Edito | Invités

« La Prophetie de Tsiolkovsky » par Gilgamesh d’Uruk

Tous les gens intéressés, au moins un temps, à la conquête spatiale ont pu tomber sur la citation la plus célèbre du Père de l’Astronautique, Constantin E. Tsiolkovski (1857-1935), citation où il est toujours question d’un berceau qu’il faudrait quitter un jour, mais dont il existe au moins quatre ou cinq versions, ce qui a un côté irritant et qui m’a incité à aller rechercher l’original.

Le voici :
Планета есть колыбель разума, но нельзя вечно жить в колыбели
(Kaluga, 1911. From a letter.)

in latin alphabet : Planyeta yest’ kolybyel razuma, no nyelzya vietchno zhit’ v kolybyeli
Literal translation : A planet is the cradle of mind, but one cannot live in a cradle forever.
Common translation : Earth is the cradle of humanity, but one cannot live in a cradle forever.
En français : La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau.

Si cette citation revient souvent, dès qu’il est question de ce grand homme, c’est qu’elle possède la force et la brièveté d’une prophétie; elle relie une remarque de bon sens (en effet, le berceau n’est qu’un instant dans la vie d’un homme) avec l’injonction morale qui lui fait pendant et qui s’adresse dans une geste grandiose au genre humain (humanité, il est temps de grandir maintenant !). Et va même au-delà. On notera que littéralement, Tsiolkovski fait mention de “planète” et “d’esprit”, et que c’est par extension que l’on traduit ces termes en “Terre” et en “humanité”. Etant donnée l’étendue et la fraîcheur des considérations visionnaires qui courent dans toute l’oeuvre intellectuelle de Tsiolkovski, je me sens autorisé à penser que cette réflexion concerne tous les cas où une planète a donné naissance à une conscience réflexive capable de s’interroger sur son sort. La Prophétie de Tsiolkovski donne à voir des millions d’éveils de consciences collectives, comparables sur ce plan à la nôtre et pour lesquelles d’une façon analogue : “The blue distance, the mysterious Heavens, the example of birds and insects flying everywhere” (The Scientific Ethics, 1930) auraient montré le chemin des airs.

Cette vision nous mène bien vite à imaginer le peuplement des systèmes stellaires par les civilisations planétaires, qui passent ensuite aux systèmes stellaires alentour et de là, par ondes concentriques, à l’ensemble de la galaxie d’origine, et pourquoi pas l’au-delà…

Tsiolkovski expose ses idées au sein du XXe siècle débutant. L’espace est déjà grand à l’époque. Il se mesure encore en milliers d’années-lumière plutôt qu’en milliards, mais le système solaire est déjà situé dans son environnement galactique dans les bons ordres de grandeur. Bien évidemment, c’est le système solaire qui s’offre en premier aux découvertes futures. Mais les étoiles font également partie de la prophétie.

Or c’est ce passage du système stellaire d’origine aux systèmes voisins qu’il faut discuter, car il paraît problématique et nécessite un examen sérieux.

Car pour le dire en un mot, il n’y a aucun intérêt à voyager dans l’espace à plus de quelques années de trajet. Vraiment aucun qui vaille d’y consacrer de gros moyens. Christophe Colomb cherchait une route commerciale plein Ouest vers les Indes, Vasco de Gama, une autre encore en contournant l’Afrique. C’est sur la base des promesses de richesses pouvant résulter du succès de leur entreprise qu’ils ont pu argumenter auprès des Princes de leur temps afin d’armer une flotte. De fait, du succès effectif de leur entreprise, a résulté un immense accroissement de la puissance européenne ainsi qu’un bouleversement durable de l’état du monde.

Au même moment, de concert avec les Grandes Découvertes, amplifiée par elles, l’amplifiant à leur tout, s’est ouvert une ère intellectuelle d’accumulation exponentielle des savoirs dont la fine pointe, progressivement durcie au feu de la rigueur scientifique fut le pur désir de connaître. L’impressionnant différentiel de pouvoir qui en a résulté a mené au monde actuel.

Ce qui fait que l’équation “découverte = puissance” c’est imposé durablement pour sa justesse. Mais il ne faut jamais oublier que c’est parce qu’à chaque instant l’intérêt et la science se tenaient la main, ou se suivaient à courte distance, que les termes de l’échange ont pu amplifier la puissance du centre de conquête de façon exponentielle. Et tout ceci, pour reprendre le terme clé de la prophétie qui ouvre cet article, n’a pu avoir lieu que dans l’étroit périmètre du « berceau ». Richesse, puissance, intérêt résultent d’échanges entre le centre et ses conquêtes. Dans l’étroit périmètre terrestre, ces échanges aboutissent à une exponentielle : les échanges accroissent les richesses qui accroissent encore les échanges. Au sein du système solaire, cette équation a encore un sens, l’exploitation minière des astéroïdes en est l’exemple emblématique. Mais il est déjà extrêmement affaibli par la distance. Où trouver les termes de l’exponentiel ? La science y trouvera toujours son comptant, mais l’intérêt ? Quels minerais fabuleux justifieraient une expédition jusqu’aux confins de la ceinture de Kuiper ?

