Sarah Palin, le créationnisme et la liberté
Je n’ai rien contre Sarah Palin que vient de choisir McCain pour son “ticket”. Le vieil homme élu de l’Arizona et plutôt progressiste a choisi une jeune femme de l’Alaska plutôt conservatrice. C’est le jeu normal, on cherche à séduire une part de l’électorat que l’on n’obtiendrait pas sans cela.

On peut gloser longtemps sur la pertinence de ce choix : fallait-il vraiment craindre l’abstention de l’électorat conservateur ? Etait-il pertinent de compléter le ticket avec le gouverneur d’un autre état de l’Ouest et qui n’a, de plus, que peu de poids ? Dit autrement, les conservateurs ne pouvant pas voter pour Obama, ne fallait-il pas mieux choisir une femme progressiste d’un des gros états de l’Est ? Ce sont là toutes des questions intéressantes, mais le fait qu’il a choisi Sarah Palin, gouverneur de l’Alaska, une conservatrice liée aux intérêts des pétroliers, s’opposant à l’avortement, défendant les armes et… la possibilité du double enseignement (darwinisme / créationnisme) dans les écoles.
Voici l’une de ses prises de position rapportées par l’Anchorage Daily News d’octobre 2006 :
Enseignons les deux. Vous le savez, il ne faut pas avoir peur de l’information… la santé du débat est si importante et si précieuse dans nos écoles. Je suis favorable à l’enseignement les deux. Et vous le savez, je dis cela aussi comme la fille d’un professeur de sciences. Grandir en étant si privilégié et bénie pour se voir donner tant d’informations sur les deux faces du sujet — le créationnisme et l’évolution. Cela été un fondement sain pour moi. Mais n’ayez pas peur de l’information et laissez les enfants débattre des deux côtés.
On ne me suspectera pas d’être soft on creationism (si l’on me pardonne le jeu de mots), mais je crois que l’enseignement du créationnisme à l’école, aux Etats-Unis, est inévitable et, dans une certaine mesure, souhaitable, les choses étant ce qu’elles sont.
J’y vois deux séries de raisons. La première est parfaitement expliquée par Larry Arnhart dans son livre Darwinian Conservatism ; la seconde me semble encore plus fondamentale et elle relève plus du droit et de la prudence que d’autre chose.
- Larry Arnhart est plutôt favorable à l’enseignement des théories créationnistes, surtout de l’intelligent design, à la fois en biologie et en science humaine : en biologie pour illustrer la facilité qu’il y a à pervertir — y compris de bonne foi, la méthodologie scientifique ; en sciences humaines, car ce courant est, selon lui, l’un des plus fondamentaux de l’histoire américaine récente et l’un des plus dangereux pour l’avenir de ce pays. Je doute que ce soit de cette façon là que Sarah Palin souhaite le voir enseigné, mais c’est tout de même l’enseigner que de le faire ainsi.
- L’autre raison que je vois à l’enseignement du créationnisme — même si ce doit être à égalité avec l’enseignement scientifique proprement dit — est liée à la fois aux structures juridiques américaines et au contexte. Les choses font qu’aujourd’hui, ce qui domine dans les universités et dans l’enseignement est, très logiquement, le darwinisme, l’évolution, etc. Les raisons en sont simples : cela rend compte d’à peu près tous les phénomènes étudiés dans ce domaine. Il n’y a guère qu’à certaines franges que le darwinisme ne fonctionne plus, mais c’est sans doute plus le fruit de notre méconnaissance de ces sujets que d’une faiblesse de l’explication darwinienne. Contester cet enseignement ne peut donc se faire qu’à l’échelle la plus basse, dans les endroits où la communauté des parents peut peser sur les choix éducatifs de l’école où se rendent leurs enfants. Il y a donc un intérêt convergent entre ceux qui contestent le darwinisme et ceux qui contestent le droit de l’Etat fédéral (ou des Etats fédérés) à décider de ce que les enfants doivent apprendre. Aujourd’hui, l’Etat promeut le darwinisme et c’est très bien, mais si on lui laisse le pouvoir d’imposer ce qui doit être enseigné, cela pourra très bien être, demain, l’Intelligent design. Paradoxalement, prendre le risque de laisser les parents décider au maximum de ce qui doit être enseigné à leurs enfants, y compris si cela doit se faire contre le darwinisme, permet d’avoir une garantie contre ceux-là mêmes s’ils deviennent majoritaires.
