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William Gibson et le vaudou
J’ai lu les romans et les nouvelles de William Gibson il y a bien longtemps, maintenant. A l’époque, je n’avais pas été seulement frappé par l’originalité du monde décrit, ce monde qui allait devenir la banalité cyberpunk, mais aussi par l’utilisation qui avait été faite par l’auteur du vaudou dans certains de ses textes.
Justement, à ce propos, on peut lire dans une récente interview donnée à Blok Not par William Gibson cette remarque concernant la raison de cet usage :
E : Le vaudou revient souvent dans vos romans, pourquoi ?
WG : A l’âge de 14 ans, j’ai acheté un manuel vaudou de la Nouvelle-Orléans, il comportait des descriptions précises des rites et des schémas et des diagrammes pour les cérémonies. Comme je faisais un peu de bricolage électronique, j’ai trouvé que ça ressemblait à des plans d’assemblage, et je me suis toujours demandé ce qui se passerait si je réalisais mes circuits sur le modèle d’un diagramme vaudou… Et puis je trouve fascinant qu’au XXème siècle, une religion polythéiste soit aussi vivante et contemporaine, répandue dans plusieurs endroits du globe.
J’avoue trouver cela un peu décevant et, sans doute, la brièveté inhérente à la pratique de l’interview a-t-elle joué un rôle dans la relative pauvreté de la réponse. Pauvreté relative, déjà, à la richesse de l’oeuvre, mais aussi à celle des concepts évoqués.
On apprend plusieurs choses. Tout d’abord que le contact de Gibson au vaudou a été un contact au vaudou de la Nouvelle-Orléans, c’est-à-dire un vaudou fortement syncrétiste et, surtout, recouvert d’une couche de folklore bien plus grande que cela pouvait être le cas, à la même époque, en Haïti, par exemple.
Ensuite, ce contact s’est fait par un ouvrage destiné au grand public et sans doute guère sérieux. Il n’y a pas de « manuel » de vaudou (alors, qu’à la limite, il y a des manuels tout à fait sérieux sur le rite de la messe, mais ce sont des religions différentes dans leur essence). Cependant, le fait que cet ouvrage soit une formalisation d’un rite relativement informel ne doit pas nous faire imaginer que la logique que Gibson y a trouvée soit juste une illusion : les rites, y compris magique, sont, par nature, cohérent. Je ne sais plus qui disait que le magicien (pas l’illusionniste, nous parlons ici de vraie magie) est l’homme de la logique la plus rigoureuse.
Le vaudou est en effet, comme toute religion, comme toute pensée « irrationnelle » une ascèse logique. De même qu’entre le cabaliste et le mathématicien il y a un lien qui va au-delà de la genèse de ces sciences et qui n’est pas qu’une parenté lointaine, le vaudouisant peut, peut-être, mieux saisir certains concepts liés aux pratique de l’informatique partiellement imaginaire du cyberpunk gibsonien.
Le réseau Internet est comme Haïti ; ses utilisateurs, suivant leur puissance, y sont comme des loa (sans s) ou des hommes ordinaires ; les uns chevauchent, les autres sont chevauchés. Le génie de Gibson a été de rappeler que ce qui naissait des machines mises en réseau pouvait être approché par les chemins de l’irrationnel, car, tout simplement, la raison des machines n’est plus celle des hommes.
La dématérialisation d’une part croissante des activités humaines associée à la mise en réseau massive rend tout simplement réel aujourd’hui ce qui appartenait hier au mythe. Puis-je, ne pleine nuit, sans sortir de chez moi, et simplement parce que je connais les bons énoncés magiques / les bonnes lignes de code voler de l’argent à un homme à l’autre bout du monde ? Folie il y a 50 ans ; réalité aujourd’hui. Je pourrais prendre bien d’autres exemples.
D’ailleurs, je songe à ce propos qu’il faudra que je cite in extenso le discours du cabaliste Gershom Sholem pour l’inauguration au golem א à Rehovot, premier grand ordinateur en Israël. Cela éclairera sans doute mon propos qui paraîtra sans doute jusque-là soit incompréhensible, soit fumeux (en plus d’expliquer une des scènes les plus obscures d’Innoncence (Ghost in the Shell 2).
















4 novembre 2008 à 12:14La vie est belle quand par hasard on tombe par un matin d’automne sur une photo de baron…
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7 novembre 2008 à 10:25Merci d’avoir repris cet extrait. Je n’ai en effet eu la chance d’avoir William Gibson qu’un petit moment (privilège déjà rare !), je n’ai donc pu creuser toutes mes questions comme je le souhaitais.
Ce qui m’a intéressé plus particulièrement c’est la naissance de cette prise de conscience, qui plus est du parallèle entre la dimension symbolique des rites et des circuits électriques. Il associe naturellement communication avec le monde des esprits et ses puissance avec le cyberespace et les IA.
Assez curieusement, Gibson ne cherche pas toujours à conceptualiser toutes ses réflexions, il se laisse plus porter par des intuitions, des métaphores et une forme de poésie, ce qui oblige à ne pas surinterpréter ses propos.
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10 novembre 2008 à 15:40Citer