En se reportant à l’Histoire universelle, on peut bien voir combien sont divers les bénéfices des conquêtes et dès lors à quelle multiplicité de motifs elles obéissent. La soumission des peuples promet un tribut qui se paye de toutes les manières imaginables : en accord militaire, en voies commerciales, en savants, en industrie, en or, en grain, en vaisseaux, en soldats, en esclaves… La Nature ayant déposé ses richesses en divers lieux sur la planète, et de diverses manières, les lointaines contrées promettent des produits qu’on ne trouve pas sur place, qu’il s’agisse de richesses animales (ivoires, fourrure, animaux vivants…), végétales (encens, ébène, épices, plantes médicinales, ornementales ou de grandes cultures…) ou minérales (pierres ou métaux précieux).

L’espace est infiniment plus pauvre et morne que la Terre ! Pas de peuples créateurs de richesse à soumettre à l’impôt. Ni parfum, ni épice, ni flore, ni faune, rien que des richesses minérales sur des corps peu différenciés, dépourvus de cette activité hydrothermale qui forme maintes pierres précieuses et les concentre en filons dans la lithosphère terrestre. Par ailleurs, les quantités mobilisables sur un seul corps sont telles que, par exemple, les besoins terrestres en métaux seraient largement pourvus pour 1000 ans par l’exploitation d’un seul astéroïde métallique. Dans un référentiel terrestre, on voit mal ce qui motiverait une activité prolongée menant l’humanité à entreprendre des voyages de plus en plus lointains.

Et que dire d’un commerce avec les étoiles ? Les Guildes de Marchands qui peuplent les romans de science-fiction ne doivent pas faire illusion. L’univers est partout le même, et le mince différentiel existant entre systèmes distants, un minerai un peu plus abondant ici que là, ne pourra jamais justifier l’incroyable débauche d’énergie qu’il faudrait mobiliser pour son transport. Existerait-il une planète tout entière faite de diamant dans la proche banlieue solaire, qu’il serait plus avantageux de produire ce diamant dans notre système avec l’énergie que nécessiterait son transport depuis là-bas. Et la diversité minérale étant faite de combinaison d’atomes en nombre fini, finalement aucune matière ne justifierait un tel transport. Notre système solaire contient tout ce qui est convenable. Krypton et son originale kryptonite fabriquant des Supermens n’existent pas.

Pas plus que les richesses naturelles, celles nées de l’industrie humaine ne justifieraient un tel commerce. Quelle sorte de mécanisme serait-il plus intéressant de transporter sur de telles distances, plutôt que d’en échanger les plans par communication radio ; plus largement par échange d’information plutôt que d’objet ?

Pas plus que l’industrie, ne s’échangent les hommes. La durée d’une vie humaine n’autorise au maximum qu’un seul trajet, nécessitant des quantités extraordinaires d’énergie. Les métropoles ont pu trouver avantageux d’envoyer des colons, de déporter des esclaves ; des immigrants pauvres se sont embarqués en masse vers des contrées lointaines et continuent de le faire, ainsi que d’autres plus riches et par loisir. De ces millions de déplacements résulte l’état du monde. Une telle noria humaine n’est pas envisageable sur des années-lumière. Les temps caractéristiques de trajets avec un système stellaire distant vont de la décennie à plusieurs siècles. Les échanges ne peuvent s’envisager que d’une génération sur l’autre, tandis que sur Terre un grand nombre d’aller-retour sont concevables dans la durée d’une vie. En l’absence de toute communauté de vie, comment envisager une communauté d’intérêt ? Et dès lors, comment imaginer les bases mêmes d’un échange valorisé, à quelque prix que ce soit ?

L’originalité d’une faune ou d’une flore extraterrestre pourrait seule justifier l’envoi d’une cargaison d’un système à l’autre. Mais si l’on suppose raisonnable l’hypothèse selon laquelle la vie implique la reproduction, cet échange n’aurait lieu qu’une fois. A charge pour le destinataire d’assurer les conditions de reproduction de sa précieuse cargaison. Peut-on parler de commerce quand ça n’a lieu qu’une fois ?

L’intérêt des conquêtes réside également dans la puissance politique. Conquérir c’est à la fois enlever au peuple voisin la possibilité de porter ses armes vers son propre territoire et adjoindre sa force à la sienne propre contre un adversaire plus extérieur encore. Dès l’aube de l’Histoire, la Terre est formée d’une mosaïque de peuples en connexion, dans un contexte de richesse croissante. Il n’est donc pas étonnant de voir crépiter les conflits et les alliances au sein de ce foisonnement pour former des territoires plus grands et plus unis. Sur Terre, chaque parcelle de terrain représente une petite valeur, même un arpent de désert. On peut y habiter, on peut s’y réfugier, on peut le cultiver. Même sans cela, toute parcelle à sa place dans la géographie complexe de routes terrestres et maritimes qui rendent telle ou telle place stratégique en commandant une voie de communication. Aucun de ces calculs n’a sa place quand on envisage des systèmes stellaires. Il n’y a pas de voisins, car il n’y a pas d’échange. L’immensité de l’espace fait que chaque mètre cube est sans aucune valeur intrinsèque et que toutes les routes sont libres. Au sein même de notre oasis, le Système solaire, dans l’espace contenu par l’orbite de Neptune (que nous prendrons comme borne extérieure), si toute la matière composant les planètes, leurs satellites et les petits corps était rassemblée dans une galette de même épaisseur et densité que le globe terrestre, elle n’occuperait qu’une milliardième de la surface. A l’échelle de la Terre, c’est comme si toutes les terres émergées se résumaient en un îlot de 360 mètres de diamètre au sein d’un océan de superficie terrestre. Et la Galaxie est bien plus vide que cela, d’un facteur cent millions à un milliard. Notre îlot a maintenant la taille d’un timbre poste à l’échelle de l’océan terrestre. C’est en gros ce que représentent les milliards de planètes tournant autour de milliards d’étoiles, au sein de l’espace galactique. Et ce qui est susceptible d’intéresser l’espèce humaine est bien moins vaste qu’une des dents de ce timbre, car l’essentiel des masses planétaires est composé de géantes gazeuses parfaitement impraticables. Oublions Trantor, la notion d’Empire ou d’Alliance galactique est dépourvue de sens. Il n’y a pas de géopolitique dans l’espace.