Cette seconde série de raisons pourra paraître étrange, mais c’est la prudence qui me la dicte ainsi que la croyance que j’ai en la nécessité de ne pas faire confiance en un pouvoir unique parce qu’il est bon un jour, mais de lui préférer des pouvoirs qui s’opposent, même si ceux-ci défendent des idées qui ne me conviennent pas ou qui me déplaisent. La sécurité et la liberté des citoyens ne doivent pas résider dans la vertu des gouvernants, mais dans la faiblesse du gouvernement (à laquelle contribue, d’ailleurs, le droit de détenir et porter des armes, mais c’est un autre débat).
Source : Boston.com.
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1 septembre 2008 Ã 17:11Bravo!
On dirait du montesquieu!
1 septembre 2008 à 18:21Enseigner ces deux théories dans le cadre d’un débat n’est d’ailleurs pas dans l’intérêt de ceux qui voudraient présenter le créationisme extrême comme une vérité d’évidence.
http://unvoyageauliban.bafweb.com/index.php?2007/10/05/51-entre-darwinisme-et-creationisme-l-intelligence-de-l-eglise
2 septembre 2008 à 10:08C’est quoi le souci avec le créationnisme, je ne vois absolument pas en quoi ce courant pourrait être dangereux. Que je sache, ils ne risquent pas de poser des bombes pour défendre le créationnisme.
2 septembre 2008 à 10:34Poser des bombes ne posent directement de problèmes à personne sinon à ceux qui sautent ; cela en pose indirectement du fait de la réaction des Etats visés qui n’est pas toujours ni pertinente ni adéquate.
En revanche, aux Etats-Unis, certaines variantes du créationnisme protestant pourraient très bien pervertir, subvertir et instrumentaliser la science, ce qui est dangereux au plus haut point (et quoiqu’on puisse en dire, l’Europe avec l’Eglise catholique n’a absolument pas ce problème).
Faisons un parallèle avec le problème de l’avortement. Etre opposé à l’avortement est une chose que vous pouvez très bien comprendre, j’en suis certain, mais dire qu’il vaut mieux l’utérus artificiel à l’avortement, je pense que ce n’est pas quelque chose qui irait de soi pour vous. Pour certains groupes religieux américains, cela ne pose pas vraiment de problème.
En faisant allusion à cela, je veux marquer la spécificité de ce qui se passe aujourd’hui dans le monde anglo-saxon, et pas seulement chez quelques ultras-conservateurs religieux tels qu’on aime les définir. Cela embrasse de très nombreux courant, allant du fanatique protestant persuadé que le pape est Satan au hippie qui pense que la Nature nous a fait un Don il qu’il faut le Respecter…
Mais, lisez donc le petit livre d’Arnhart, il est très brillant.
2 septembre 2008 à 11:48Déjà dit ailleurs, mais je le répète: Les créationnistes sont des crétins nuisibles.
Les croyants devraient être les premiers à comprendre qu’il ne sert à rien de chercher à tordre le cou à la vérité, fût-elle scientifique lorsqu’on est croyant, c’est non seulement indigne de quelqu’un qui se réclame de la foi et donc de la Vérité, mais c’est absolument contre-productif puisqu’à part attirer à eux les idiots et apporter le soupçon sur leur foi aux yeux de ceux qui croient en la vérité, ils n’obtiendront rien.
Il serait pourtant si simple de faire un petit travail d’exégèse pour concilier foi et science, est-ce trop demander ?
2 septembre 2008 à 13:20Du temps des hommes préhistoriques, la lune était une déesse. Du temps d’Aristote, l’univers était géocentré. Du temps de Newton, la vérité, c’était un temps et un espace infini (l’erreur de Kant est d’ailleurs d’avoir vu dans la révolution newtonienne un aboutissement d’où il a tiré les notions très liées d’universalité et de nécessité, de Vérité donc, révolution qu’on sait fausse depuis Einstein et Poincaré). Aujourd’hui, la vérité, c’est un temps et un espace fini. Demain, la vérité sera ailleurs… On ne peut pas, à mon avis, critiquer le créationnisme en le confrontant à des valeurs comme la Vérité et donc l’Universalité, la Nécessité qui sont pour moi, des notions douteuses. Peut-être faut-il s’en tenir simplement à l’idée que l’évolution a de bien meilleures capacités explicatives du fait scientifique que le créationnisme et que le créationnisme n’explique rien; il est seulement capable d’émettre des critiques à chaque fois que le darwinisme montre des lacunes, comme toute science, à expliquer certains phénomènes. Chaque fois que quelqu’un parle au nom de la Vérité, il se fait ecclésiastique et religieux de la science ou d’une autre “religion”.
