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L’affaire Zemmour

Il y a, paraît-il, une affaire Zemmour. On m’en a parlé, cela ne m’a guère intéressé ; on a insisté, j’ai fini par me renseigner puis, je me suis résolu à en dire un mot après avoir lu quelques petites choses intéressantes dans Rue89 :

On le sait depuis des années, le concept de « race » est inopérant quand il s’agit des êtres humains (cf. Albert Jacquard ou Yves Coppens, par exemple et la notice de Wikipedia pour un résumé.

[…]

Eric Zemmour est par ailleurs passé par l’Institut d’études politiques de Paris [Science-Po, ndlr]. En étant également diplômée, je connais l’enseignement, et j’ai du mal à croire qu’il ne sache pas ce qu’il dit, ni ce que ses propos véhiculent (je fais référence aux théories d’Arthur de Gobineau, par exemple).

Il y a là un petit concentré des raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés à l’aporie actuelle sur ce sujet en France.

Tout d’abord, le mot race est très fortement polysémique. Il n’y a donc pas un concept unique, mais une multitude ; certains plus sensibles aux évolutions culturelles, d’autres à celles de la science. La confusion générale dont témoigne cet extrait (et tout l’article dont il est issu, en vérité) trouve une parfaite illustration par l’évocation de ce pauvre Gobineau qui n’en peut mais d’être la tête de Turc de tous les antiracistes — lesquels, à l’image des « racistes », ne l’ont sans doute jamais lu et qui, de toute façon, ne l’auraient pas compris.

Les races telles que les décrit Gobineau ne sont pas des races définies par la science fut-elle la science dépassée de son époque. Elles ont peu ou prou le même rôle que les grosses bêtes de Vico, celui d’aider et de permettre une pensée philosophique du déroulement de l’histoire. De ce point de vue, le concept de race chez Gobineau n’est en rien réfuté par Yves Coppens, Albert Jacquard ou « la notice Wikipédia ».

Reprocher à Zemmour d’avoir une vision de la race qui est celle de Gobineau, c’est donc lui reprocher une prise de position philosophique. On peut très bien trouver qu’une telle position est scandaleuse, inadmissible, stupide, aberrante, etc., mais elle reste de l’ordre de la philosophie. Je conviens (mais je n’approuve pas) que l’on puisse considérer qu’il y a des philosophies potentiellement meurtrières et que ceux qui les défendent doivent être éliminés, mais qu’on ait le courage de le dire et qu’on n’en passe pas par ces détours.

Cela dit, je doute que Zemmour ait lu Gobineau (surtout à l’Institut d’études politiques de Paris) et qu’il en ait quelque chose à faire. Il y a donc plus de tactique que d’honnêteté à le rapprocher d’un auteur à la si mauvaise réputation (que celle-ci soit injuste est secondaire en l’occurrence). C’est une forme de reductio ad hitlerum par procuration, si on veut.

Maintenant, si Zemmour n’a pas employé le mot dans son sens gobinien (ce dont je suis à peu près certain), peut-être en a-t-il usé dans un sens plus scientifique (ce que je ne crois pas — je pense que Zemmour est juste un poseur) ? Dans ce cas, lui répondre par Yves Coppens, Albert Jacquard ou « la notice Wikipédia » aurait pu être pertinent, mais d’une part, en ayant été chercher Gobineau l’auteur n’a pas fait le choix de la pertinence et, d’autre part, la pertinence, dans ce cas précis, ne signifie pas la vérité.

En effet, l’idée selon laquelle, je cite, « le concept de « race » est inopérant quand il s’agit des êtres humains » — quoiqu’hégémonique en France — se heurte a deux obstacles : 1. cette idée ne semble pas avoir la même popularité ailleurs dans le monde, notamment au sein des milieux scientifiques anglo-saxons et 2. même en France on joue sur les mots et la race scientifiquement définie que l’on a créée presque ex nihilo pour la réfuter (encore une fois, la plupart des auteurs que l’on classe comme « raciste » — dont Gobineau — n’ont jamais eu de définition scientifique de la race) correspond largement à des réalités scientifiques actuelles que l’on couvre sous les oripeaux de nouveaux noms.