Sur aucun plan on ne peut envisager un régime serré d’échanges d’hommes, de bien et de service. On ne retrouve donc dans la conquête spatiale aucun des termes qui ont permis le développement des Grandes Découvertes de la Renaissance, ou des Empires à toutes les époques.

Reste tout de même, comme l’Espoir au fond du vase de Pandore, le désir de découvrir, avivé par les découvertes récentes, qui pousse l’Humanité vers ces lointains.

Même sur ce point, pourtant, le contexte spatial met à défaut nos intuitions naïves. La valeur intrinsèque de l’action humaine dans un processus d’exploration est à mettre en lien avec la complexité de l’environnement exploré. S’il s’agit par exemple d’un relevé de faune et de flore, ou d’étudier un terrain géologiquement complexe, l’oeil du zoologiste, du botaniste ou du géologue est irremplaçable. A fortiori dès qu’il s’agit d’étudier les traces laissées par des civilisations anciennes par une recherche archéologique. Et pour l’ethnographie, la question ne se pose même pas. L’immense inventaire du globe commencé avec les Grandes Découvertes n’aurait jamais pu être mené de façon automatisée ou piloté à distance, même avec les robots actuels. Et cette activité exploratrice menée par des humains de chair et d’os était évidemment rendue possible par le fait que le globe est partout praticable. Non seulement on peut se rendre en tous lieux en quelques semaines ou mois, mais on peut jouir sur place des conditions de vie offertes et du charme de son objet d’étude. L’espace offre tout l’inverse. Même si, une fois sur place, un explorateur humain aura plus de degrés de liberté qu’un robot, le coût énergétique et technologique du système-vie et la relative simplicité des environnements étudiés, comparativement à la Terre, vont donner l’avantage aux systèmes robotisés dans la plupart des cas. A moyens égaux, la curiosité scientifique sera mieux satisfaite par une armada de sondes que par une unique mission habitée. Surtout que le potentiel de sophistication des sondes à venir est considérable.

Le nanomonde nous ouvre des perspectives potentiellement immenses. Des sondes de quelques microns, actionnées par des nanomachines, pouvant être fabriquées à moindre coût en grandes séries par le même type de technologie dont on se sert pour graver des microprocesseurs, pourraient être envoyées par milliards vers les cibles d’intérêt. Une difficulté prévisible serait à l’arrivée, de faire s’assembler ces nanomachines pour reconstruire un objet macroscopique, en particulier le système de communication (antenne) capable de renvoyer des données vers la Terre. Pour les propulser ces sondes à des vitesses relativistes on pourrait par exemple s’inspirer du mécanisme d’accélération des rayons cosmiques dans l’enveloppe des supernovae (mécanisme de Fermi). Il faudrait créer un nuage de plasma magnétisé extrêmement véloce (en utilisant un accélérateur de particule ou par tir laser par exemple) et injecter un nuage de nanosondes possédant un champs magnétique à l’intérieur. Le nuage magnétisé aurait une action de miroir et les particules rebondissant à l’intérieur de manière aléatoire emprunteraient progressivement de l’énergie cinétique au nuage.

Y compris pour assouvir notre curiosité scientifique, le voyage habité de longue durée dans l’espace nécessite des moyens qui seraient employés bien plus utilement par des robots.

Tout ceci ne doit pas pour autant nous faire tourner le dos au rêve de Tsiolkovski. Il y a de la ferveur mystique dans ce rêve, une foi en l’espace pour l’espace. S’il ne faut pas être dupe de ses sentiments, s’il ne faut pas les camoufler au sein de considérations utilitaristes, sa nature spirituelle ne rend nullement ce rêve condamnable. Toujours est-il qu’il existe et qu’il ne peut que s’amplifier avec les futurs découvertes de mondes lointains, par dizaine de milliers dans le demi-siècle à venir (mission Corot, Gaia, Darwin, JWST…). Seulement, le rêve est une chose et les circonstances de son accomplissement une autre. Il faut un projet politique et on peut se demander par quel pan incliné on arriverait là haut.

Il me semble à la lumière des considérations qui précèdent que ce n’est ni l’intérêt, ni la curiosité qui mènera des hommes à sortir définitivement du berceau. L’espace ne peut pas constituer durablement un grand effort consenti par la collectivité pour l’atteinte d’un but plus élevé, car on l’a vu ce but n’existe pas ou peut-être atteint autrement. Il faut donc que ce soit par agrément que l’homme quitte la Terre. Cet agrément n’est pas conçu principalement hédoniste. Il est essentiellement moral : le rameau humain quittant la Terre vivra sans doute cette aventure dans une grande exaltation morale pour ce que quitter la Terre veut dire, et parce que l’acte serait fait au nom de toute l’humanité, comme le premier pas sur la Lune. Mais l’ensemble des étapes qui mènent à ce moment doit être conçu comme obéissant à des déterminismes humains réalistes.

