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Tocqueville et le despotisme démocratique d’Etat

tocquevilleTocqueville, dans L’ancien régime et la Révolution, p. 260 :

Cet immense pouvoir social que les économistes imaginent n’est pas seulement plus grand qu’aucun de ceux qu’ils ont sous les yeux ; il en diffère encore par l’origine et le caractère. Il ne découle pas directement de Dieu ; il ne se rattache point à la tradition ; il est impersonnel : il ne s’appelle plus le roi mais l’Etat ; il n’est pas l’héritage d’une famille ; il est le produit et le représentant de tous, et doit faire plier le droit de chacun sous la volonté de tous.

Cette forme particulière de la tyrannie qu’on nomme le despotisme démocratique, dont le moyen âge n’avait pas eu l’idée, leur est déjà familière. Plus de hiérarchie dans la société, plus de classes marquées, plus de rangs fixes ; un peuple composé d’individus presque semblables et entièrement égaux, cette masse confuse reconnue pour le seul souverain légitime, mais soigneusement privée de toutes les facultés qui pourraient lui permettre de diriger et même de surveiller elle-même son gouvernement. Au-dessus d’elle, un mandataire unique, chargé de tout faire en son nom sans la consulter.

Pour contrôler celui-ci, une raison publique sans organes ; pour l’arrêter, des révolutions, et non des lois : en droit, un agent subordonné ; en fait, un maître.

Toute ressemblance du Régime décrit ici avec notre belle République serait bien entendu purement fortuite et involontaire.

Le Hobbes qui écrirait la théorie politique du Léviathan du despotisme démocratique (à ne pas confondre avec le despotisme hydraulique) n’est malheureusement pas encore né.

A l’heure où il devient difficile de ne pas faire un acte qui relève du délit pénal (donner une gifle à son fils, fumer à une terrasse de café, demain ne pas manger cinq fruits et légumes par jour etc…), la dissection analytique du monstre démocratique devient une tâche urgente.



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7 commentaires pour “ Tocqueville et le despotisme démocratique d’Etat ”

  1. Vu la crise actuelle et le discours ambiant anti-libéral qui tend à devenir la nouvelle doxa, on n’a pas fini d’en bouffer du léviathan qui, plus que jamais et à la demande quasi-générale, ne demande qu’à se dilater et s’étendre.  

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  2. Oui, mais bon, là c’est pour notre bien.  

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  3. Vous êtes sûr?

    Tout le reste aussi, c’est pour notre bien ou plutôt pour ce que l’état imagine qu’il est bon pour nous. Ce n’est pas le manque d’état qui a déclenché le merdier économique actuel, juste le manque de morale de grosses pourritures qui ont réussi à prendre les commandes du système et de crétins avares et incompétents (la forme a pris le pas sur le fond et le moyen est devenu la finalité). Et jamais l’état ne pourra suppléer à ce manque en garantissant des valeurs morales. Au mieux, il imposera des contraintes légales au prix de la liberté.

    Et effectivement, il y a deux solutions:
    - un être humain émancipé et responsable donc moral et libre traversé par des valeurs transcendantes dans une économie morale,
    - un être humain qui laisse sa responsabilité et donc sa liberté aux mains d’un état, un être qui peut se permettre d’être amoral car soumis aux lois dans une économique planifiée.

    Je préfère la première solution.  

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  4. Si c’est ce que les gens veulent …..  

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  5. Ouais, mais pas tous les gens (je vous sens résigné)…et comment dés lors, et à considérer qu’une majorité le veule, ne pas imposer le despotisme démocratique (s’agit-il d’ailleurs encore d’une démocratie?) dont parle Tocqueville à ceux qui n’en veulent pas ?  

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  6. Une économie n’est pas morale et ne le sera jamais. Et des individus laissés à eux-mêmes ou soumis à un état ne sont quasiment jamais traversés par des valeurs morales.

    Vouloir être responsable de ses actes ou vouloir que ce soit une communauté qui paye pour vous, être individualiste ou être collectiviste, la question n’a que peu d’intérêt si c’est pour arriver aux mêmes résultats immoraux, comme par exemple des gamines de 10 ans en string pour imiter Britney Spears ou une EducNat qui explique aux mêmes gamines qu’elles peuvent être lesbiennes et que c’est « cool ». Certes la hauteur morale des moyens diffère (j’ai aussi ma préférence pour le premier choix) mais la fin ne varie guère.

    Pourquoi? Parce qu’il n’y a plus de transcendance (Dieu est remplacé par le matérialisme), il n’y a plus de traditions (le règne de la nouveauté), il n’y a plus de personne (le roi est devenu l’État dans les deux cas), il n’y a plus de familles (l’exclusivité de l’individualité/collectivité) ou d’autres corps intermédiaires …

    On peut retourner l’ambivalence individualité libérale/collectivité socialiste dans tous les sens, le résultat post-moderne restera le même : une masse confuse et un pouvoir tutélaire. C’est à mon sens l’esprit de cette citation.  

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  7. Couhoulinn :

    Correct,

    Par contre là ou c’est inquiétant c’est quand ce résultat ne découle pas d’une évolution naturelle. Je ne sais pas si en France le mouvement de brouillage ou de dissolution des repères ne soit pas volontaire. Un peu comme la route de la servitude d’Olaiv.  

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