Pourquoi ne pas en profiter pour faire le point, avec des scientifiques et des historiens, qui eux, pourraient être précis?

…se demande l’auteur. Eh bien, allons-y : historiquement — et indépendamment de sa « réalité » scientifique — le concept de « race » est parfaitement opérant quand il s’agit des êtres humains (Obama premier président noir, jamais entendu ça ? ) ; scientifiquement, le monde anglo-saxon s’en accommode fort bien et, en France, du moment qu’on use d’autres mots que celui-là on se situe à peu près de la même façon que le reste de la communauté scientifique.

Cependant, l’histoire et la science ne sont pas la politique et ne soutiennent en rien les idées de Zemmour dont, soit dit en passant, je me moque éperdument (j’ai survolé son droit de réponse, c’est affligeant). Mais, en attendant, la confusion règne et l’obscurité progresse.




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28 commentaires pour “ L’affaire Zemmour ”

  1. Zemmour a le mérite d’être le dernier à pouvoir exprimer une pensée non validée par la nomenklatura dans ce qui reste d’un paysage télévisuel dévasté par le politiquement correct et qui n’est plus un lieu de débat ou d’information objective mais un lieu de propagande. Si ce n’était pas le cas, pourtant tant aujourd’hui se détourneraient de ce média pour aller vers internet, lieu où, si on y est sûr de trouver à peu prés n’importe quoi, le pire comme le meilleur, un « tri » raisonnable et l’expression de toutes les tendances vous permettent de vous faire une opinion correcte et objective sur n’importe quel sujet.

    Pour ce qui est du mot « race », il me semble qu’on fait beaucoup trop de sémantique en France. On se masturbe souvent sur la forme en oubliant sciemment le fond dans le seul but de légitimer une seule vision politique des choses qui elle justement n’a pas de fondement meilleur et plus stable que la vision politique diamétralement opposée. S’intéresser au fond, c’est légitimer l’une et l’autre des visions politiques. Et pour le politiquement correct, cette possibilité est inenvisageable…alors on reste sur la forme, le mot, la sémantique.  Citer

  2. Je dirais quant à moi que c’est plus une position maurrassienne que tient Zemmour. Ce ne serait pas la première fois.  Citer

  3. Je dirais quant à moi que c’est plus une position maurrassienne que tient Zemmour. Ce ne serait pas la première fois.

    reply Gnouros : qu’entendez-vous par « position maurrassienne » ?  Citer

  4. Zemmour a le mérite d’être le dernier à pouvoir exprimer une pensée non validée par la nomenklatura dans ce qui reste d’un paysage télévisuel dévasté par le politiquement correct et qui n’est plus un lieu de débat ou d’information objective mais un lieu de propagande. Si ce n’était pas le cas, pourtant tant aujourd’hui se détourneraient de ce média pour aller vers internet, lieu où, si on y est sûr de trouver à peu prés n’importe quoi, le pire comme le meilleur, un “tri” raisonnable et l’expression de toutes les tendances vous permettent de vous faire une opinion correcte et objective sur n’importe quel sujet.

    Pour ce qui est du mot “race”, il me semble qu’on fait beaucoup trop de sémantique en France. On se masturbe souvent sur la forme en oubliant sciemment le fond dans le seul but de légitimer une seule vision politique des choses qui elle justement n’a pas de fondement meilleur et plus stable que la vision politique diamétralement opposée. S’intéresser au fond, c’est légitimer l’une et l’autre des visions politiques. Et pour le politiquement correct, cette possibilité est inenvisageable…alors on reste sur la forme, le mot, la sémantique.

    reply thierry : Zemmour n’a aucun mérite. Tout cela n’est juste qu’un peu de pose de la part d’un humoriste de chez Ruquier.

