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Du droit d’avoir des enfants
Le darwinisme social existait avant Darwin. Ce n’est pas l’auteur de L’Origine des espères qui a été mal lu et tronqué dans le sens du laissez-faire et du libéralisme « sauvage », c’est lui qui a trouvé ses modèles dans la réalité économique, sociale et philosophique de son époque.
Malthus précède Darwin, c’est vrai du point de vue de la chronologie, c’est vrai de celui de l’épistémologie. Malthus disait que la quantité de nourriture produite croissait moins rapidement que l’effectif de la population et que le second s’ajustait donc, brutalement, de temps à autre, au premier. Darwin précisera que ledit ajustement se faisait plus au dépend des plus faibles qu’au profit des mieux adaptés et que les critères distinguant les uns et les autres étaient, au moins pour certain d’entre eux, transmis par la génération. Le modèle de cette transmission héréditaire est celle de l’héritage patrimonial. Les mieux adaptés sont les plus riches chez Malthus, ceux qui ont la meilleure hérédité chez Darwin, pour aller vite.
Dans le cadre du système pleinement libéral de l’Angleterre victorienne (ou prévictorienne) l’ajustement en question se faisait « naturellement » par la mort des plus pauvres. Après tout, une des raisons du succès économique de l’Angleterre est dans la Peste noire qui, en frappant durement les plus pauvres (qui étaient les plus exposés), en a réduit le nombre et, ce faisant, a rendu le travail rare, donc cher. La classe pauvre a donc pu s’enrichir et s’affranchir des contraintes féodales. En voyant les choses sous ce jour, il était concevable d’envisager le drame de la pauvreté dans l’Angleterre du XIXème siècle comme étant la conséquence de l’absence de réajustement.
En effet, il y avait des lois qui protégeaient les plus pauvres et des organismes caritatifs, lesquels troublaient le struggle for life et la libre concurrence qui étaient considérés comme l’alpha et l’oméga d’une saine gestion sociale. Bien sûr du point de vue humain, ces lois et ces sociétés d’aide étaient des plus estimables (et, ma foi, le darwinisme comprend l’altruisme) y compris pour ceux qui s’opposaient à elles, mais elles avaient un grave défaut dont on voit des échos aujourd’hui.
TANSTAAFL — There Ain’t No Such Thing As A Free Lunch, un repas gratuit, cela n’existe pas (ou alors, il pousse sur l’arbre), c’est une grande vérité et la charité se fait forcément au détriment de quelqu’un. Dans le cadre de la charité privée, le cas le plus général est que cela se fait au détriment de volontaires et c’est très bien ainsi, tout le monde est content dans le cas de la charité étatique, cela se fait au détriment des contribuables, lesquels en sont rarement heureux et je crois que c’est une bien mauvaise chose. Mais dans les deux cas, ceux qui sont aidés peuvent, eux aussi, être mis à contribution. Oh ! non pas financièrement, par définition, ils n’en ont pas les moyens, mais par leur âme et leur corps.
Telle société caritative privée et confessionnelle n’aidera que les membres de la religion dont elle émane, telle autre ne demandera qu’un peu de respect pour ses symboles ; telle organisation étatique ou para-étatique obligera à se plier à une discipline de fer et telle autre ira beaucoup plus loin…
Beaucoup plus loin, disais-je, car, en effet, l’État Providence a vite fait de se prendre pour Dieu (les organisations religieuses se contentent, elles, d’en être les servantes) et de s’autoriser des actions à hauteur de l’aide qu’il apporte ; s’il fait vivre, alors il se sent le droit de peser sur la vie de chacun. C’est l’un des dangers que j’avais soulevé, ici, lors que SDX était encore jeune et c’est un danger sans doute de plus en plus prégnant.
Ainsi, prenons le cas très intéressant de la Louisiane. Comme vous savez, cet État a été frappé par deux cyclones exceptionnels : Katrina et Gustav. Il y a, aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes déplacés que l’État prend en charge grâce à la redistribution. Le problème est que le nombre de personnes à aider est d’autant plus grand que celui des gens qui paient des impôts est petit. Le nombre de contribuables étant faible, du coup, les impôts sont très élevés, ce qui entraîne la ruine ou le départ d’une partie des contribuables restants, ce qui augmente encore le montant de l’imposition. C’est un cercle vicieux.
