La femme moderne comme minorité
La Modernité se répercute sur le symbole absolu de la beauté et de la vie : la femme. Sa « condition » ne s’apparente pas ici à un conditionnement mais à une situation globale, dont certaines caractéristiques demeurent parfois aisées à déterminer.
Intéressons-nous tout d’abord au terme de minorité, concept politique (donc violent symboliquement), tel qu’on l’entend souvent. Plusieurs impératifs le définissent, comme par exemple :
- Promouvoir l’égalité contre la domination d’un oppresseur. On note ici deux tensions. D’une part, une minorité est définie en fonction de critères essentialistes et/ou racialistes mais s’inscrit elle-même conjointement dans une lutte contre le racisme. D’autre part, si certaines minorités affirment parfois leur différence (le fameux « droit à la différence ») quelle est la consistance d’une telle revendication alors que ces mêmes minorités souhaitent un monde sans différence ? Cette mutation moderne entre en effet précisément dans l’agenda progressiste de ces mêmes minorités et des institutions les contrôlant.En fait, tantôt la différence et l’égalité sont revendiquées de concert et de façon bancale et contradictoire (le cas des couples homosexuels voulant adopter par exemple, pour se situer sur le même pied d’égalité que les couples dits « hétérosexuels ») ; tantôt elles sont considérées comme antinomiques (l’agenda féministe aplanissant la différence homme/femme sous fond de réclamations égalitaires).
- Considérer souvent la minorité en question avec une forme de mépris voilée. En somme, leurs autoproclamés défenseurs les prennent pour des faibles, des incapables (prétendue incapacité pour la minorité de se défendre, donc nécessité d’appeler l’Etat à la rescousse, ou une autre institution). Le meilleur exemple est évidemment l’immigration, tant nous connaissons les ravages de l’Etat-providence sur celle-ci.
- Parler à leur place, et de façon non représentative tout en affirmant savoir ce qui est bien pour eux. Ici le cas des syndicats de travailleurs, mais aussi celui des lobbies homosexuels viennent immédiatement à l’esprit (tout comme celui de la gay pride).
- Leur donner des droits et invoquer la démocratie, dictature de la majorité devenue dictature de la minorité. Ce n’est en effet pas toujours un courant majoritaire qui bloque une société. L’exemple le plus simple, c’est évidemment la grève des transports.
Les femmes, majoritaires dans le monde, appartiennent dit-on à une forme de minorité. Et c’est là que la nature politique de ce terme est mise en évidence. Le concept traduit en effet un sens politique fort : l’absence de droits effectifs pour les femmes dans certaines parties du monde. Il symbolise un rapport d’influence, de pouvoir, de domination.
En outre, la façon dont les femmes sont évoquées par les courants féministes comprend les 4 points précédemment énumérés et illustrent d’une certaine manière leur appartenance au camp des « minorités ».
De manière générale, le féminisme possède ainsi une assise très confortable avec le terme de « minorité », et poursuit avec toujours plus de force son opposition au machisme de la société patriarcale. Pourtant, il ne fait que lutter contre une situation réelle qu’il juge de travers et dont il attribue systématiquement la nature à l’idéologie, aux préjugés et au conditionnement.
Imprimer ce billet




16 octobre 2008 à 13:14Le problème, que votre titre souligne, c’est que, si la femme n’est pas minoritaire, la femme “moderne” l’est, elle, bien réellement. La femme moderne, post-humaine à sa façon, qui revendique la libre disposition de son corps tout en n’hésitant pas à lancer des débats sur la location de son utérus (ce qui n’est concordant qu’en apparence). Qui, jeune, déteste les vieilles peaux, puis devenue vieille, crache sur les jeunettes qui lui rappellent sa jeunesse passée et le temps où, femme libérée, elle faisait sinon tourner des têtes, du moins monter des b***. Qui estime que le tragique de sa condition ne réside pas dans sa nature mais dans l’oppression d’un vague complot paternalo-phallocrate. Cette femme (post-femme ?) est minoritaire, parce que Dieu merci, il reste encore de vraies femmes.
16 octobre 2008 à 13:37Pourquoi la plupart des études sur “le genre” (terme qui remplace “sexe” et permet de renvoyer le sexe au combat politique et même plus, à la lutte des classes) sont menées par les homosexuels, particulièrement les lesbiennes? Parce que les feministes post-modernes que vous décrivez sont les lesbiennes. Les autres, c’est à dire la majorité des femmes, ont bien compris qu’il n’y avait plus combat à mener contre les hommes. Les discours les plus acides que j’ai entendu à propos des féministes émanaient de femmes, des vraies…
A lire:
-fausse route d’Elisabeth Badinter
-Ainsi soient-ils: sans de vrais hommes, pas de vraies femmes d’Hélène Vecchiali