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La queue du paon

darwinAlors que les journaux sérieux comme Libération affirment que l’homme est un être purement culturel et que les sciences en général et le darwinisme en particulier n’ont rien à dire de son histoire et de son comportement, les publications humoristiques et notoirement peu sérieuses comme The Economist se demandent si ce n’est pas le contraire qui serait vrai.

Au travers de trois articles sur la musique, le shopping et la violence, The Economist interroge le darwinisme sur ce qu’il a nous dire de l’homme.

L’idée est que rien dans le comportement humain n’est intelligible hors du cadre de l’évolution. Cette vision de l’histoire humaine comme continuation de l’évolution par d’autres moyens — s’agit-il d’autres moyens ? — n’est neuve en rien. Penser l’homme comme animal est l’une des constantes de la pensée classique. Finalement, la question évoquée ailleurs sur la nécessité de rapatrier la connaissance du déploiement social de l’homme dans le cadre plus général de la science naturelle est peut-être plus rhétorique qu’autre chose.

La seule véritable alternative à l’explication naturaliste est celle, tout à fait défendable d’ailleurs, d’une théologie de l’histoire comme n’en offre guère que l’Eglise catholique. Sécularisée, cette théologie n’est plus qu’une téléologie politique où les contestations sociales les plus triviales placent leurs espérances naïves et meurtrières. Cette téléologie politique est très largement dominante (pour ne pas dire hégémonique) en Europe comme l’illustrent, par exemple, certaines des réactions outrées que nous avons parfois en commentaire à certains billets.

Cependant, si l’on veut éviter cet écueil, la vision classique de l’homme comme animal politique ou rationnel — c’est-à-dire essentiellement animal, les adjectifs ne sont là que pour épargner les susceptibilités — est nécessaire et suffisante quoique le néodarwinisme puisse beaucoup lui apporter.

darwin-1En effet, voir l’homme comme un animal pose nécessairement la question de ce qui lui est propre. Les oiseaux chantent, mais l’homme fait de la musique. L’orang-outang offre un fruit à une femelle pour en tirer son déduit, mais l’homme est capable de mourir d’amour. Le prédateur tue sa proie, mais l’homme sait les secrets de l’extermination de masse. La différence n’est peut-être que de degré, mais elle est telle qu’il serait une erreur de juger de l’un et de l’autre à la même aune.

Il ne faut donc pas voir dans cette « (re)naturalisation » de l’homme et de ses comportements un danger pour sa spécificité. Après tout, personne ne doute qu’un ver se repaissant d’une charogne et un homme dégustant un repas exquis se nourrissent tous les deux. La différence est évidente, pourtant, et même si ce n’est que de degré, aucun être humain ne confondra la nature des deux mets.

A priori, l’homme cherche, en premier lieu, la même chose que les autres animaux : à se perpétuer dans son être et dans sa lignée. Pour ce faire, il cherche, essentiellement, à se nourrir et à se reproduire. Or, pour se reproduire, il lui faut une femelle, laquelle a, chez l’homme comme chez nombreux autres animaux, le pouvoir de décider en fin de compte si elle accepte un mâle ou non (cela s’explique par le fait que la mère « investit » beaucoup plus dans l’enfant à naître que le père — l’égalité des sexes n’existe pas).

Au fond, et c’est la leçon que l’on peut tirer d’une première lecture de ces articles de The Economist, bien des comportements humains qui semblent proprement culturels et inutiles d’un point de vue évolutif sont en fait du même ordre que la queue du paon… L’argent, l’art, la puissance, etc. tout cela n’est que ruse de l’évolution (au sens où il y a une ruse de la raison chez Hegel — oui, je sais, c’est un hapax).

Peut-on aller jusqu’à dire que la civilisation n’est que la queue du paon humain ? Peut-être y a-t-il de cela. Les gènes veulent survivre, pour parler comme Dawkins. Mais si le la civilisation n’est rien d’autre que le fruit secondaire de l’effort de chaque mâle dans le cadre de la sélection sexuelle, elle porte, à son tour, de nouveaux fruits.

De même que les hommes veulent transmettre leurs gènes, les collectivités humaines — religion, philosophie, vision esthétique, etc. — elles veulent persévérer dans leur être en transmettant, dans le temps, leurs mèmes. Nous allons de la culture à la nature puis nous retournons, mais ce détour par la nature est nécessaire. C’est lui que l’on néglige trop et sans lequel rien n’est fondé, ni en droit, ni en fait.



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25 commentaires pour “ La queue du paon ”

  1. Quelle distinction ferais tu entre culture (civilisation) et mèmes (mémeplexes) ? Si t’en fais une.  

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  2. Quelle distinction ferais tu entre culture (civilisation) et mèmes (mémeplexes) ? Si t’en fais une.

    reply Oldcola : Je pense que si l’on accepte ex hypothesis la définition donné par Dawkins des mèmes, le lien qu’il y a entre civilisation et mème est semblable à celui qu’il y a entre le corps et les gènes.