Ce déterminisme s’applique à deux niveaux : l’histoire humaine et politique menant à faire vivre une humanité dans l’espace, en autonomie par rapport à la Terre et l’artefact humain qui abriterait cette humanité, l’Arche. Commençons par l’Arche et nous aurons alors une idée plus nette de comment la bâtir.

Pour paraphraser Galilée à propos du mouvement il faut que vivre dans l’espace soit comme rien. Comme si on n’avait pas quitté la Terre. Bien entendu, il s’agit d’un principe directeur, car on ne peut totalement reproduire la Terre. Mais si, comme on l’a exposé, on ne va pas dans l’espace pour un but donné (faire du commerce, conquérir des terres lointaines), c’est-à-dire dans un but pensé par rapport à un référentiel central qui serait la civilisation terrestre, alors il faut que l’Arche soit à elle toute seule le référentiel et que tout ce qui permet d’accomplir une vie humaine soit réalisable dans l’Arche.

Pour vivre, l’homme a besoin d’un milieu naturel et d’une communauté humaine. Ce n’est qu’à ces deux conditions que l’homme pourrait réellement quitter la Terre, et faire route vers les étoiles, sans angoisse ni regret. Sans nécessité, même. Par pur agrément moral.

Gilgamesh d’Uruk


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22 commentaires pour “ « La Prophetie de Tsiolkovsky » par Gilgamesh d’Uruk ”

  1. BIENVENUE !  

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  2. « A planet is the cradle of mind, but one cannot live in a cradle forever. »
    Je n’avais jamais vu cette traduction.Je la trouve infiniment plus puissante que les autres.  

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  3. Merci pour ce très bon texte. Très bonne inauguration de la catégorie invité.  

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  4. excellent texte, merci ! Je pose une question naïve mais pourquoi chercher des raisons à la conquête ? N’est-elle pas inscrite au plus profond de nos gênes ?  

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  5. C’est, en effet, un article passionnant et extrêmement stimulant dont je remercie, encore une fois, l’auteur.

    La question qui vient à l’esprit est la suivante : si tout cela est vrai pour l’homme tel qu’il est aujourd’hui, cela le sera-t-il pour l’homme (ou ce qui lui succédera) demain ?

    Les invariants anthropologiques ne sont des invariants que parce qu’ils sont anthropologiques — changez l’homme, vous changez les invariants.  

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  6. J’ai toujours eu une vision très « maritime » de l’espace. Pas seulement parce que la majorité des oeuvres de SF mettent en scène des croiseurs et des cargos spatiaux.
    Cela me mène aux ZEE, Zones Economiques Exclusives. Les Etats les gardent farouchement en raison du potentiel économique de ces zones. Je pense aux nodules polymétalliques, par exemple. Ils sont inexpoitables à l’heure actuelle, mais qui sait ce qu’il en sera demain ? De même, « posséder » de vaste zones d’espace « vide » pourraient se révéler extrêmement intéressant comme complètement idiot.
    Tout ça pour dire qu’on ne sait pas vraiment ce que l’avenir réserve, et une parcelle d’espace située à un endroit X pourrait se révéler diablement attractive.  

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  7. Salut la compagnie !

    on peut effectivement imaginer que l’homme change, mais la plupart des considérations sur lesquelles reposent mon raisonnement on trait à l’énergie, à l’espace et au temps. C’est de la Physique pure et dure, et a priori ce socle n’est pas sujet à variation.

    Les modification envisageable sur l’homme touchent à la génétique ou l’amélioration « bionique » (ex : ajout d’une mémoire de silicium pour seconder a mémoire humaine). Il y a un mouvement intellectuel qui prone cela, le transhumanisme. A mon avis, ces améliorations (on va rester dans un cadre humanistes et non cyber-punk) peuvent bien changer la capacité d’action de l’homme, y compris dans l’espace, elles ne modifient pas les données de l’échange.

    La modification humaine la plus déterminante dans le cadre d’une conquête interstellaire concerne bien sur l’allongement de la vie. Seulement, si la vie peut être étendue, ça ne diminue en rien sa densité. Ca ne change pas le fait que le présent doive présenter de l’agrément, et il faut donc que les conditions de vie ne conduisent pas à l’ennui, à la folie ou au conflit entre les partants.

    On pourrait imaginer une modification bien plus plus glaçante, qui serait d’éteindre l’apétance sociale. Les hommes supporteraient la solitude pendant des décennies. Oui mais ça les rend a priori inaptes à entreprendre quelque chose de grand, une fois arrivé à destination.

    Bon, ce n’est pas non plus un domaine que j’ai exploré de manière systématique. Je préfère me placer dans ce qu’il est possible de raisonner avec les données de la science actuelle.

    a+  

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  8. Un texte très stimulant, en effet. Il est fait allusion au nanomonde, et je crois bien que c’est précisément l’exploration de l’infiniment petit qui risque de mobiliser l’essentiel des technosciences, au moins pour les décennies à venir. Explorer l’espace, le coloniser, est une chose tout à fait fabuleuse (je pense qu’on est un certain nombre ici à aimer le space opera), mais c’est vrai qu’on manque pour le moment de leitmotiv, au moins concernant la conquête du système solaire. À moins qu’une nouvelle guerre froide créée de nouveaux enjeux en suscitant une compétition entre deux empires, ou à moins que le tourisme spatial se généralise de manière inattendue… Et pour aller plus loin, exceptée une technologie supraluminique ou autre, je ne vois pas ce qui pourrait nous y aider… les Ummites !? Comme le suggère notre royal sumérien, la solution est peut-être dans la modification de l’homme.  

