No Duty to Retreat : Violence and Values in American History and Society

No duty to retreat Richard Maxwell Brown

J’ai découvert Richard Maxwell Brown en lisant The Oxford History of the American West, gros ouvrage collectif (sous la direction de Clyde Milner, Carol O’Connor et Martha Sandweiss, publié à New York et Oxford en 1994) puisqu’il était l’auteur d’un des chapitres, celui sur la violence.

La violence et l’Ouest des Etats-Unis sont irrémédiablement liés dans nos esprits, que nous soyons européens ou Américains. Les films de Western, mais aussi les bandes dessinées, etc. ont popularisé certains types de personnages et de situations de telle façon que c’est passé dans la culture commune, et qu’on en a parfois même oublié l’origine. Ainsi, le shérif, le justicier, le cow-boy, mais aussi, et surtout, le duel qui incarne à lui tout seul le code de l’Ouest :

Meet anyone face to face with whom you disagree [and] if you met him face to face and took the same risk as he did, you could get away with almost anythin [killing included] as long as the bullet was in front.

Ainsi parlait Eisenhower, Abilene, KS, sa ville natale, en 1953. Plus tard, à propos du Viêt Nam, le Texan Lyndon Johnson n’aura pas d’autres mots. Il n’y a pas que Reagan ou Bush Jr qui ont mérité le surnom pas si infamant que ça, après tout, de “cow-boy ”…

D’où vient cette idée qu’il faut face à un adversaire, jusqu’à la mort ? D’où vient, surtout, que la loi accepte cela ? Le plus bel exemple est donné par le juge suprême Holmes qui, à propos d’un Texan ayant tué avec une arme à feu un agresseur armé d’un couteau (Brown vs US 7-2 en 1921) a dit : “a man is not born to run away“ ; un homme n’est pas né pour fuir…

Il y avait dans la common law anglaise un duty to retreat (devoir de fuite) qui faisait que l’on n’avait le droit de se défendre contre agresseur qu’à partir du moment où on était acculé à un mur (”retreat to the wall“). Cela tenait la route dans une société relativement policée et où les armes à feu étaient inexistantes ou peu répandues.

Mais dès la fin du XVIIIème siècle ce principe, ce duty to retreat est remis en cause, en Angleterre même, mais c’est aux Etats-Unis, société en devenir, où les espaces immenses et la diffusion des armes à feu rend souvent la fuite impossible que le no duty to retreat (pas de devoir de fuite) s’impose. C’est tout le sujet de No Duty to Retreat : Violence and Values in American History and Society.

Le cas archétypal est celui qui oppose l’Etat à Joseph Gardner (State v. Gardner) en 1905, dans le Minnesota. Gardner avait de très mauvaises relations avec William Garrison. Le 18 juillet 1904, peu avant midi, le fils de Gardner apprend à son père que Garrison a exigé le paiement pour une récolte de foin sur un terrain contesté. Gardner prend son fusil (on est dans l’Ouest…) et se rend à la ferme de Garrison. Là, il découvre le foin que Garrison prétend lui faire payer ! Le ton monte vite, puis les insultes. Garrison est loin de son arme. Il court pour l’attraper. Gardner l’abat avant qu’il ne parvienne à l’atteindre.

Comme Garrison ne meurt que quelques heures plus tard, il a le temps de dire on ne peut plus clairement que s’il avait attrapé son arme, il aurait tué Gardner. Ce témoignage, la mauvaise réputation de Garrison, la bonne de Gardner, l’idée que l’on se fait d’un “true man” dans le Minnesota, tout cela fait qu’en fin de compte, et après en avoir appelé à la Cour suprême de son Etat, Gardner sera laissé en paix. Un homme n’est pas né pour fuir, surtout si cela doit lui valoir de recevoir une balle dans le dos…

Edwin Ames Jaggard (1859-1911 — cf. ceci [pdf]), l’un des juges, résume bien l’esprit de cette décision :

La doctrine de la “retraite jusqu’au mur” a son origine dans [l'Angleterre médiévale] avant l’introduction générale des armes à feu. La Justice exige que son application prenne en compte l’usage répandu et le type d’arme à feu. Il peut être de bon sens pour la loi de requérir, dans plusieurs cas, une tentative d’éviter [an attempt to escape] le combat au corps à corps avec ses poings, des bâtons ou même des couteaux, comme une condition de la légitime défense aboutissant à la mort de l’agresseur ; ce serait, cependant, une folie de requérir [une tentative de fuite — an attempt to escape] quand des hommes expérimentés se font face avec des armes à répétition en plein air, sans rien pour se mettre à couvert, avec l’intention de se tuer ou de blesser gravement.

(cité p. 19)

C’est un livre brillant et passionnant. Un livre qui fait que plus jamais vous ne pourrais voir un western de la même façon. Je le recommande et j’y reviendrai !


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Un commentaire pour “ No Duty to Retreat : Violence and Values in American History and Society ”

  1. Faut que je lise ce bouquin…

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