Why Blog ?
OldCola nous met, moi et tous les rédacteurs de Schizodoxe, sur la liste des gens dont il aimerait savoir la raison pour laquelle ils écrivent sur un blog, c’est-à -dire, après tout, pourquoi ils écrivent, le moyen n’étant, selon moi, que secondaire — quelle idée ! En tout cas, cela m’inscrit dans une longue et prestigieuse chaîne de blogs !

Tout d’abord il me faut justifier de ce retard. J’ai bien essayé d’y coller quelques-uns de mes rédacteurs, mais ils sont pires que moi et ceux à qui j’en ai parlé m’ont dit qu’il me fallait être le premier. Je voulais bien, mais j’aurais souhaité répondre à cette question en faisant l’annonce de la fin de Schizodoxe comme blog et sa (re)naissance comme magazine en ligne…
Mais peu importe. Pourquoi écrire en ligne aujourd’hui ? En premier lieu, j’écris pour moi. Très égoïstement, j’utilise Schizodoxe comme un système d’archivage à la fois personnel et public pour tout ce qui ne concerne pas directement mes centres d’intérêt principaux, mais aussi comme lieu de formalisation de mes idées. Ecrire oblige à réfléchir à ce que l’on pense, à lui donner une cohérence, à le rendre intelligible. Mais pourquoi chercher cette cohérence et cette intelligibilité ? Parce que j’écris aussi pour les autres et je veux, autant que faire se peut, les amener à s’interroger sur ce qui, moi, me trouble, me réjouit et me terrifie tout à la fois et au plus haut point, à savoir, le fait que le monde change et que ce changement s’accélère, se précipite et que plus il accélère et se précipite, plus j’ai l’impression que l’on cherche à se le cacher ou qu’on l’ignore tout simplement. Le temps se contracte comme disait Saint Paul et cela se fait dans l’indifférence.
Ce problème d’aveuglement volontaire me semble général en l’Occident ; il me semble moins fort au sein d’autres cultures qui, bien que parfois scientifiquement moins développées, ont parfaitement compris qu’il en allait de leur existence même face à ces changements. Je suis de ceux qui croient que les fanatiques religieux les plus obscurantistes sont souvent bien plus lucides que les savants les plus éclairés sur les conséquences des découvertes de ces derniers. Plus largement, je pense que ce sont les plus conservateurs, ceux qui ont l’idée la plus juste du passé et chez qui celui-ci a la plus grande importance, qui sont le plus à même de saisir les implications de certaines évolutions ; mieux, en tout cas, que des gens qui ignorent le passé et qui croient ne rien lui devoir.
Pour illustrer ce propos, je rappellerai ce que Carl Schmitt disait des concepts intellectuels prégnants aujourd’hui, à savoir qu’ils n’étaient rien d’autre que de la théologie sécularisée. Nous vivons dans des sociétés qui ne sont pas simplement issues du christianisme, mais qui sont chrétiennes. La plupart des athées militants ou de ceux qui font profession de matérialisme, par exemple, sont typiquement et banalement (mais négativement, du moins en partie) chrétiens dans leur façon d’agir et de penser.
Les progressistes scient la branchent sur laquelle ils sont assis et c’est à la fois fascinant, effrayant et — oserai-je le dire ? — du plus haut comique (avant d’être, une fois au sol, du ridicule le plus achevé et du plus grand tragique…). Tout mon propos, ici, tout ce que je cherche à dire et à faire passer auprès de mes (rares) lecteurs peut se résumer en peu de mots : les idées ont des conséquences, elles font que le monde change et ce changement ne se fera pas nécessairement dans le sens souhaité par ceux qui s’en réjouissent le plus aujourd’hui.
Tout ce que je veux, c’est que nous avancions les yeux ouverts, voilà tout. Le seul moyen que je m’autorise est de rendre compte de tout ce que je vois (il y a un beau mot grec dans la philosophie grecque pour dire cela : απαγγελία — je le fais mien pour décrire ce que je fais et la façon dont je le fais).
Aspiration et moyen à la fois humbles et ambitieux, mais ce sont les miens sur le blog Schizodoxe et ce seront ceux de tous les collaborateurs dans le magazine Schizodoxe qui verra bientôt le jour.
Je pense que d’autres que moi répondront, ici, à la question why blog (seul Scorpius est dispensé puisqu’il n’a plus d’accès Internet). Je leur laisse, comme ici, l’honneur de désigner ceux dont ils voudront lire les réponses.
Source : Coffee and Sci(ence).
Imprimer ce billet

