Pourquoi vouloir concilier foi et sciences? il faudrait alors réduire la foi à la science (comme on tente de le faire aujourd’hui) ou peut-être la science à la foi (comme au temps de la scolastique)? Pourquoi ne pas leur laisser à chacune, leur champ d’action? La science devrait se borner à l’explication et la religion à l’espoir.
2 septembre 2008 à 13:34“La science devrait se borner à l’explication et la religion à l’espoir”, exception faite du débat corps-esprit pour lequel la réduction scientifique de l’âme à la matière rendrait pour moi toute tentative religieuse caduque.
2 septembre 2008 Ã 15:34Bonjour thierry,
votre réponse est intéressante et je crois que nous sommes d’accord. Quand je dis concilier foi et science, je veux dire que la science à sa logique propre, et que lorsqu’on aime la vérité, on ne peut se satisfaire des tentatives des religieux d’extraire de la démarche scientifique ce qui les arrange pour nier la valeur intrinsèque de ses découvertes. Il s’agit d’une tentative d’OPA des croyants sur la vérité scientifique et ce n’est pas la première fois que je le remarque.
L’idée est d’extraire les insuffisances d’une théorie scientifique pour montrer, que, la science n’expliquant pas tout, la vérité mise en valeur par la science est relative. Il s’agit d’une démarche au mieux montrant son ignorance pour ce qu’est la science, au pire de la malhonnêteté intellectuelle pour discréditer et adouber une démarche qui dérange. De l’obscurantisme soft, en quelque sorte.
Mais quand on aime la vérité comme je l’aime, on ne peut se satisfaire de cela, et je dis que l’on peut être croyant et reconnaître à la science la valeur de sa démarche qui est aussi une quête de vérité. Einstein était scientifique et croyant, bien que l’on puisse dire qu’il était finalement plus déiste que juif. Il y a donc un conflit entre le dogme et la démarche scientifique, mais celui-ci est loin d’être insurmontable.
2 septembre 2008 à 17:38Sur ce sujet, je n’ai aucune difficulté à assumer ma position en faveur de l’uterus artificiel. Etant donné que le pire des cas est l’avortement, je ne peux être qu’en faveur de ce qui pourrait en réduire le nombre, même si cette solution n’est pas la meilleure qui soit, mais il faut bien faire avec ce qu’on a…
Mais dans le cas inverse, effectivement j’ai quelques difficultés à accepter l’utérus artificiel pour le confort de la dame…
2 septembre 2008 à 18:01Vouloir, d’un point de vue catholique, plutôt l’utérus artificiel que l’avortement me semble être un respect excessif de la lettre au détriment de l’esprit, mais bon, je ne pense pas que l’Eglise suive cette pente…
3 septembre 2008 à 4:30lecommentaire de thjierry est très intelligent.
Schizdodoxe pourriez vous expliquer ce qu’est l’esprti actuelde l’église catho: je suis un vrai béothien… merc:)
3 septembre 2008 à 7:58La position de l’Eglise n’a pas, à ma connaissance, notablement changé depuis l’encyclique Fides et ratio dont je viens de citer l’exergue.
L’idée d’une totale séparation entre religion et science — entre la foi et la raison — n’est pas totalement satisfaisante, notamment du fait du couple credo ut intellegam / intellego ut credam augustinien (puis anselmien). D’ailleurs, le fondement de la science expérimentale, à laquelle vous tenez tant, est là .
Pour Roger Bacon, ofm, la science est un discours rationnel fruit de l’expérience, mais cette dernière inclut bien évidemment, et en premier lieu, l’expérience intérieure, qu’elle soit religieuse ou mystique. Mais l’expérience n’est pas ici la mise en scène de la victoire d’une théorie scientifique dans le jardin clos d’une science domestiquée, elle est l’épreuve du réel, la réception subjective (et reconnu pour telle) des phénomènes. De ce point de vue, le cogito cartésien est de l’ordre de l’expérience.
3 septembre 2008 à 9:21voici un lien illustrant ce que je disais à propos d’obscurantisme face aux questions scientifiques.
http: // http://www.mejliss.com / showthread.php?t=391225
copier le lien et supprimer les caractères ‘espace’ devant et derrière les ’slash’, en effet le lien pointe sur un forum poubelle
!