    Pour ce qui est de la séparation du fond et de la forme, je dois avouer que je l’ai toujours trouvée spécieuse. Que voulez-vous, j’ai un penchant pour le cratylisme et pour moi, les mots ont un sens et toute pensée devient insensée — au sens propre du terme — quand on le leur fait perdre.  Citer

  5. Entouré de 80% de journalistes qui se disent de gauche, Zemmour devient par effet rebond un révolutionnaire, un contestataire quand il dit le contraire de la masse. Même si ce qu’il est dit est crétin. C’est triste. On a les contestataire qu’on mérite.  Citer

  6. Schizodoxe : Tout à fait d’accord avec vous. C’est précisément ce que je reproche au politiquement correct: détacher systématiquement ce qui ne devrait pas l’être, le fond de la forme, le sens et le signe, pour faire légitimer un message politique quelconque

    1- en donnant un tout autre sens au même signe par glissement sémantique et en faire un mot, un signe finalement interdit (le mot race par exemple) ou obligatoire (par exemple métissage aujourd’hui qu’on met à toutes les sauces)

    2- ou, au contraire, changer le signe pour finalement changer le sens (l’atténuer en général, de l’handicapé à la personne à mobilité réduite par exemple) par glissement sémiotique

    Les deux processus sont ceux de la novlangue actuelle.

    PS: Et il faut donc que je lise maintenant le cratyle de Platon…  Citer

  7. Dalhia : Faudrait interdire sciences-po à 50% des étudiants prétendants au journalisme pour rétablir un équilibre. Ils sortent tous du même moule. On a donc le même formatage, la même pensée et au final les mêmes articles, les mêmes titres dans des journaux de gauche ou de droite aux contenus identiques que plus personne ne lit. Et il parait que la presse française est représentative de la pluralité politique d’une véritable démocratie…  Citer

  8. J’observe comme vous l’existence du « politiquement correct » . Mais quelqu’un parmi vous pourrait-il m’expliquer les causes du politiquement correct, de la pensée standardisée, etc. ?
    J’aimerai pouvoir identifier les forces en action qui ont propulsé cette façon un peu despotique d’appréhender le monde (en France).  Citer

  9. reply thierry : faudrait fermer Science Po, surtout :D   Citer

  10. martac : en France, mai 68?  Citer

  11. Schizodoxe : Pour le dire en quelques mots, Charles Maurras (que chacun connait comme étant l’un des fondateurs de l’extrême droite française – voire Action Française, l’affaire Dreyfus, etc, etc – et néanmoins humaniste, au sens de celui qui cultive les lettres – il connaissait Homère par cœur) était un homme opposé au cosmopolitisme, auquel il opposa un temps l’internationalisme.

    Alors que le cosmopolitisme faisait le jeu des Anglo-saxons en dissolvant les identités particulières dans une hypothétique nation-monde (par le processus de globalisation serait-on tentés de dire aujourd’hui), l’internationalisme avait pour fin de préserver ces identités tout en permettant un relatif commerce (dans tous les sens du terme, y compris guerrier) entre les nations.

    Il y a des races chez Maurras. Mais le mot n’a pas le sens contemporain qui est plus biologique. Il n’a que celui étymologique de ratio qui sera aussi à l’origine du mot raison. La race n’a pas de rapport avec le sang mais désigne une population fondée sur des caractéristiques communes telles que la langue ou/et l’histoire, qui se perpétue de générations en générations. En somme, c’est peu ou prou équivalent au terme civilisation.

    Aussi chez Zemmour retrouve-t-on, je crois, une position semblable. Sur l’internationalisme et le refus du cosmopolitisme, c’est patent. Sur la théorie des races aussi, car ce que j’ai cru retenir de son intervention, c’est qu’en dépit du biologisme, elles peuvent toutefois être assimilées également à des civilisations, des cultures. Lesquelles, je crois d’après lui, sont strictement hiérarchisées et évidemment incompatibles entre elles, si bien que l’issue est soi le développement séparé des races (c’est-à-dire chacun chez soi), soi l’assimilation totale par une autre jusqu’à disparition de tous les traits caractéristiques précédents – le refus du métissage (ce qui est faussement compris comme étant du républicanisme).  Citer

  12. Pour moi on appelle un chat, « un chat ». Faire l’amalgame entre « race » et « civilisation » relève de la masturbation intellectuel dont le seul but est de justifier l’emploi de ce mot.

