Kulchur | Suburbia

La suburbia, par Bruce Bégout

suburbia

Nous sommes dans la suburbia lorsque nous prenons la voiture pour aller acheter du pain.

Nous sommes dans la suburbia là où les livreurs de pizza errent le soir sans fin dans les rues mal éclairées.

Nous sommes dans la suburbia quand tous le bâtiments commencent à ressembler à des stations-services.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les bretelles d’autoroute constituent les repères spatiaux habituels.

Nous sommes dans la suburbia si le temps que nous passons à garer notre voiture est inférieur à cinq minutes.

Nous sommes dans la suburbia si, où que nous nous trouvions, notre horizon visuel est rempli de panneaux de signalisation.

Nous sommes dans la suburbia là où les parkings désertés constituent des lieux de sociabilité nocturne.

Nous sommes dans la suburbia si un centre commercial représente un pôle d’attraction hebdomadaire voire quotidien.

Nous sommes dans la suburbia lorsque nous comptons les distances en temps et non en espace à parcourir.

Nous sommes dans la suburbia si le sens de la limite ne signifie plus rien.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les maisons-témoins des promoteurs immobiliers forment des havres de paix.

Nous sommes dans la suburbia à partir du moment où les quartiers neufs paraissent vieux avant même d’avoir été habités.

Nous sommes dans la suburbia lorsque apparaissent comme des cibles.

Nous sommes dans la suburbia lorsque l’expression « en ville » ne signifie plus rien.

Nous sommes dans la suburbia à partir du moment où l’on ne sait plus où aller.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les individus bénéficient de plus de place et de moins de temps.

Nous sommes dans la suburbia si nos voisins nous connaissent sans nous fréquenter, et inversement.

Nous sommes dans la suburbia là où les paraboles tournées vers le ciel abondent sur les toits et les balcons d’immeubles.

Nous sommes dans la suburbia lorsque le distributeur automatique de vidéo représente le lieu de rencontre habituel du voisinage.

Nous sommes dans la suburbia si le temps passé devant la télévision excède celui passé au travail et dans les transports.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les galeries marchandes constituent le lieu favori de promenade dominicale.

In J.G. Ballard Hautes Altitudes, sous la direction de Jérome Schmidt et Emilie Notéris, è®e, 2008.




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Dalhia est un symptôme de la dépression. Et du voyage dans le temps.
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5 commentaires pour “ La suburbia, par Bruce Bégout ”

  1. Merde j’ai grandi en plein dedans…  Citer

  2. Merde j’ai grandi a côté. C’est pour ça que je méprise les grandes villes en fait.  Citer

  3. Merde j’ai grandi loin de tout ça. Qu’est ce que j’ai raté ?  Citer

  4. Vous avez raté le monde Phil, le monde.  Citer

  5. hmm, perso, rien raté, à part la futilité sombre et puissante de la modernité et de l’homme dopé à la technologie et aux capacités surnaturelles issues de la science.

    Ma foi, des tripoux au ptit dèj, de la salade de gésiers au midi et de l’aligot le soir ça me va perso. et cela est toutefois relativement écolo en fait.  Citer

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