse dans ce cas n’est pas de s’intéresser aux cagoules mais aux raisons qui font qu’une pensée d’extrême gauche plutôt irrationnelle puisque soit-disant antimilitariste mais violente s’exprime et ait de façon générale une fenêtre médiatique si large et complaisante. Avez-vous entendu les journalistes qui après coup tentaient de faire porter le chapeau aux flics en tenant ce type de discours: « s’il y a eu des violences, c’est parce qu’il n’y avait personne pour les empêcher »? Ne croyez-vous pas que ce type de discours légitime (voire encourage) l’action des anarchistes de gauche? Croyez-vous que la tolérance médiatique aurait été si grande si les manifestants étaient des anarchistes de droite?  

    Citer

  10. Toute la réflexion concernant les réponses à apporter aux émeutes violentes est oblitérée par le souvenir de la trop fameuse « affaire » Oussekine.

    Partant de là, la pensée magique de l’efficacité intrinsèque de la loi est la seule possible pour les décideurs.  

    Citer

  11. Schizodoxe :

    Clairement, on peut toutefois sentir une tendance (en interne) à prendre conscience que la seule exposition de force de police comme exutoire commence à coûter en terme d’image, d’infrastructure et -plus important pour ma partie en particulier- en terme de bonshommes HS et de répercussion sur les capacités.
    Un G20 et une Corse -ou en une heure une compagnie complète s’est fait démontée en 2 heures d’affrontements (63 bléssés et pas par poussière dans l’oeuil…)- par mois et on terminera pas l’année.
    En plus les moyens en face (boules de pétanque trafiquées en grenade par percage et remplissage d’explosif ou canon anti-grèle à bout portant) commence a déséquilibrer le rapport de force à chaque engagement.

    Oldcola :

    Au contraire pour le vote, l’anonymat protège réellement untel du lynchage ou de la pression (genre campagne entre deux tours 2002…).

    thierry :

    A mon sens il est là problème, les valeurs morales véhiculés par l’ensemble d’une frange de la population. Tant qu’on aura une abrutie au 13H local capable de faire un portrait énamouré d’un anar poseur de bombe du début du siècle avec pour phrase de conclusion « c’était un homme vraiment libre… » ou que les succés du cinéma sera un pilleur de banque présenté sur l’affiche comme le Christ crucifié avec les félicitations du jury on continuera sur cette pente.
    Mais quand vous vous élevez contre çà vous êtes soit un réac soit un disciple de Pinochet.  

    Citer

  12. A.g. : Je comprends que les CRS veuillent pouvoir rentrer entiers chez eux après le boulot. Je suis franchement pour sans hésitation aucune et ma sympathie va à ceux qui ne le peuvent pas.

    Mais de même si une abrutie est enamourée d’un anar c’est son droit et je ne vois pas de problème particulier à ce qu’un jury félicite une oeuvre cinéma.
    Ce sont leurs opinions et les CRS devraient mettre leur intégrité physique en jeu pour défendre leur droit d’exprimer ces opinions.

    Dans l’exercice de leurs fonctions leurs avis personnels peuvent-ils jouer un rôle quelconque ? J’espère que non.  

    Citer

  13. Oldcola :

    Bien sur, aucun problème pour les opinions et les risques à prendre pour que les gens puissent les avoirs et les exprimer sans être embêter. Normal aussi que ceux chargés du maintien de l’ordre ou de son rétablissement en payent aussi le prix.
    La ou ça m’irrite nettement plus c’est quand ce sont ces valeurs déstabilisatrices qui sont mise en modèle rapport à la vie en société.
    Plusieurs parutions récentes, dont une de science et vie, si ma mémoire est bonne, démontraient que les bébés « reconnaissaient » les comportements vertueux (entraide-coopération etc…) et réagissaient positivement et agréablement comparés à ceux de conflits ou d’obstacles à l’exécution de quelques choses parce que celà semble « naturellement » les comportements qui privilégient la survie de l’espèce.
    Donc à contrario que certains trouvent un interet ou un plaisir à nager à contre courant je peux le comprendre à titre individuel, s’affranchir des règles est généralement plaisant, çà diminue la concurrence en exposant à des difficultés supplémentaires ceux qui tombent dans le panneau; admettons.
    Que l’on favorise l’émergence ou le développement des comportements asociaux à travers le divertissement, l’information subjective c’est pour moi à terme dangereux. On peut penser ce que l’on veut on n’en est pas moins responsable de l’impact de ses propos sur ceux qui reçoivent le message. A la limite quand toutes les tendances sont représentées un équilibre se forme mais çà ne me semble pas être le cas.
    Je m’interroge aussi sur la durée de validité du principe consistant pour un pouvoir dirigeant à se servir de ses forces comme défouloir pour toutes les populations en difficultés.

    Pour finir sur l’influence de l’avis des intervenants : jamais en amont .
    Les modes d’emplois en groupe qui dépersonnalisent l’individu, le contraste entre la discipline staliniene en opération et celle plus… -j’ai même pas le terme- en situation générale, garantie une neutralité de fait. (Par exemple lors de Villiers le Bel, d’aprés les témoignages des urbains les crs tombaient les uns aprés les autres sous des tirs de fusils à 20-25 mètres, personnes n’a riposté).
    Bon maintenant je ne vais pas insulter l’intelligence de quiconque en racontant des salades,au troisième ou quatrième jour de CPE le type que vous avez vu balancer le projectile qui à envoyé votre pote à l’hosto si vous avez l’opportunité d’aller le chercher il va pas être manipulé comme l’infirmier qui fait un sit-in.  

    Citer

Laisser un commentaire