    Cela étant dit je suis totalement d’accord sur le formatage des journalistes par science pô. J’en croise assez souvent et j’ai à chaque fois l’impression de croiser la même personne ! Je suis bien content de ne pas être passer par là. Par ailleurs le système de grande écoles tel qu’ont le connait en France est une abération.  Citer

  13. Pour moi on appelle un chat, “un chat”. Faire l’amalgame entre “race” et “civilisation” relève de la masturbation intellectuel dont le seul but est de justifier l’emploi de ce mot.

    reply dspike : le petit problème, c’est que ne pas faire cet « amalgame » est quelque chose de très moderne est tout à fait lié au changement récent du mot.

    Si vous croyez que les auteurs d’avant 1850 ou 1900 (ou même beaucoup plus tard pour certains) n’ont pas l’idée de cet « amalgame » quand ils écrivent le mot, vous risquez de ne pas du tout comprendre le sens de leurs textes.  Citer

  14. reply Gnouros : Hum… C’est plus que tiré par les cheveux. Premièrement, cela fait silence sur tout ce qui, chez Maurras est aussi important — sinon plus — que ce que vous décrivez et qui n’est pas chez Zemmour. Deuxièmement, à ce compte-là, Chevènement ou Bové ont des positions maurrassiennes et, à vrai dire, beaucoup de gens en ont (celles-là ou d’autres). Troisièmement, pourquoi allez chercher un auteur peu lu, mal édité et dont les idées sont, par ailleurs, aux antipodes de celles de Zemmour alors qu’il y a des choses beaucoup plus proches et beaucoup accessibles cet air du temps qui fait tourner les girouettes comme lui ?  Citer

  15. Schizodoxe : À la réflexion, j’admets tout à fait que la comparaison est quelque peu forcée, et c’est pourquoi je remercie pour cette critique qui me conduit tout naturellement à revoir ma position.

    En fait, j’ai souvent le sentiment que Zemmour récite des résumés de doctrines mal assimilés de livres (ce que l’on nomme plus couramment la cuistrerie) qu’il n’a sans doute pu lire qu’entre deux trains (et aussi de l’un ou l’autre journal ou magazine français ou étranger). Plus que Maurras, ce qui fait écho dans son discours, c’est généralement un vague syncrétisme d’auteurs tels que Del Valle, Finkielkraut, Huntington et d’autres dont il fut fait référence plus haut.

    Cela dit, je maintiens que la comparaison avec Maurras conserve quelques pertinences et peut éclairer sur bien des points. Je concevrai sans peine que ce qui est au fond de la position de Maurras ne soit pas en soi maurrassien, mais constitue au contraire un noyau pouvant être partagé par nombre d’individus, qu’ils soient de gauche ou de droite : de Maurras à Zemmour en passant par De Gaulle, voire, pourquoi pas, Bové et Chevènement. Probablement certains trouveront cette idée contestable ; mais n’est-ce pas ce que BHL avait essayé de montrer dans L’idéologie française ?  Citer

  16. CHIVEEEERS !
      Citer

  17. À la réflexion, j’admets tout à fait que la comparaison est quelque peu forcée, et c’est pourquoi je remercie pour cette critique qui me conduit tout naturellement à revoir ma position.