3 septembre 2008 à 9:39Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant. Chacun croit ce qu’il veut. Dans le fil évoqué des tas de gens disent des choses différentes, la plupart sans n’en rien savoir, que dire de plus ? Sinon qu’Internet est comme ça…
On trouve la même chose avec toute sorte de points de vues sur toute sorte de sujets.
Ce qui est dangereux pour la science aux E.-U. n’a rien à voir avec ça, car ce sont des savants qui subvertissent leur propre pratique scientifique par une pseudothéologie puérile ; et le danger qu’il y a en France est tout d’autres puisqu’il vient d’un double discours d’intransigeance absolue sur la forme (on doit être darwinien) et une faiblesse intrinsèque sur le fond (les principes du darwinisme sont peu ou mal enseignés, l’être humain ne peut en aucun cas être soumis à une lecture darwinienne, etc.), ce qui rend le débat sur le darwinisme impossible : soit on a un doute sur un point particulier et on est un obscurantiste fanatique avec qui il ne faut pas discuter, soit on pense que le darwinisme fonctionne pour l’ensemble du vivant, homme inclus, et on est taxé de crypto-eugéniste nostalgique du nazisme avec qui il ne faut pas discuter.
D’où l’absence du darwinisme et de toute réflexion darwinienne dans le débat public en France.
3 septembre 2008 Ã 12:49”
Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant. Chacun croit ce qu’il veut
”
Dans le fil du forum cité on voit bien par quels mécanismes et arguments certains essaient de faire dire à un résultat de recherche scientifique autre chose que ce qu’il faudrait en comprendre.
Pour faire un parallèle: les physiciens ont montré que la Terre n’était pas une sphère parfaite parce que sa rotation la rend ovoïde selon l’axe des pôles, donc la théorie de la sphéricité de la Terre est fausse, on peut donc continuer à croire que la la sphéricité de la sphère n’est qu’une hypothèse parmi d’autres et donc continuer à dire que la Terre est plate sans se tromper plus que cela mais surtout en satisfaisant sa volonté de montrer qu’au dessus d’une vérité scientifique réputée relative il y a la vérité révélée et englobante religieuse. Voilà ce que j’appelle de la malhonnêteté intellectuelle et de l’obscurantisme. On ne peut pas gober des trucs pareils quand on a un peu d’intelligence et quelques notions en sciences, et on ne peut pas dire que “chacun croit bien ce qu’il veut”. Ou alors que chacun croie ce qu’il veut, mais la croyance juge autant la valeur de celui qui y croit que ce à quoi il croit. D’où mon expression initiale: les créationistes sont des crétins nuisibles.
3 septembre 2008 Ã 23:58A Raph :
Ah, mais j’assume et je m’en vante !
3 septembre 2008 Ã 23:59A Boubou :
Hum…
Continuer ?
5 septembre 2008 Ã 7:58http://www.milfmccain.com
get your shirt!
12 septembre 2008 à 10:31Matt Damon aimerait savoir ce que Sarah Palin pense… des dinosaures !
12 septembre 2008 à 11:08[...] le monde à la plupart des Français, d’ailleurs), mais pas nécessairement aux Etats-Unis (Matt Damon ne comte pas). Là -bas, elle est une femme qui témoigne de ses convictions conservatrices par sa [...]
20 septembre 2008 à 20:54J’avais assisté à Paris, lors d’une visite de Maurice G. Dantec, à un exposé de T. Bardini sur l’ADN junk. Cette part de l’ADN est semble t-il mise à l’écart par un bon nombre de scientifique.
Est-ce que la forte médiatisation du créationnisme ne servirait pas à cacher d’autres choses comme l’ADN junk et une forme de prédestination de la vie ?
21 septembre 2008 à 9:57Nos scientifiques modernes et prétentieux n’avouent jamais qu’ils ne savent pas, faisant ainsi de ce dont ils ignorent la fonction, soit un truc inutile, soit un truc à mettre à la poubelle. C’est leur côté pragmatique.
Et les créationnistes, tout aussi pragmatiques et n’ayant pas de réticence à faire les poubelles des darwiniens, ne manquent pas une occasion d’occuper une portion encore mal explorée de notre génome pour y placer leurs idées, en particulier les plans de l’intelligent design.
21 septembre 2008 Ã 10:12http://www.wired.com/science/discoveries/news/2007/06/junk_dna
23 septembre 2008 à 11:09Peut-être connaissez-vous cette adresse que je laisse à vos appréciations et critiques?
http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/question_actu.php?langue=fr&id_article=7403