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Le temps est venu…

La principale raison que j’avais de m’intéresser à l’élection de Brack Obama n’était pas du tout liée à sa personnalité ni à ses intentions politiques, mais aux espoirs ou aux fantaisies que son élection semblait susciter chez beaucoup de ses électeurs. Je m’en étais expliqué en plusieurs endroits (ici, là ou là encore) et j’y suis revenu d’une façon générale en évoquant l’obamamètre. Comme un cas exemplaire s’offre à moi, je ne résiste pas à l’envie de remettre l’ouvrage sur le métier.
On a souvent présenté, en France, la phrase « repeindre la Maison Blanche en noir » comme témoignant du racisme latent des Américains blancs. En fait, comme je l’ai dit ailleurs, c’était là une aspiration d’une large partie de l’électorat noir et d’une part non négligeable des électeurs blancs. Cette métaphore n’est prise au pied de la lettre par personne, mais son esprit semble animer certains. Ainsi, John Foley qui enseigne l’anglais à la Ridgefield High School (WA), pense qu’il est temps d’épurer la littérature des auteurs usant de certains mots. En guise de peinture noire sur la Maison Blanche, c’est le mot nigger — the N-Word — qu’il faut chasser de devant les yeux des enfants. Voici ce qu’il dit dans une tribune du Seattle Post :
Le temps est venu de remettre à jour les programmes de littérature du secondaire. Maintenant que Barack Obama est [le président] des Etats-Unis, les romans où se trouve plusieurs fois le N-Word doivent en être exclus.
Cela donc, quitte à supprimer tout un pan de la littérature américaine — car, en effet, le mot est commun. Pire, suivant les époques, il n’était pas péjoratif. Ainsi donc, devraient disparaître Les aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee, Des souris et des hommes de Steinbeck, etc. Peu importe que ces romans ne soient pas racistes, voire qu’ils aient un discours contre le racisme, seul compte le N-Word…

On pourrait longtemps argumenter sur la bêtise de la chose ou sur le fait qu’Obama serait très certainement atterré que l’on prenne ce genre d’initiative en son nom, il n’en reste pas moins que John Foley agit d’une façon logique et cohérente dans un contexte donné. C’est pour cela que je vais me risquer à un exercice difficile : je vais prendre la défense de ce pauvre homme. Mais tout d’abord, écoutons-le, laissons-lui la parole :
Expliquer que Twain n’était pas raciste — ou du moins, qu’il ne haïssait par les Afro-Américains (il est bien connu qu’il avait des préjugés contre les Indiens) — c’est un défi de taille. J’explique que Jim, un homme noir, est le héros du livre. Je leur dis Huck perçoit finalement son erreur, s’excuse auprès de Jim puis s’engage à l’aider à s’échapper à l’esclavage. Oui, je leur dis, il fait tout cela tout en continuant de se référer à Jim par ce mot humiliant, mais Twain est simplement réaliste.
Beaucoup d’étudiants entendent juste le N-word. C’est particulièrement vrai, bien sûr, des étudiants afro-américains. Je n’ai pas enseigné Huck Finn dans une classe majoritairement noire, et je pense qu’il serait extrêmement difficile, sinon impossible, de le faire efficacement. À quelques exceptions près, tous les étudiants noirs dans mes classes au cours des années se sont montrés très mal à l’aise quand j’ai abordé ces questions au début du cours. Et je ne veux plus jamais avoir à rationaliser Huck Finn face à une mère afro-américaine en colère, de nouveau, aussi longtemps que je respire.
Car les belles âmes si promptes à dénoncer un excès ne voient pas que c’est là, de la part de ce professeur, un choix logique et, à vrai dire, inéluctable. A force de politiquement correct, il est devenu impossible d’aborder certains sujets aux Etats-Unis. Et ceux qui défendent Mark Twain contre John Foley ne le feraient sans doute pas pas contre « une mère afro-américaine en colère » qui considère qu’en lisant Mark Twain en cours, on traite indirectement son fils de nègre.
John Foley a parfaitement raison de prendre acte du changement de fond qui a eu lieu avec l’élection de Barack Obama :
Certains peuvent appeler cela l’apostasie, j’appelle ça du bon sens. La victoire d’Obama signale que les Américains sont prêts pour le changement. Suivrons donc son exemple et faisant le changement qui supprime le N-mot du programme des études secondaires.
On a été répétant sur tous les toits et sur tous les tons qu’il était formidable qu’Obama soit noir, il ne faut pas s’étonner que sa couleur entre en ligne de compte aujourd’hui. Et Obama n’y pourra rien. Franchement, je le plains et j’imagine bien qu’il finisse à peine plus populaire que Bush junior…
















28 janvier 2009 à 21:49Il ont obligé Lucjy Luke de ne plus cloper ces enfumés, on va pas en faire une affaire pour « nigger ». Peuvent le gommer comme s’il n’avait jamais existé. Vous me mettez du côté de Carlin sur celle-ci. Nous sommes tous les deux barbus…
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