    En fait, j’ai souvent le sentiment que Zemmour récite des résumés de doctrines mal assimilés de livres (ce que l’on nomme plus couramment la cuistrerie) qu’il n’a sans doute pu lire qu’entre deux trains (et aussi de l’un ou l’autre journal ou magazine français ou étranger). Plus que Maurras, ce qui fait écho dans son discours, c’est généralement un vague syncrétisme d’auteurs tels que Del Valle, Finkielkraut, Huntington et d’autres dont il fut fait référence plus haut.

    reply Gnouros : Del Valle, pourquoi pas. Huntington ? Tout le monde en parle, presque personne ne l’a lu, mais, là encore, pourquoi pas ? Finkielkraut, je n’y crois guère. Tout d’abord, Finky se situe à un tout autre niveau que Zemmour. C’est un humaniste (comme Maurras, direz-vous, peut-être), un lettré, un homme pour qui la pensée, le savoir, la civilisation, etc. ont une importance. On ne peut pas croire en la civilisation et gagner sa vie en étant humoriste chez Ruquier ou pisse-copie au Figaro.

    Zemmour est un petit esprit. Le 11 septembre, il a vu à la télé (sinon, il n’en aurait rien su) des « Arabes  » faire sauter une tour et depuis, il a peur que des « Arabes » viennent faire sauter son immeuble parisien ou la boîte de nuit balinaise où il se déhanche sur de la techno. Rien de plus et qu’on ne vienne pas me chercher Gobineau ou Maurras… au mieux, Alexandre del Valle, peut-être, mais plus sûrement son chauffeur de taxi.

    Cela dit, je maintiens que la comparaison avec Maurras conserve quelques pertinences et peut éclairer sur bien des points. Je concevrai sans peine que ce qui est au fond de la position de Maurras ne soit pas en soi maurrassien, mais constitue au contraire un noyau pouvant être partagé par nombre d’individus, qu’ils soient de gauche ou de droite : de Maurras à Zemmour en passant par De Gaulle, voire, pourquoi pas, Bové et Chevènement. Probablement certains trouveront cette idée contestable ; mais n’est-ce pas ce que BHL avait essayé de montrer dans L’idéologie française ?

    reply Gnouros : De Gaulle était maurrassien, en effet (comme beaucoup de gens de la France Libre ou de la résistance, soit dit en passant), les autres, je ne vois pas.

    J’accorde autant de crédit à BHL qu’à Zemmour. Je suppose que ce qu’il appelle « l’idéologie française » reprend les idées que Zeev Sternhell avait développées il y a quelques années. Sternhell a offert aux historiens l’occasion d’avoir une réflexion stimulante sur le sujet des racines françaises du fascisme et du nazisme, mais il ne convainc pas vraiment. Ce sont des généalogies réinventées et des filiations imaginaires. L’histoire des idées ne doit pas oublier que les idées ont eu des vecteurs et que sans la preuve de leur existence, les échos, les parallèles, les ressemblances, ne prouvent rien.

    La façon dont le débat a tourné montre que, même sans Hitler, la reductio ad hitlerum, si justement dénoncée par Strauss, a de beaux jours devant elle.  Citer

  18. Je crois que Gnouros a dû lire Mauras, vu qu’il l’emploi fréquemment, confronté au texte, il semble le retrouver dans d’autres personnalités, alors peut-être que M. Sternehell ou d’autres ne vous convainquent pas, mais c’est aller un peu loin de dire que la comparaison est trop forcée quand on n’est pas allé (ou semble ne pas être allé) se confronter au texte.

    En outre, il faudrait se méfier de voir ce que vous appelez des reductio ad hitlerum trop souvent. Tout d’abord ce n’est pas une figure de pensée si grave. Ensuite, les hypocondriaques croient déceler des symptômes assez régulièrement.  Citer

  19. Je n’ai jamais prétendu que Zemmour avait lu ces auteurs, ou qu’il connaissait Maurras dans le texte. Nul besoin d’avoir lu un texte pour en parler ou en partager les idées, voire pour mieux dire ce que quelqu’un n’avait que pressenti : n’est-ce pas ce qui se produit quotidiennement sur ce site ? On sait au moins depuis Spinoza que l’ouï-dire est une source de connaissance légitime et Popper a bien montré qu’il était tout autant fondé de s’appuyer sur lui que sur toute autre source de connaissance. Cela nous éloigne du propos, mais ce qui caractérise l’esprit scientifique est moins la fiabilité de ses sources que son aptitude à les critiquer et à les laisser être critiquées – attitude critique qui caractérise évidement les auteurs de ce site, même si à l’occasion ils sombrent, comme ça nous arrive à tous, dans le dogmatisme.