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  9. « Les modification envisageable sur l’homme touchent à la génétique ou l’amélioration “bionique” (ex : ajout d’une mémoire de silicium pour seconder a mémoire humaine). Il y a un mouvement intellectuel qui prone cela, le transhumanisme. »
    Cela me rappelle un groupe dont j’ai entendu parlé il y a quelques années:
    http://www.lesmutants.com/lestextes.htm
    Dites donc Gilgamesh, seriez-vous un de ces « mutants »? En même temps si vous l’êtes, vous ne le reconnaitrez jamais étant donné le culte du secret qui les caractérise.  

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  10. Salut la compagnie !

    on peut effectivement imaginer que l’homme change, mais la plupart des considérations sur lesquelles reposent mon raisonnement on trait à l’énergie, à l’espace et au temps. C’est de la Physique pure et dure, et a priori ce socle n’est pas sujet à variation.

    Les modification envisageable sur l’homme touchent à la génétique ou l’amélioration “bionique” (ex : ajout d’une mémoire de silicium pour seconder a mémoire humaine). Il y a un mouvement intellectuel qui prone cela, le transhumanisme. A mon avis, ces améliorations (on va rester dans un cadre humanistes et non cyber-punk) peuvent bien changer la capacité d’action de l’homme, y compris dans l’espace, elles ne modifient pas les données de l’échange.

    La modification humaine la plus déterminante dans le cadre d’une conquête interstellaire concerne bien sur l’allongement de la vie. Seulement, si la vie peut être étendue, ça ne diminue en rien sa densité. Ca ne change pas le fait que le présent doive présenter de l’agrément, et il faut donc que les conditions de vie ne conduisent pas à l’ennui, à la folie ou au conflit entre les partants.

    On pourrait imaginer une modification bien plus plus glaçante, qui serait d’éteindre l’apétance sociale. Les hommes supporteraient la solitude pendant des décennies. Oui mais ça les rend a priori inaptes à entreprendre quelque chose de grand, une fois arrivé à destination.

    Bon, ce n’est pas non plus un domaine que j’ai exploré de manière systématique. Je préfère me placer dans ce qu’il est possible de raisonner avec les données de la science actuelle.

    a+

    J’entends bien, quoique je pensais à des changements encore plus radicaux (avènement d’une intelligence artificielle dont la logique pourrait ne rien avoir de commun avec la nôtre, par exemple).

    Mais, pour en rester à du strictement concevable et pour entretenir le débat, bien que je me range largement à votre façon de voir, il reste encore la religion, d’ailleurs, vous lui ouvrez la porte en évoquant le terme de mystique et le vocable d’Arche lui-même.

    Cela dit, je pense qu’on a de quoi s’amuser encore pas mal de temps dans le système solaire… et dans les univers artificiels totalement immersifs et parfaitement réalistes qui ne manqueront pas d’apparaître dans quelques décennies, j’en ai la conviction.  

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  11. @el topo : merci je ne connaissais pas ces Mutants.

    ET c’est vrai que je me reconnais quand même assez bien dans le Manifeste : « Nous aimons vivre. Évoluer encore et toujours, plus vite et plus loin. Nous voulons devenir l’origine du futur. Changer la vie, au sens propre et non plus au sens figuré : créer des espèces nouvelles, adopter les clones humains, sélectionner nos gamètes, sculpter le corps et l’esprit, apprivoiser nos germes, dévorer des festins transgéniques, faire don de nos cellules-souches, voir les infrarouges, écouter les ultrasons, sentir les phéromones, cultiver nos gènes, remplacer nos neurones, faire l’amour dans l’espace, débattre avec des robots, tester des états cérébraux modifiés, faire des projets avec notre cerveau reptilien, pratiquer des clonages diversifiants vers l’infini, ajouter de nouveaux sens, vivre vingt ans ou deux siècles, habiter la Lune, terraformer Mars, tutoyer les galaxies ; nous portons en nous le plus civilisé et le plus sauvage, le plus raffiné et le plus barbare, le plus complexe et le plus simple, le plus rationnel et le plus passionné. Tout s’est réuni un matin clair et la mortelle tiédeur des temps passés n’est plus qu’un mauvais souvenir. »

    Wouh !

    a+  

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  12. hello peut-e^tre devrait-on considéder comme motivation à la conquete spatiale lesimple fait que notre système solaire va un jour disparaitre c’est sans doute assez négatif mais l’instinct de survie est un moteur puissant non?  

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  13. A l’échelle humaine (je ne parle pas de la vie humaine, mais de celle de l’espèce), c’est tellement lointain que cela n’a même plus vraiment de sens.  

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  14. C’est tellement loin que rien n’interdit de penser que l’homme, si il est encore là dans 2-3 milliards d’années, aura depuis longtemps entrepris de transformer le système solaire.  

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  15. Dans 2 ou 3 milliards d’années, l’ »homme » nous sera devenu ce que nous sommes au protozoaire.

