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Le retour de l’OTAN à sa place ?

Les conséquences du réchauffement climatique sur les équilibres écologiques, économiques politiques et géopolitiques (ou thalassopolitiques pour reprendre le mot de Freund) de la zone arctique ont déjà fait l’objet de plusieurs articles dans divers médias. Nous-mêmes, nous avons consacré quelques billets au sujet. Cependant, alors qu’en général ce sont les aspects écologiques faisant appel au pathos qui ont l’honneur du plus grand nombre de publications, ici, c’est plutôt aux autres aspects auxquels nous nous sommes plutôt intéressés et que nous allons continuer, aujourd’hui, à discuter.
Un séminaire sur les perspectives en matière de sécurité dans la zone du Grand Nord à eu lieu mercredi et jeudi dernier à Reykjavik sous les auspices de son initiateur, le gouvernement islandais. Parmi les nombreux invités, il y avait, comme il se doit, le secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer. Parlant au nom des seules forces militaires comparables à celles de la Russie et présentes dans la région, il allait de soi que c’est surtout de lui que l’on attendait quelque chose. C’est le second et dernier jour du séminaire qu’il a prononcé une courte allocution dans laquelle il a décrit sommairement les intentions de l’OTAN.
Tout d’abord — est-ce intentionnel de sa part ? — il semble rappeler que le fait que l’OTAN s’intéresse à cette zone du monde est plus dans l’ordre des choses que d’aller porter le fer, le feu et des soins humanitaires dans divers points « chauds » du monde. Peut-être est-ce là le sens de sa remarque introductive sur la différence de climat entre les zones actuelles d’engagement de l’OTAN, qui sont très méridionales, et celle du temps qu’il fait à Reykjavik… Mais, jouant sur le double sens de « chaud », il insinue que le réchauffement climatique du Grand Nord pourrait s’ traduire par un échauffement des esprits.
Cependant, comme pour désamorcer cela, il ajoute :
Nous sommes réunis ici aujourd’hui non pas pour répondre à une menace précise, mais pour répondre à un changement, avec l’intention de mieux comprendre ce changement.
La menace précise qui n’est pas citée, mais qui est dans les esprits de tous est, bien sûr, la Russie. Il ne la nomme pas encore et il ne le fera que d’une façon positive en évoquant la nécessité d’une collaboration entre elle et l’OTAN au sein d’un conseil commun, mais c’est d’elle dont il s’agit.
Il ajoute en conclusion que :
Les changements provoqués par la fonte progressive de la calotte glaciaire préoccupent de nombreux pays et pas seulement les membres du Conseil de l’Arctique et ceux de l’OTAN. En effet, la communauté internationale dans son ensemble va être touchée par les nombreux changements déjà en cours. C’est pourquoi il faut que l’OTAN détermine les domaines dans lesquels l’Alliance, qui possède des compétences spécifiques, peut apporter une valeur ajoutée.
Pour Jaap de Hoop Scheffer, le réchauffement impose à l’OTAN de « détermin[er] les domaines dans lesquels l’Alliance […] peut apporter une valeur ajoutée » dans
- l’organisation de la navigation,
- la gestion des ressources,
- l’arbitrage — quoiqu’il réfute le terme (à raison, car l’OTAN n’est pas neutre en l’occurrence) — des revendications territoriales.
Mais il ne précise pas en quoi l’Alliance peut apporter une « valeur ajoutée » dans ces divers domaines. C’est que, comme il le dit justement, le Grand Nord n’est qu’un des théâtres dans lequel l’OTAN a un rôle à jouer et le sort de l’Arctique dépend grandement des moyens dont l’OTAN disposera après s’être dispersée aux quatre coins du monde. L’OTAN qui a sauvé l’Europe perdra-t-elle le Grand Nord — l’avenir — pour chasser les pirates de la Corne de l’Afrique (NB : avec un peu d’aide des Russes…) et quelques barbus en Afghanistan ?
Source : OTAN.
















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