    Aussi, quand je parle de syncrétisme, j’entends uniquement l’emprunt et l’appropriation d’éléments de discours tenus par d’autres sans peut-être même que cela ait été fait sciemment. Foucault l’a bien dit : les textes sont des boîtes à outils. Partager une idée avec un auteur ne crée aucune inféodation, ni dans un sens, ni dans l’autre. Lorsque je jette le nom de Finkielkraut – Finky comme vous le nommez – comme ingrédient possible du magma syncrétique zemmourien, ce n’est nullement pour discréditer l’un ou l’autre, comme vous en concluez trop rapidement en vous réjouissant à l’occasion de pouvoir me blâmer, mais simplement parce que l’argumentaire de Zemmour quant à la critique qu’il fait de l’antiracisme résonne étrangement avec ce qui est dit dans, par exemple, Au nom de l’autre – et cela, je doute que l’on puisse le réfuter aussi aisément que vous l’avez fait.

    Quant à la reductio ad hitlerum, pardonnez ma naïveté non feinte, mais je vois mal comment on peut m’en porter l’accusation étant donné les points que je viens de préciser. Je suis d’accord pour dire que si Hitler aimait, disons, les chats, et que si quelqu’un aime les chats, ça ne fait pas de ce dernier un hitlérien. De même, je n’ai jamais dit que si Maurras soutenait certaines idées sur la nation, la race, la France, et que si Zemmour, De Gaulle ou qui que ce soit d’autre se trouvait les partager, sans peut-être même les connaitre, cela ferait de ces derniers des maurrassiens, ce qui serait utile pour les disqualifier. C’est pourquoi là où vous dites avec audace que De Gaulle était maurrassien, je me serais prudemment contenté de dire qu’il tenait une position maurrassienne sur le sujet, tout comme mon premier commentaire le précisait à propos de Zemmour, en espérant que cela me préserve des mésinterprétations possibles qu’au final vous me fîtes.

    Dois-je le répéter ? En cherchant d’autres auteurs et d’autres pensées, mon dessein n’était pas de réduire le zemmourisme à eux mais simplement de situer celui-ci par rapport à d’autres systèmes d’idées. Pardonnez ma méthode qui, avant de chercher ambitieusement à établir des filiations dans l’histoire des idées comme vous l’avez cru, cherche simplement et humblement avant tout à voir s’il est possible de rapprocher une idée d’une autre peut-être tout à fait hétérogène.

    Il semble que vous pensiez que la réalité intellectuelle zemmourienne est d’une complexité telle qu’elle interdise toute comparaison (ce qui contredit au passage, il me semble, votre critique comme quoi il serait « un petit esprit »). Or, si dire que tout est identique est un écueil, c’en est également un que de dire que tout est différent. Autant les partisans du tout identique sombrent dans la reductio ad hitlerum, autant ceux du tout différent tombent dans le relativisme. L’enjeu est de trouver le bon rapport entre les concepts qui peuvent être mêmes et ceux qui peuvent être autres, entre l’identité et la différence ; d’être à égale distance tant de la reductio ad hitlerum que du relativisme. Sans quoi, on ne peut rien penser car l’on bafoue les principes logiques les plus élémentaires (identité, tiers-exclu et non-contradiction) dont l’entendement humain, au moins le mien, peut difficilement se passer, et en ce cas, comme le disait Aristote, autant parler à une plante verte.  Citer

  20. « L’histoire des idées ne doit pas oublier que les idées ont eu des vecteurs et que sans la preuve de leur existence, les échos, les parallèles, les ressemblances, ne prouvent rien. »