    Et encore…  

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  16. Une traduction très rigoureuse de la citation donnerait : « Une/la planète est le berceau de la raison, mais on ne doit pas/peut pas vivre éternellement dans un berceau ». Il est bien ici question de raison et non d’esprit (qui se dit doukh ou Oum, dans le sens d’intelligence dans ce deuxième cas). Cela ne change pas fondamentalement le sens de cette idée de Tsiolkovski, et n’enlève rien en pertinence à cette très belle réflexion, Gilgamesh, que tu produis à partir d’elle. Mais, quel que soit le sens que Tsiolkovski donne à ce mot, cela peut nous inciter à penser autrement le défi que représente, pour la raison, le fait de découvrir ses conditions d’existence historiquement et topologiquement déterminées, et donc apparemment limitées; et par là à dépasser autrement le paradoxe d’une humanité qui, dans le fait même de découvrir l’immensité du monde, se sentirait à l’étroit sur la terre, « comme un enfant dans un berceau ».

    La raison se déploie dans l’interaction des esprits tendus vers l’universel (soucieux de convaincre universellement, de définir ce qui est vrai ou bien pour tous, dans la confrontation des points de vue et le recroisement de l’expérience). Une voie, pour cet accomplissement, apparaît, comme le suggère ton approche, avec la mise en relation des esprits et dans la transformation du monde en un lieu en lequel l’esprit se sent comme partout chez lui ; dans notre histoire, cela est toujours allé de pair avec la poursuite d’intérêts matériels et financiers (industrie, commerce) ; cela donne aujourd’hui la technoscience dans une société d’échanges mondialisés. Aller au bout de cette idée, alors même que ces intérêts ne trouvent, dans l’espace, aucune prise : voilà le problème que tu affrontes pour « accomplir la prophétie » du savant visionnaire. De là l’idée d’un pur agrément moral, avec sur le fond un rêve d’accomplissement qui reste identique : par les moyens que donnent la science et la technique, repousser toujours plus loin les limitations dans le temps et dans l’espace où s’accomplit la raison en transformant le monde ; élargir son domaine d’action en prenant possession d’un espace plus grand, avec peut-être l’espoir d’exister dans des conditions moins précaires, donc dans un temps plus long. Construire une Arche, donc, recréant les conditions d’existence et les commodités de l’humanité actuelle dans son standard de vie le plus enviable, emportant une communauté humaine ayant assez d’esprit pionnier pour consentir à un sacrifice et à un risque limités au maximum.

    Mais il est au moins possible d’envisager une autre manière, pour la raison, de « sortir de son berceau ». Si nous poussons à la limite l’idée de raison, celle d’une « tension vers l’universel dans la mise en relation des esprits », la raison n’apparaît plus seulement comme l’acte par lequel l’esprit dépasse ce qui le détermine et le limite (éducation, mythes, paradigmes culturels, y compris scientifiques,… temps, espace, individu,… planète!) par le moyen de la connaissance scientifique. Elle devient l’acte par lequel l’esprit, étonné, questionné par la mystérieuse immensité qui se dévoile dans l’approfondissement collectif de sa connaissance du Tout, revient à lui-même et se pense, dans le déploiement même de sa raison, comme l’expression même de ce Tout, de cet Etre, de cet Univers, de cette Nature. Et, en cela, comme son expression la plus aboutie, la plus haute et la plus digne. Acte par lequel l’esprit vainc sa limitation dans le moment même où il se reconnaît limité par l’illimité : il n’est pas Dieu, il n’est pas « partout », il ne va pas « au-delà des âges » mais se reconnaît partie d’un Tout (qu’il appellera ou non Dieu) qui, dans l’immensité et l’incommensurabilité où il se dévoile dans sa science même, donne à l’être limité, à l’homme sur la terre, l’idée de l’infini et de l’éternité, de sa propre infinité et de sa propre éternité.

    En ce sens, l’âge adulte de la raison consiste à sortir autrement des limitations de la terre ; il est tout différent de cet « âge positif » dont nous parlait Auguste Comte, personne restée assez puérile au demeurant dans son rapport à la connaissance. Il ne ressortit pas de la conquête ou de la guerre ou de la mise à la question de la nature mais de la culture qui, selon son sens premier, nous renvoie non pas à l’exploitation sans frein des étendues du monde, mais au fait de prendre soin des choses (lat. colere). Soin de ce dont nous sommes l’expression, attention à tout ce qui est donné, à ce qui ne s’achète pas, respect du temps que met à la vie pour faire aboutir toute forme, recueillement : apaisement joyeux de l’esprit où, dans son attention même, l’homme devient, selon le mot de Spinoza, « comme un Dieu pour l’homme. » Tout ce que ne fait pas la technoscience aujourd’hui, en son immaturité même.

    Le projet d’une Arche interstellaire est un beau projet qui peut conduire l’humanité à se porter en avant avec un optimisme renouvelé. Projet redoutable pourtant s’il doit donner à cette même humanité l’idée que, ruinée sur terre, elle peut « se refaire ailleurs » ou s’il l’enferme dans le fantasme d’une domination des choses indéfiniment exportable ou reproductible. Dans ce schéma, les « partants » seraient les plus riches : la quintessence ploutocratique dans un petit canot fuyant une planète transformée en Titanic. L’humanité ne sort pas de son berceau si elle se prolonge ailleurs dans son immaturité avec pour seule (et sumérienne ?) maxime : « derrière nous le déluge ! ».  