John LaBruzzo, représentant républicain de la Louisiane pour la paroisse de Métairie, voit bien que cela n’est pas tenable économiquement (cf. New Orleans City Business). Bien que républicain — mais cela a-t-il encore un sens aujourd’hui ? — ce représentant ne lit pas cela comme l’aurait fait n’importe quel membre du GOP il y a quelques années (il suffit de supprimer les aides, pour supprimer le poids fiscal et relancer l’économie), non, il raisonne comme un défenseur intransigeant du Welfare State. Pour lui, il faut aider tout le monde, mais on ne peut pas le faire, alors, il faut donc faire en sorte qu’il y ait moins de monde à aider. Comment ? En incitant les plus pauvres à ne pas se reproduire en offrant 1000 $ à chaque femme profitant de l’aide sociale qui accepterait de se faire ligaturer les trompes.
Avant de crier au scandale, il faut rappeler, qu’en soi, ce sont exactement les mêmes mécanismes et les mêmes raisonnements qui mènent à ce que l’Etat offre des aides aux plus pauvres qui ont plus d’enfants qu’ils n’en peuvent entretenir (et aux classes moyennes d’en avoir moins du fait de la charge fiscale représentée par ces aides).
Le scandale est avant tout dans le droit que l’État se donne — ou plutôt, s’achète (car nous sommes vénaux) — de décider qui doit avoir des enfants ou non et en quel nombre. Peut-être qu’une telle histoire devrait nous ouvrir les yeux sur la réalité du Welfare State. Après, nous sommes, en Europe, en voie d’être totalement soumis à sa loi. Déjà, il décide comment les enfants doivent être éduqués, ce qu’ils doivent manger, regarder à la télé, sur Internet, penser… après tout, pourquoi ne déciderait-il pas aussi quels parents doivent être les leurs ? Mais peut-être y sommes-nous déjà.
















7 décembre 2008 à 11:10Le grand Leviathan hobbesien a tous les droits et il se porte bien. Voyez donc tous ces gens accrochés à ses mamelles et qui grossissent avec lui. Le vrai problème, à mon avis, c’est qu’il y a aujourd’hui une dichotomie stricte entre ce qui nourrissent la bête et ceux qui s’en nourrissent, ceux qui n’ont que des devoirs et ceux qui ont surtout des droits et qui ne sont plus que rarement les mêmes personnes, ceux qui bénissent le welfare state et ceux qui l’exècrent.
Peut-être la crise économique à venir et la raréfaction des ressources énergétiques ramèneront un peu de malthusianisme et de darwinisme social, ce qui, dans des proportions non excessives participent, à mon avis, au vrai bien être de la totalité de la société et à la paix.
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7 décembre 2008 à 12:00« Avant de crier au scandale, il faut rappeler, qu’en soi, ce sont exactement les mêmes mécanismes et les mêmes raisonnements qui mènent à ce que l’Etat offre des aides aux plus pauvres qui ont plus d’enfants qu’ils n’en peuvent entretenir (et aux classes moyennes d’en avoir moins du fait de la charge fiscale représentée par ces aides). »
cette partie je n’ai pas tout compris, si une précision était possible.
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7 décembre 2008 à 16:00Luccio :
En fait l’aide aux parents défavorisés accentue le problême plus qu’il ne le solutionne. Les parents leurrés par l’aide font des enfants dans une situation économique non viable, pour eux, leurs enfants, leurs avenirs etc… donc influe positivement sur le taux de natalité.
En parallèle ici avec la volonté inverse de le réduire.
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7 décembre 2008 à 16:48Je pensais plutôt que le propos était de dire que le dirigisme étatique quant à la politique des naissances (assimilé au welfare en général)conduisait à la Nouvelle-Orléans à ligaturer les trompes quand on ne veut pas qu’ils fassent des enfants et à leur donner des sous quand on veut qu’ils en fassent. (perso je suis pas du genre à croire que ce soit la même essence en fonction même si ce sont les mêmes mécanismes dirigistes) (et pas non plus pour penser que le welfare se réduit aux naissances, mais je suis prêt à concéder que là j’interprète beaucoup le texte).
