Encore Watson

Ce que l’on a appelé à l’époque l’“affaire” Watson n’est pas si ancien pour que l’on ait totalement oubliée. Néanmoins, rappelons quelques faits. Dans une interview, il a plus ou moins dit que “les noirs” seraient” moins intelligents” que “les blancs”, ce qui lui a valu une condamnation générale — cela peut se comprendre — mais qui a été aussi l’occasion de dire sur lui et sur l’état actuel de la science génétique des choses hautement contestables. En juin dernier, The Root, un des médias de références de la communauté noire américaine, revenait sur cette affaire en interviewant James Watson.

James Watson

L’interview a été menée par Henry Louis Gates, lequel l’a commenté dans un court article intitulé The Science of Racism.

L’auteur y explique que James Watson est certainement un homme d’une grande intelligence et que les propos qu’on lui prêtaient ne pouvaient qu’avoir de terribles conséquences en justifiant le racisme le plus vulgaire. Il note aussi que Watson est un habitué des propos polémiques et qu’il est en violent conflit avec de nombreux collègues qui, bien que plus jeunes, lui apparaissent terriblement timorés et constamment obligée à un double discours permanent par le politiquement correct (ce qu’il faut bien admettre, Karpel en avait remarqué un bel exemple en France). Il est donc difficile de ne pas imaginer que ces fortes inimitiés aient accéléré et exagéré les réactions et les sanctions à l’égard de Watson, notamment le fait qu’il ait été chassé de Cold Spring Harbor après 40 ans de bons et loyaux services.

Mais, finalement, ce qui a le plus choqué l’auteur, Gates — il est noir, précisons-le — c’est qu’il avait eu l’occasion de croiser Watson et qu’il n’avait décelé en lui rien de raciste (Watson est un contributeur d’Obama, d’ailleurs). Il a donc voulu le rencontrer et l’interroger en face à face, d’homme à homme.

Voici ce qu’il en conclut :

Je ne pense pas que James Watson soit un raciste. Mais je pense que c’est un racialiste c’est-à-dire, qu’il croit que certaines caractéristiques observables ou que des formes de comportement parmi les groupes humains pourraient, en effet, avoir une base biologique dans le code génétique et que les scientifiques pourraient, à terme, être en mesure de déterminer, que les “gènes” ne sont pas neutres, mais qu’ils pourraient “mesures” ou “déterminer” quelque chose indépendamment des facteurs environnementaux, des variables et des influences. La différence, la distinction, entre le fait d’être un raciste et un racialiste, est fondamentale. James Watson n’est pas un le raciste archétypal comme l’ont caricaturé la presse et les blogueurs - le genre David Duke ou celui des gens de son espèce - et lui-même semblait vraiment chagriné, embarrassé et plein de remords de voire Duke et les autres racistes faire de lui leur champion et l’un des leurs du fait des remarques citées dans le Sunday Times de Londres. Et, comme on pouvait s’y attendre, il a présenté des excuses à profusion pour lesdits propos, soutenant qu’il avait été, au pire, mal cité et, mieux, cité hors contexte.

[…]

Mais j’ai quitté Cold Spring Harbor convaincu que Watson estimait que de nombreuses formes de caractéristiques, comme “l’intelligence des Juifs” (ce sont ces mots) et les prouesses des noirs en NBA, au basket-ball (c’est son exemple) pourraient, éventuellement, être liées à des différences génétiques parmi les êtres humains, bien qu’aucun lien de ce type n’aient été établis, et ne le sera sans doute jamais être établis sur aucun socle scientifique solide, à mon avis. Et je dois dire qu’il m’a, en fin de compte, un peu apaisé quand il a fait observer — ce qui me semble être une monumentale naïveté — que  :

si l’on trouvait des gènes pour tous les types d’intelligence juive, je ne pense pas que ça va me touchent dans le moindre…

…surtout si l’on associe cette remarque avec sa conviction passionnée que

Tout le monde devrait être jugé en tant qu’individu. Nul ne doit être jugé par un terme comme “noir”.

Néanmoins, il ne peut s’empêcher d’avoir plus que quelques doutes. Il y a, selon lui, un véritable combat à mener sur le terrain de la science (contrairement à ce que l’on ne cesse de dire en France). C’est même, de son point de vue, en tant que noir, le seul et dernier véritable combat qui reste :

Alors que je partais en voiture de Cold Spring Harbor, je me suis rendu compte que ma conversation avec le docteur Watson n’a fait que me confirmer dans ce que je savais déjà, avec une grande inquiétude : la dernière grande bataille contre le racisme ne doit pas être menée pour l’accès à une cantine, une chambre d’hôtel ou le droit de vote, ni même sur le droit d’occuper la Maison Blanche, il doit être mené dans les laboratoires, dans un tube à essai, sous le microscope, dans notre génome, sur le champ de bataille de notre ADN. C’est là où nous serons, en tant que groupe, évalué sur notre différence génétique.

Si je suis très courageux, je traduirai l’interview intégralement.

Source : The Root.


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4 commentaires pour “ Encore Watson ”

  1. Lu l’article.
    Dites, comme ça, les idées de watson font assez simplistes.Il est au courant de la difference entre ashkenaze et sefarade?Sans parler des falashas d’ethiopie…

  2. Euh… Je pense que oui, il est au courant…

    Mais c’est une banale interview assez familière et plutôt amicale, non l’exposé de l’ensemble de ce qu’il sait sur la génétique… De plus, il n’y a as d’”idées de Watson”.

  3. [...] pas pu m’empêcher de songer à deux sujet que abordés il y a peu sur Schizodoxe : l’interview de James Watson par Henry Louis Gates (cité dans ledit article) et les étranges contorsions sémantiques [...]

  4. [...] simpliste, en vérité, il ne l’est pas. L’auteur est juste plus direct qu’un Henry Louis Gates, par exemple, mais bien moins que d’autres qui placent l’élection d’Obama dans [...]

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