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  17. @pips

    Je suis d’accord qu’une des motivation touche à la survie sur le très long terme. Cela devrait faire partie des motivations moralement les plus élevées. Le désir de disséminer l’humanité hors du charnier natal répond à un désir d’éternité. Mais l’échéance d’une possible disparition de l’humanité est bien plus rapprochée que celle de la Terre comme planète viable. On ne peut prévoir aucune disparition de l’humanité à 1000 ans. Pas plus à 10 000 ans. Mais à partir de 100 000 ans on commence à se perdre dans les brumes des temps futurs profond et à 1 MA j’vois pu rien ! Pour la Terre, c’est un tic-tac d’horloge. Le temps de l’évolution (biologique et avant, anthropologique) est bien plus rapide que le temps astronomique, et le risque de disparition de l’humanité anticipe de beaucoup sur celui du système solaire (en fait réchauffement progressif du Soleil jusqu’au stade géante rouge).  

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  18. l’homme par sa « consommation » de la terre et par la surpopulation va tot ou tard devoir migrer(ça c’est pour la survie) donc si l’espace reste la seule échappatoire il va falloir prévoir des « vaisseaux »qui puissent augmenter de taille car le temps nécessaire va etre de moult générations cela nécessite aussi une grande rigueur des spationautes tant morale qu’éthique et implique aussi aussi un sens du sacrifice vu qu’il n’y aura pas de retour.Ce qui me semble important aussi c’est le risque d’évolution de l’èspèce dans le temps et le différentiel entre l’homme du départ et celui de l’arrivée  

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  19. @Eudyne, on peut effectivement imaginer ce retour de l’esprit sur lui même qui s’apaise de manière philosophique.

    Mais tu opposes du coup l’être apaisé, spinozien, à l’être prométhéen, tenaillé par ses limitations physiques, celle de la la nature et celle du milieu qu’il a modifié pour sa ruine et son déshonneur.

    Il est vrai que l’appellation d’Arche renvoie au mythe d’une terre en perdition ; à la seule différence que là, à l’échéance envisagé (disons moins d’un millénaire) ce serait l’homme lui même qui se serait tiré dans le pieds en mettant la terre à sac. Ca ne change pas le fond du problème.

    Cette vision n’est pas réaliste à mon sens.

    Pour commencer, aucun artefact humain ne pourra jamais abriter plus d’homme que la Terre, même dégradée de la pire des façon concevable. L’idée d’un monde fini et fragile a été popularisé mais un peu à l’excès. Au pire, disons que la Terre ne puisse nourrir qu’un milliard d’humains, après un effondrement de la civilisation technologique par exemple. Ça reste toujours d’au moins trois ordre de grandeur supérieur à ce qu’on pourrait mettre dans une arche. L’existence de l’humanité n’est menacée que ‘quantitativement’ au sens où le pire qui puisse arriver c’est une diminution drastique du nombre d’homme pouvant vivre sur Terre. Mais dans aucun scénario un tant soit peu réaliste on ne peut envisager son extinction si on reste dans des durée « non géologiques » (disons << 1 Ma).

    Du reste, une humanité incapable de maintenir le niveau d’organisation politique et technique capable de faire vivre qq milliards de personne serait d’autant plus incapable de mener à bien un projet aussi grandiose que l’Arche. La décision de construire l’Arche ne peut résulter d’une telle alternative dramatique.

    Surtout que celle ci suppose une maitrise de très haut niveau du fonctionnement des écosystèmes.

    Et ça ne peut pas être non plus le projet de quelque individus fortunés. L’Arche a l’évidence n’est pas un objet qu’on peut acheter sur l’étagère, simplement en y mettant le prix. C’est le projet d’une nation qui ne se consacre collectivement qu’à cela (donc pas une nation terrestre, qui a d’autres priorités)sur au moins une dizaine de générations, ce qui implique une stabilité politique remarquable.

    Plus fondamentalement encore, je n’oppose pas la sagesse philosophique et la maitrise physique du réel. Au contraire, l’une engendre l’autre. Plus l’homme aura une vision apaisé de ce qu’il représente, plus il sera capable de concevoir ses entreprises à grande échelle. Malgré les conflits, nos civilisations terrestres sont suffisamment apaisée pour réserver une grande quantité d’énergie à la connaissance désintéressée des fondement du monde. Et depuis 4 siècles la croissance de nos connaissance à décollé de l’axe à la manière de l’exponentielle (entrainant une croissance exponentielle de la démographie avec elle). La technoscience n’est pas *d’abord* le fait d’un esprit inquiet mais bien la conséquence directe d’une humanité à l’esprit *suffisemment* apaisée (tout est relatif, bien sûr, et ça concerne une petite fraction d’elle même) pour ne se consacrer qu’à la connaissance. Si cet apaisement se généralise, loin de diminuer la maitrise technoscientifique, ça ne peut faire que l’amplifier formidablement. D’une part en tournant les yeux des hommes loin des contingences immédiates et d’autre part en augmentant la capacité collective d’agir.

    L’Arche n’est rien d’autre qu’une des manifestation de l’augmentation de la puissance d’agir et de penser de l’humanité. Et pour conclure avec Spinoza c’est la définition de son conatus « l’effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être [et qui] n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. »

    — Éthique III, Proposition VII

    a+  

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  20. La question qui me préoccupe est la suivante : que faut-il entendre par « âge adulte de la raison »? Réflexion conduite en contrepoint à la représentation visionnaire d’une raison (« razuma ») qui « sortirait de son berceau » en quittant la planète.