    L’idée géniale de Dawkins — qui est triviale comme souvent les idées géniales — est d’imaginer des atomes de raison (pour parler comme un néoscolastique) à la culture. C’est très commode pour faire de l’analyse quantitative de phénomènes intellectuels complexes.

    Et puis, en plus d’être un outil, les mèmes permettent d’intéressantes métaphores. Or, comme disait, je crois, Platon — je suis taquin, ce matin ;) — la métaphore tient tout.  

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  3. (sinon, je me rends compte que mon billet est tout de même bien boiteux, je ne devrais pas écrire si vite :D )  

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  4. j’ai bien envie d’en discuter autour d’une bière du sujet, mon point de vue n’étant pas tout à fait mûr pour un post encore, même si des bribes traînent sur le Net.  

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  5. Le sujet est vaste, il faudra envisager plusieurs bières :)   

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  6. Tant qu’on arrive à être autour, et non pas dedans, la taille du contenant de la bière est à notre discrétion, n’est-ce pas ? Mais je ne vois pas d’inconvénient à plusieurs.  

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  7. Afin de ne pas passer pour une outre (une tête pleine d’eau qui s’énerve, produisant des réactions outrées), je vais me contenter d’un ton condescendant.

    « La seule véritable alternative à l’explication naturaliste est celle, tout à fait défendable d’ailleurs, d’une théologie de l’histoire comme n’en offre guère que l’Eglise catholique ».

    Voici le truc condescendant : une alternative c’est un choix, c’est pas une possibilité dans un choix, mais il faut bien avouer que la faute est courante.

    Sinon, je lis que tu juges ton billet boiteux, mais l’alternative que tu poses me semble être le fond de beaucoup de tes réflexions. En effet, tu sembles dire qu’entre le finalisme chrétien et la causalité dawkinsienne, il n’y a pas de Salut.

    Voici une autre voie possible, et ne t’en fais pas, je ne vais pas te parler de Hegel en disant que c’est mieux que Bossuet ; celle-ci je l’ai vu entre autre dans L’Evolution Créatrice de Bergson.
    L’argument est simple, chez Bergson, c’est quelque chose du genre : nous sommes matériels, formés dans la matière, donc on pourrait expliquer l’origine de l’intelligence à partir de la matière, mais c’est l’intelligence qui définit ce qu’est la matière, donc on ne peut pas vraiment expliquer l’origine de l’intelligence à partir de la matière. Ensuite Bergson fait sa sauce pour échapper au finalisme.
    Voici la mienne : nous pouvons rendre compte de beaucoup d’observations avec les théories de l’évolution, et selon ces dernières, nous en serions nous-mêmes un produit. Or de quel droit ce produit pourrait totalement rendre compte du processus qui l’a créé ? Par exemple il est possible que notre mode de pensée en Oui ou Non ne soit pas celui de la nature, mais un mode de pensée bien commode pour agir dans la nature. Ainsi poser une alternative comme absolue, entre finalisme et mécanisme entier, c’est peut-être aller vite en besogne, et surtout écarter la possibilité du scepticisme, qui me semble si légitime que je l’ai adopté.
    Longtemps on a voulu dire que les animaux vivants s’expliquaient par les lois de la physique, et déjà qu’on avait du mal à passer de la physique à la chimie, on s’est depuis un peu calmé ; mais la raison humaine a sans doute besoin de trouver une certaine parenté entre les phénomènes du monde, elle a donc poursuivi sa quête, et trouvé un nouvel avatar. Or cet avatar est ce Pandarwinsime, qui me semble être l’un de tes dieux. Cette explication mécanique des comportements sociaux en terme d’évolution, au-delà de la difficulté à étudier et établir des faits sociaux, offre tout un système explicatif, qui tente de rendre compte de tout ; on n’est pas loin de tomber dans l’idéologie. C’est dommage et sans doute un peu vaniteux.

    Enfin, je suis peut-être moi-même prisonnier d’une une idéologie sceptique (peut-être un genre se scepticisme positiviste), ou en train de mener une action pour sauver la finalité de manière négative en opposant le non-savoir au mécanisme. Je pense surtout présenter ici une opinion à laquelle tu ne fais pas beaucoup de publicité.

    ps: je n’ai rien dit sur l’attitude qui consiste à toute réduire à la sécularisation parce que je pourrais sérieusement m’y casser les dents, mais dans le même esprit, essaye d’accorder à un concept issu de la sécularisation autre chose que sa précédente signification.  

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  8. Comme je viens juste d’entendre sur France Cul que le Répertoire des délicatesses du français contemporain de Renaud Camus venait de sortir en format porche, je me sens tout particulièrement honteux de cette erreur et je suis très reconnaissant à votre sagacité de l’avoir dévoilée.

    Cela dit, j’ai envie de vous répondre comme Chrysale à Bélise (j’ai vérifié, pensez bien que je ne m’en serais pas souvenu sinon !) :

    Le moindre solécisme en parlant vous irrite ; / Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite.

