17 décembre, 2008
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Voici ce que l’on peut lire dans l’édition en ligne d’hier du Quotidien du Peuple (c’est moi qui souligne) :
A l’heure actuelle en Chine, on remarque au sein de la classe ouvrière une classe de travailleurs qui s’adonnent à la production et au service, et également une classe d’intellectuels qui se consacrent aux recherchent scientifiques. Il y a en outre la classe de gestionnaires qui se livrent à toutes sortes de travail de gestion, d’administration et de contrôle. D’autre part, suite à l’approfondissement de la réforme au sein des entreprises publiques ainsi que la sélection naturelle et la survie du plus apte des entreprises de divers systèmes de propriété dans la condition de l’économie du marché, le chômage a fait son apparition en Chine, de même que des travailleurs qui se trouvent involontairement privés d’emplois.
Certain s’en étonneront, mais cela n’est pas si surprenant à bien y réfléchir. J’y vois deux raisons. La première est que le matérialisme inhérent au marxisme s’accommode assez bien, en général, de la naturalisation des comportements humains. Il existe d’ailleurs un « darwinisme social » de gauche depuis les origines du darwinisme. Le communisme animal, notamment celui des insectes eusociaux, étant offert comme modèle aux êtres humains. La seconde raison est propre à la Chine. La civilisation chinoise est, en effet, une civilisation qui valorise très fortement la réussite, surtout financière, et qui se montre assez peu compatissante à l’égard des plus faibles et des pauvres. De plus, les intérêts de l’individu n’intéressent pas ceux du groupe, dont les grandes entreprises directement ou indirectement étatiques sont les porteuses. Personne n’a donc de véritables problèmes moraux face à une situation où le sort d’une minorité est terrible du moment que celui de la majorité s’améliore.
Le darwinisme social au sens le plus caricatural risque donc d’avoir bien du succès en Chine communiste, mais aussi en Afrique où les investissements chinois croissent. Sans doute les Africains découvriront à cette occasion que les colons blancs n’étaient pas si avides et durs en affaire que ne le sont les commerçants rouges.
20 décembre 2008 à 2:31 SimbadCiter
A Pékin, il est commun de cracher sur les (rares) mendiants, généralement mongols ou ouïgours, qui trainent dans les quartiers expat’
21 décembre 2008 à 12:48 SchizodoxeCiter
Ah ! Revoilà Simbad, ça faisait longtemps
22 décembre 2008 à 3:06 SimbadCiter
Je vois tout à fait.
Une réflexion très courante chez les expatriés pékinois (j’entends par là ceux qui n’ont pas dilué leur cerveau dans l’alcool des bars à filles faciles, ni ceux qui ont embrassé totalement le « rêve chinois » et qui réagissent plus violemment que Mao lui-même au moindre embryon de critique), est que toutes les images que l’on se fait en occident, tant de la Chine que des Chinois, sont fausses.
- La dictature communiste à la nord-coréenne => faux, il suffit de se balader un peu dans les rues pour voir que ça a réellement évolué depuis 30 ans.
- L’eldorado du futur où tout est possible => j’en doute, le pays reste sous-développé, et les bidonvilles spécialisés dans la récupération de déchets côtoient les habitations luxueuses pour expatriés ou Chinois riches. Les immenses cheminées des chaufferies au charbon me font immanquablement penser aux « machines à différences » par la couleur et l’odeur qu’elles donnent à l’air.
- Les Pékinois quant à eux ne baignent pas dans un doux cocktail de sagesse ancestrale et de « saine entraide » héritées de leur(s) passé(s) : la loi du plus fort, du plus autoritaire, du plus gradé, du plus riche, de la plus grosse voiture côtoient l’ignorance de certaines des règles les plus fondamentales de respect d’autrui (quand on roule en voiture dans une rue envahie de piétons, on ralentit, on n’accélère pas en bloquant le klaxon…).
En bref, on en reste à la conception monodirectionnelle du respect héritée du confucianisme.
- Nuance toutefois : les jeunes générations (moins de 30 ans) qui ont découvert internet et qui connaissent généralement bien les moyens de contourner la « grande muraille numérique », sont beaucoup plus ouvertes et portent un vrai espoir (même si les étudiants représentent le plus gros réservoir de militants ultra-nationalistes toujours prompts à dire « on est 1.3 milliards (à penser la même chose), donc on vous emmerde »)
Reste à savoir si tout ceci va petit à petit se dissoudre dans une modernité, ou si les tensions sociales palpables au quotidien vont tout faire voler en éclat… mais ça c’est un autre débat.
22 décembre 2008 à 3:07 SimbadCiter
P.S. : je ne poste pas souvent par manque de temps, mais je continue à vous lire avec beaucoup de plaisir
Continuez !
22 décembre 2008 à 12:33 DalhiaCiter
Bien contraire, je pense que nous avons ici une vision de ce que sera le monde dans le futur. Avec un mélange de ce type à grande échelle. Une sorte de nouveau paysage urbano-rurale, industrialo-agraire, où se côtoieront atelier high-tech, entreprise artisanale en bio-technologie, société de tri à la main, micro-exploitation de nourriture bio. La Chine est très en avance sur ce type de restructuration du paysage et son attribution technologique.