    Dans cette piste juste esquissée, le projet de Prométhée (ou de Descartes : le « se rendre comme maître et possesseur de la nature » du Discours de la méthode) n’est pas du tout dévalorisé : il est bien perçu comme une voie d’accomplissement tout à l’honneur de l’homme. Et ainsi l’Arche, comme un horizon a priori intéressant.

    Simplement, le projet prométhéen, si l’on revient au récit que Platon donne dans Protagoras, exclut totalement cette idée qui semble, dans ton propos, aller de soi : idée selon laquelle maîtrise du réel et sagesse philosophique vont de pair. « L’un engendre l’autre », dis-tu. Cette vision me semble très contestable, pour ne pas dire irresponsable. La technoscience, dans la forme qu’elle prend depuis quatre siècles, n’est pas « la conséquence directe d’un humanité à l’esprit ‘suffisamment’ apaisé ». Elle se produit sur fond d’un double oubli, en lequel l’homme s’éloigne de lui même et du monde :
    - Oubli du politique (c’est précisément sur celui là que le récit du Protagoras insiste). Nous en voyons les conséquences dans le chaos économique qui s’installe et le creusement des inégalités.
    - Oubli / mépris pour la question de l’Etre (réflexion sur la place de l’homme dans la nature, dans le « cosmos », c’est-à-dire, en suivant l’idée grecque, « le bel agencement des choses »). Nous en voyons les conséquences dans la transformation de la planète en espace invivable.

    Spinoza, et d’autres avant et après lui, ont cherché à accorder la « technê » et l’epistémè à ces questions essentielles : penser le bien commun entre les hommes et l’harmonie avec une nature dont nous sommes l’expression tout en faisant progresser le pouvoir de comprendre et d’agir dans la nature et entre les hommes.

    Dire de l’homme occidental qu’il est, en cet âge où nous réfléchissons, apaisé par la science qu’il produit relève du déni. Et ce déni conduit à cette malheureuse identification entre le développement de la connaissance rationnelle et le conatus : tu oublies juste, ici, ce qui fait le fond de l’Ethique de Spinoza : l’état de servitude que l’âme humaine a à traverser, dans un chemin très exigeant, pour s’accomplir comme être de raison. Etat de servitude en lequel elle confond nécessairement, au départ, ce qui la fait vivre et ce qui la fait mourir parce qu’elle s’imagine que la jouissance qu’elle éprouve dans cette connaissance partielle qu’elle a d’elle-même et des choses constitue une forme achevée de sa liberté.

    A partir de là, mon souci est le suivant : Comment faire en sorte que l’idée d’une Arche ne relève pas de la confusion entre ce qui fait vivre et ce qui fait mourir l’humanité? Sur la terre.  

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  21. Il me semble tout de même que l’idée maitresse qui s’impose de manière mondialisée que l’homme doit prendre soin de la planète s’il veut prendre soin de lui même, et même le faire parce que c’est un devoir envers la Nature vivante, est une idée scientifique. Le constat lui même est scientifique.

    Concernant par exemple les pb du réchauffement climatique ou de la biodiversité, il s’agit de débat posés par la science. Il n’y a tout simplement pas débat si ce n’est scientifique. La définition du climat et sa mesure, l’analyse de son fonctionnement, la définition des espèces et leur décompte, les conditions de leur préservation : tout ceci est d’abord objet de science et reversé ensuite dans le débat public. Et quand il s’agit de passer à l’action, quelle est *la* condition sine qua non, pour que les états consentent au même constat et aux même mesures correctrices ? Que ce soit l’objet d’un consensus scientifique, c’est à dire obtenu au sein d’une République des sciences, de manière aussi dépassionnée et non partisane que possible.

    Le *soucis* écologique nous est donné par les science alors même que le *problème* existait bel et bien auparavant. Le milieu naturel des campagnes populeuses du Moyen Âge était bien plus dégradé que maintenant, la pollution des villes sans commune mesure avec celle de nos cités soigneusement purgée de leur miasmes après la révolution hygiéniste.

    Bien entendu, il existe un état anthropologique qui ne pose aucun problème de modification du milieu, c’est celui du chasseur cueilleur (et encore… sauf sur la population des grands mammifères). On existe bien un minimum de développement qui engendre un minimum de problème, mais dès que l’homme a eu une emprise sur les sols avec l’agriculture et le développement des cités, cette emprise a été forte et a engendré des problèmes propres à ce développement.

    Concernant le chaos économique, et le prima donné un temps du commerce sur l’économie, on peut lui donner une étiologie dans le développement des sciences économiques et des mathématiques financière (voire de l’informatique) mais ça reste je trouve beaucoup moins probant. Tu pourras me trouver partial, mais il me semble qu’on peut bien imaginer d’autres époques, où les sciences susdites étaient bien moins développées, et où ce choix de l’homme politique de s’effacer devant le commerçant et surtout devant le financier serait fait de la même manière et avec mutatis mutandis les mêmes conséquences.

    En résumé, ces les sciences qui nous donnent conscience de nos responsabilité, sans elles on serait aveugle sur le problème, ou du moins, il serait impossible d’arriver à un consensus sur l’ampleur du problème, sur ces causes et sur l’action qu’il faut entreprendre pour le corriger de manière globale.

    Penser le bien *commun* implique un passage à l’abstraction, penser la *nature* vs l’homme implique de définir ces concepts de manière rationnelle, de donner à ces termes une définition décentrée qui est l’essence du scientifique.

    ==  

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  22. Signalons que Gilga a été interviewé par Science & Vie junior, pour un dossier consacré au voyage interstellaire :-)   

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