Ma question n’était donc pas sur la compréhension du texte, que je n’interprète pas comme vous, mais sur ce qui était avancé comme un argument, je réduis donc ma citation et appelle l’auteur à m’éclairer:
»(et aux classes moyennes d’en avoir moins du fait de la charge fiscale représentée par ces aides). »
parle-t-il de la charge fiscale en amont (prélevée de manière générale sur le salaire) ou en aval (genre on serait amené à payer plus d’impôts quand on reçoit des aides).
Dans ce cas un petit exemple, car cette parenthèse me laisse sceptique.
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7 décembre 2008 à 18:55L’idée est que le mécanisme à l’oeuvre est identique.
L’Etat s’occupe de vous, mais en regard, il a un droit de regard sur vous.
Quitte à vous stériliser.
Je ne vois pas ce que vous ne comprenez pas. C’est pourtant simple.
Autres exemples : en Angleterre, terre d’origine du Welfare State, pour bénéficier de certaines allocations, l’Etat vous passe au détecteur de mensonges. Et fiche les parents qui ne donnent pas 5 fruits et légumes/jour à leurs enfants.
Etc etc…
Rassurez-moi, vous ne croyiez pas que c’était gratuit ?
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7 décembre 2008 à 21:46Scorpius, vous avez bien résumé ce que j’ai compris et laborieusement tenté de retransmettre (pour montrer que ça jel’avais compris, bref ce fût un échec).
mais j’ai pas compris cette histoire de classe moyenne qui fait moins d’enfants alors qu’on lui donne des aides sociales.
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7 décembre 2008 à 22:36Luccio : Ce n’est pas typiquement ce qu’on appelle la classe moyenne qui perçoit la plus grande partie des aides. En général, c’est typiquement la classe qui trinque le plus. Pas assez pauvre pour les toucher substantiellement et pas assez riche pour que le prélèvement, l’impôt qui finance ses aides passe inaperçu dans leur budget: les vaches à lait, quoi…ceux qui financent l’état, une majorité trop silencieuse, celle sur laquelle se fonde et perdure une démocratie.
PS: je pense que vous avez très bien compris ce qui est dit dans l’article et que vous faites surtout l’âne pour avoir du son…
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7 décembre 2008 à 22:41Luccio : Si les classes moyennes vous intéressent, je vous conseille un excellent petit ouvrage: « Les classes moyennes à la dérive » par Louis Chauvel
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7 décembre 2008 à 23:06j’aime beaucoup le post scriptum.
Il est vrai que je fais partie des sceptiques, le terme classe moyenne me semble un bon outil pour avancer divers propos. Dans l’affirmation que j’interroge qui me semble équivaloir à « les classes moyennes font moins d’enfants à cause des classes pauvres », je cherche à comprendre ce que schizodoxe entend par là, pour mieux saisir ce qu’est pour lui le welfare et l’état.
Quant au livre de M.Chauvel, je dois avouer que je ne le lirais pas, mais je n’aurais aucun problème à le considérer comme une source sérieuse quand on m’en parlera dans l’avenir, donc merci d’avoir porté à mes yeux son existence (quitte à ce que je pousse le vice à en chercher des recension)
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7 décembre 2008 à 23:45Je dis que si l’Etat prend de l’argent à ceux qui ne sont pas les plus pauvres, il est probable qu’en matière de capacité à entretenir des enfants cela joue plus sur les classes moyennes que sur les plus riches (même si les impôts de ces derniers sont proportionnellement plus lourds).
Je dis aussi que si l’Etat utilise cet argent pour le donner aux plus pauvres pour qu’ils aient plus d’enfants qu’ils ne peuvent en entretenir ou, à l’inverse, comme prime à la ligature des trompes, cela a une influence sur la natalité qui serait la leur sans cela.
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31 août 2009 à 20:57