Invités | Kulchur
On raconte depuis toujours
On raconte depuis toujours que la venue au monde d’un monstre humain est synonyme de mauvais œil. C’est pour cela qu’on les tuait dans l’antiquité.
Le monstre est cependant un avertisseur (du latin moneo qui signifie avertir). Il catalyse tout le malaise d’une société et s’en fait le miroir physique. Les guerres, les catastrophes nucléaires, les attaques chimiques sont porteuses de monstres.
Les monstres humains existent toujours. Ils naissent cachés, vivent cachés et meurent cachés. La présence du monstrueux dans mon travail est le résultat d’une trop forte pression de l’idéal de beauté que charrie notre société trop bien pensante, en un mot : hypocrite.
Mes dessins reprennent cette idée de dissimulation. Dans l’ombre est toujours caché le monstre de quelqu’un. Ici il est plein de vie, il n’est pas dans une prison de verre et de formol.
L’objet poupée prend une dimension parodique dans mes travaux. La monstruosité touchant un symbole de l’enfance : le jouet. Elles donnent aussi une dimension concrète à la difformité des corps. Toutes les poupées, prises ici en photo noir et blanc, sont porteuses de syndromes génétiques existant dans la réalité.
La poupée est le premier contact de l’enfant avec la norme de ce qui doit être en ce monde. Revoir ce standard de perfection physique du poupon de plastique c’est laisser transpirer, avec un certain cynisme certes, un malaise de la chair que l’humain cherche naturellement à ignorer.
Ils sont le reflet de notre société au plus mal (crises, chômage, galère, hypocrisie du gouvernement), ils sont le malaise de la chair et de l’esprit. Ils ne sont pas autres, ils sont humains, ils sont nous et ils nous rappellent sans cesse que nous aurions pu être à leur place.
Yann Parmentier






























20 mars 2009 à 7:54Je découvre ce post à l’instant (merci Sdx)… J’aime bien vos petits Shoggoths
Trêve de plaisanterie : je ne vois pas en quoi le rejet social du monstre serait hypocrite. Que l’on ne veuille pas voir ce qui n’est pas « normal » est relativement humain, non ?
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29 mars 2009 à 12:48Effectivement,avec le recul le mot « hypocrite » est un peu fort concernant une attitude humaine naturelle.
Rechercher la normalité, au du moins une norme (qu’est ce que la norme me direz vous?), est une caractéristique qui nous a permis d’évoluer dans le « bon sens » génétique.
Par ce terme mal placé, c’est une température ambiante de tendances diverses véhiculées par les médias en général. un état d’esprit qui fait la part belle a la perfection, la richesse et la beauté, autant de canons qui idéalisent une société (la notre) qui n’y correspond pas en ce moment.
il n’y a jamais eu autant d’émissions de télévision sur les miliardaires que depuis que le pouvoir d’achat est en berne. Montrer des gens dilapider des milliers d’euros dans des futilités pendant que d’autres ne peuvent même pas se nourrir, c’est cela que je considère comme une forme d’hypocrisie.
vous avez raison, c’est humain de rechercher la normalité et c’est aussi humains de se voiler la face devant un monde imparfait.
c’est ce monde imparfait que je représente ici avec un certain humour noir.
le mot est peut-être mal utilisé ici mais si vous en trouvez un plus approprié je suis ouvert.
merci pour votre critique.
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31 mars 2009 à 3:52Justement, le « bon sens génétique » est peut-être plus ambigu que cela. En faire le but est une chose (ce vers quoi tendent les comportements individuels et collectifs). Mais ce même « bon sens » peut également être, en même temps, la cause et le moyen. Il n’y a sans doute pas de notion de choix en la matière, mais plutôt l’accomplissement d’une évidence physique, que ce soit dans le rejet du monstre (rejet qui peut ne pas être dénué de compassion, d’ailleurs) ou dans la glorification (individuelle ou collective) de la perfection.
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31 mai 2009 à 17:10Bonjour!
Je me permet de laisser un commentaire pour alimenter si vous voulez votre débat et votre réflexion.
Suivant votre démarche sur la première norme sociale à laquelle ont affaire les enfants, j’ai choisis de faire une expérience dans mon lycée, étant lycéenne. Elle a consisté en la création d’une poupée de chiffon géante, monstrueuse si l’on peut dire. Elle est affublée de seins et d’organes génitaux masculin, d’un anus également. A son contact, le comportement des élèves à changé, Monsieur Spok, comme je l’ai baptisé, est rentré dans la norme! Mieux encore, un phénomène d’imitation se produit! Quelques mois après avoir installé M. Spok, une madame spok est apparue! Puis un bébé Spok! Sans bien sûr que j’y sois pour quelque chose! Mais encore mieux, désormais il est devenu un ami! C’est à peine croyable (facebook: Spoke Cornouaille) Par hasard, j’ai pu voir que les M.Spok fleurissaient dans les lycées avoisinants, d’autres poupées de chiffons apparaissent!
M. Spok dans les faits, est pendu au plafond, bras et jambes ballants. Il n’a pas vraiment le statut d’ »oeuvre » et les élèves l’approchent et le touchent donc sans gêne. Ses organes génitaux sont l’objets de plaisanteries et il n’est pas rare de le retrouver dans des positions assez étranges (d’autant que maintenant il a une femme…). De poupée monstrueuse, il est passé à objet initiatique…interessant non? =)
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