24 septembre 2008 à 11:49απαγγελία : littéralement ‘récitation’ pour les plus incultes dans mon genre…
J’aime vos réflexions, et peu être je les aime car elles sont parallèles au mienne (même si des fois je suis largué). Sans pour autant m’intéressé aux mêmes choses que vous. Mais vous les vivez si fort…
Sinon rien à voir mais :
Quelle est votre parcours scolaire, profession ?
Je ne serais aucunement offenser de ne pas avoir de réponse à cette question. Je vous lis souvent, mais je ne trouve rien en quatrième de couverture.
24 septembre 2008 à 11:50Et j’ai hâte de lire Dalhia
24 septembre 2008 à 14:09Je viens de modérer mes commentaires : tu as lu Quartiers de on !
J’allais écrire à quel point j’adhère avec tes propos au sujet de l’équilibre entre tradition assimilée et modernité (terme ô combien galvaudé). Beaucoup trop de discours dans une ignorance étonnante des structures anthropologiques de l’imaginaire, comme dirait Gilbert Durand. Imaginaire au sens le plus large : désigne en fait nos systèmes de cognition et de représentation.
J’avais une prof d’ethnologie (en son temps…) qui était athée et à titre personnel était homosexuelle. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi calé en théologie chrétienne, aussi respectueuse, et aussi consciente des représentations dont elle avait hérité et dont elle était nécessairement pétrie.
Tout ça pour dire que le travail d’écriture de Onuma Nemon est orienté, à mon sens, vers une subversion de nos héritages culturels. Une subversion dans le sens d’une mise à jour et d’un dépassement, de la découverte d’un ailleurs encore en friche.
Toujours plus ravi de connaitre ce site.
24 septembre 2008 à 14:51Merci de vous être dévoilé un peu. Et où est-ce qu’on s’abonne au magazine?
24 septembre 2008 à 16:29Je vous comprends mieux. Mais il y a toujours un voile de mystère fascinant.
24 septembre 2008 Ã 18:19Question: le contenu de votre futur webzine restera-t-il interactif?
24 septembre 2008 Ã 20:12Thierry, SDX2 sera sans abonnement, ouvert aux commentaires et aux collaborations. Et il y aura quelques rubriques nouvelles


Thornn, j’ai un parcours… compliqué. Disons que j’ai une formation universitaire assez large, mais je n’ai qu’un seul doctorat, à ma grande honte. Et moi aussi, j’attends Dalhia de pied ferme, mais il n’en fout plus une. Il devient oisif. Il va falloir que je joue du knout, si ça continue
Skutanea, mystère ? Why not ? S’il y a une chose intéressante sur SDX, ce n’est pas moi, mais ce que l’on y trouve à lire, voilà tout
PS : j’ai épuisé mon quota de smileys
25 septembre 2008 à 1:17Cher Schizodoxe, je lis votre « blog » avec la régularité d’un métronome. C’est une véritable source hétéroclite de sujet de réflexion, d’étonnement, de curiosité, toujours chapeauté d’une très remarquable honnêteté intellectuelle et d’une certaine douceur pédagogique. Mais pour quelle raison voulez-vous modifier les modalités de ce « blog » si précieux pour en faire un « websine » ?
25 septembre 2008 Ã 7:33Merci
Pourquoi un webzine ? Pour le confort des lecteurs, parce que cela mettra mieux en valeur le contenu de SDX et parce que le fait d’ouvrir SDX sur de nouveaux collaborateurs rend un tel passage assez nécessaire. Un blog, par sa structure linéaire, apparaît toujours, plus ou moins, comme le fil d’une pensée. Un webzine est plus large et polyphonique. Or, SDX est appelé à devenir un site à plusieurs voix, avec de nombreux collaborateurs, des invités, des interviews, etc.
Maintenant, il faut que cette nouvelle version de SDX voit le jour et cela prendra encore un peu de temps, j’en ai bien peur.
27 septembre 2008 à 9:13Gillou, désolé, je croyais avoir répondu et je ne vois pas la réponse qu’il me semblait avoir écrite…

j’ai été très impressionné par l’écriture d’Onuma Nemon. Il faudra que j’écrive un truc là dessus ou que je force Dalhia à le faire
Je ne suis pas aussi sûr que ça qu’Onuma Nemon cherche à subvertir nos héritages culturels. Je crois, au contraire, qu’il est en continuité avec eux et que s’il subvertit quelque chose, c’est plus le présent que la trace du passé dans le présent. Mais il me faudrait me replonger dans ses Å“uvres, ce que je ferai peut-être dans pas très longtemps puisque grâce à ce billet j’ai envie de le relire