    Pourquoi? Faute d’inconscient collectif, dont les « vecteurs » n’écrivent pas, et qui est surtout un concept que je ne maîtrise pas du tout, ne pourrait-on pas parler de Zeitgeist, mot que l’on peut lire sur votre page d’accueil ?  Citer

  21. reply Gnouros : plus nous « avançons », moins je vois la différence entre l’usage que vous faites de Maurras, celui que l’auteur de l’article commenté faisait de Gobineau ou ce que d’autres font d’Hitler.  Citer

  22. reply Luccio : vous croyez vraiment que Maurras est dans l’air du temps, vous ?  Citer

  23. Schizodoxe : Pardonnez-moi. Peut-être ai-je mal compris ce que vous essayiez de dire dans votre article et dans vos reproches.  Citer

  24. Zeitgeist, ce serait plutôt l’esprit d’une époque, plutôt que l’air du temps. Ce peut même être l’esprit, le style d’un peuple, on parlerait de Volksgeist, mais là faut faire gaffe, or la France a un esprit… celui par exemple de brandir comme culture nationale l’universel, de rencontrer dans le français l’Homme.
    D’autres pourraient discuter ce fait, mais cette idée se voit opposées d’autres conceptions, comme celle de race à la Mauras, donc je n’ai pas la moindre idée si ce n’est qu’elle induit une vision particulière du cosmopolitisme, ou chacun reste chez soi et ne tend pas du tout à l’universel.
    Bref on a là deux idées qui s’opposent et semble former un esprit français.

    Alors qu’on pardonne d’utiliser des notions bien mises en places pour gagner du temps et de la réflexion. Ah pardon, je fais la fameuse reduction blablabla (seule nom qu’elle mérite ici puisqu’on ne fait que la dénoncer sans la mettre en avant, comme l’hypocondriaque annonce sa maladie avant de déceler les symptômes), comme tous ces crétins qui commencent à dire que la France a un administration jacobine, alors que non de non, tout cela date de bien avant Mauras.  Citer

  25. Oui enfin bon…, le coté universel de la culture il passe un peu a la trappe quand il s’agit d’abolir les cotas d’oeuvres françaises obligatoires au ciné ou a la radio.
    On est souvent dans la dorure droit de l’hommiste avec des aberrations historiques, dans le sens ou l’abéas corpus était bien antérieur à nos droits de l’homme et la révolution à l’origine d’une période de terreur qui rends la période 39-45 bien pale en comparaison.  Citer

  26. J’ai envie de souligner combien est saisissante la façon que vous avez de chaque fois passer à côté du problème. Pake être contredit, j’en ai plus que l’habitude, et le faire aussi, mais chaque fois, tout du moins le plus souvent,les autres et moi-même avons l’habitude d’essayer de comprendre de quoi on traite et non de « faire une sortie ».  Citer

  27. Oui et donc ?! En quoi je suis a coté ? :

    « Zeitgeist, ce serait plutôt l’esprit d’une époque, plutôt que l’air du temps. Ce peut même être l’esprit, le style d’un peuple, on parlerait de Volksgeist, mais là faut faire gaffe, or la France a un esprit… celui par exemple de brandir comme culture nationale l’universel, de rencontrer dans le français l’Homme »

    Je maintiens que cet universalisme est a géométrie variable. De la posture spirituelle qui ne se traduit jamais dans les faits, à mes yeux seuls essentiels. La même qu’adopte zemmour pour se démarquer. Utilisant la notion de race sans précisions pour mieux en jouer.
    Mais comme d’habitude vous faites votre pleureuse. Reprochant un ton ou des méthodes que vous employez manifestement très bien. Feignant l’incompréhension.

    Et oui la réduction ad hitlerum est une tendance dangereuse. Sorte de carte joker sensé repousser tout avis contraire à la bonne pensée, paralysant toute réflexion.  Citer

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