    En conduite… du raisonnement ! Mais, je crois que je vais laisser Oldcola vous répondre. Sans doute ne serai-je pas d’accord avec ce qu’il vous dira, mais ça éclairera un peu ma triste vie que de vous voir tous les deux vous écharpant :)   

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  9. Schizodoxe :

     »On se tutoie ? »
     »…Si vous voulez… »
    J’aime bien cette ambiance fraternelle.  

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  10. Ah oui, pas fait attention, moi :(

    Ce n’était pas méchant…

    Je suis un gentil garçon :)   

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  11. Schizodoxe :

    Mais, je crois que je vais laisser Oldcola vous répondre. Sans doute ne serai-je pas d’accord avec ce qu’il vous dira, mais ça éclairera un peu ma triste vie que de vous voir tous les deux vous écharpant :-D

    Va falloir m’installer auteur du blog si tu en veux autant ;-)

    D’ailleurs que dire a quelqu’un qui avance :

    Enfin, je suis peut-être moi-même prisonnier d’une une idéologie sceptique (peut-être un genre se scepticisme positiviste), ou en train de mener une action pour sauver la finalité de manière négative en opposant le non-savoir au mécanisme. Je pense surtout présenter ici une opinion à laquelle tu ne fais pas beaucoup de publicité.

    Autre que lui proposer des séances à 80€ de l’heure pour l’aider à se libérer et de lui envoyer la liste de tarifs de publicité pour qu’il fasse son choix pour la promotion de son opinion ? [je blague]

    Pour l’instant je suis en train de m’amuser avec le papier de Vincent Fleury. Peut-être Luccio, qui pense que l’idée que tout s’expliquerait par la physique est périmée, trouverait le cas intéressant.
    Tu ne devais pas écrire quelque chose sur le sujet SDX ?  

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  12. Mais je te crée un compte dans l’instant, si tu veux, je suis sûr que tu as des tas de choses intéressantes à dire sur ce qui se passe au Mexique :)

    Pour ce qui est d’écrire quelque chose sur Fleury, il faut d’abord que je le lise et donc que je trouve le courage de le faire, ce qui n’est pas évident quand on a, comme moi, conscience de ses faiblesses face à un tel sujet. Il y a aussi que je prépare dans ma petite tête une réplique à ta réponse sur le texte de Scholem. J’y ferai une remise en perspective historique, eh eh…  

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  13. Oh ! T’as mis Dalhia au boulot ?  Nouveaux « commentaires », pas mal, merci Dalhia.

    Qu’est-ce qui se passe au Mexique ? J’ai la tête dans le cul (je lis l’article de Fleury, j’ai promis il y a deux ans de le faire, je tiens promesse). Vais lire les news et je reviens

      

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  14. J’en reviens pas!

      

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  15. Oldcola: J’en reviens pas!

    Hahah notre cher OldCola vient de découvrir que la fin du monde était proche.  

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  16. Ce qui est emmerdant en France, c’est qu’on a interdit il y a peu de temps le port de masques.

    http://www.schizodoxe.com/2009/04/16/minister-sum-ergo-non-cogito/  

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  17. Ah non, la fin du monde est toujours proche, c’est mon isolement qui m’étonne.

    Thierry, va falloir dénoncer cette loi à l’ONU et l’OMS  

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  18. Allez, on est entre nous, la grippe porcine, c’est toi ?  

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  19. Même pas :-(   

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  20. Il ne suffit pas de dire non, encore faut-il dire qui a joué avec les virus :

    Dalhia, la justification à revoir ? Du texte…   

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  21. :-D   

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  22. Ayé, la grippe se révèle moins dangereuse, je peux sortir de chez moi et insister sur mon problème, en citant mon hôte après m’être cité moi-même. :-)

    Luccio: Or de quel droit ce produit pourrait totalement rendre compte du processus qui l’a créé ?

    Schizodoxe: ce qui n’est pas évident quand on a, comme moi, conscience de ses faiblesses face à un tel sujet

    :-)   

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  23. Luccio: Ayé, la grippe se révèle moins dangereuse, je peux sortir de chez moi et insister sur mon problème, en citant mon hôte après m’être cité moi-même.  

    T’es pas en train de mêler deux sujets Luccio ? Heh, même processus que pour l’obtention du A(H1N1), mais ici produisant un mème recombinant   

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  24. :-)

    Néanmoins,  je ne cacherai pas que cette notion de mème ne me séduit pas du tout du tout. (et par « séduire », il faut bien sûr entendre « convaincre »)  

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  25. Luccio: Néanmoins,  je ne cacherai pas que cette notion de mème ne me séduit pas du tout du tout. (et par “séduire”, il faut bien sûr entendre “convaincre”)

    Pas grave, tant que tu en véhicules, transmets, mutes et recombines il n’y a pas besoin que tu sois convaincu. C’est un beau sujet de discussion les mèmes, peut-être un fil de discussion à part ne serait pas de trop s’il y a des amateurs.  

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